Seizième siècle, p
6. La seconde de ces odes commençait en 1550 par Telle fin que tu uouldras mettre. Des deux Palinodies à Denyse Ronsard sacrifia celle qui péchait par le rythme.
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tout à l'auditeur « la sensation ou le soupçon de vers faux ». On peut faire une observation analogue pour les odes /.« tens de (ouïes choses maistre et Les ficliotis dont tu décores, écrites chacune en système strophique double : Ronsard a pensé qu'elles ne présentaient pas une ditTérence sufTisamment appréciable entre le système des strophes paires et celui des strophes impaires, et que par suite elles sonnaient faux'. — D'autres encore dérogeaient à celte loi de la métrique, d'après laquelle deux vers rimant entre eux ne doivent pas être séparés par plusieurs vers présentant difîérentes rimes, par exemple les odes Quiconques ait mon livre pris et Tu me fuis de plus vite course -. — D'autres enfin avaient le tort d'être écrites, sans justification, en rimes d'un seul genre : Aitii, des amours ministre et 0 belle et plus que belle, en rimes féminines, Je suis amoureux en deux lieux. Dieu perruquier qui autrefois et Je .suis homme né pour mourir, en rimes masculines, rythmes qui semblèrent à Ronsard d'une monotonie choquante pour des oreilles françaises et qu'il avait, du reste, à peu près condamnés dans son Abbregé de l'Art poëlique ■''. — Et nous ne croyons pas avoir épuisé la liste des pièces dont l'exclusion est due à leur forme rythmique.
Reste une série de pièces lyriques ou semi-lyriques dont la suppression ne peut guère s'expliquer par les raisons qui précèdent. A les lire de suite, on s'aperçoit bientôt que le prosaïsme relatif du sujet ou du style fut à peu près seul en cause pour la plupart d'entre elles. Mais faut-il en conclure que Ronsard fut amené à les supprimer par un goût fâcheux de l'emphase, de la métaphore outrée, des inventions obscures et alambiquées, qu'il aurait manifesté vers la fin de sa vie? Ce serait le contraire de la vérité. S'il fut emphatique, s'il exagéra son système de poésie « altiloque », ce fut au début de sa carrière et non à la fin. Nous avons vu qu'il exprima dès 1356 à plusieurs reprises son aversion pour les vers « empoulez et masquez » « qui font peur aux
1. La première présente le schéma rythmique suivant : Sj'stème a : 5 octosj-llabes ftnffm. Système ht : 5 octosyllabes nim^mmm-. La seconde : Système a : 5 octosyllabes fmfmm. Sj'stème b : 5 octosyllabes fmffm. — Notons en passant que ce sont des rythmes impairs, plutôt rares chez Ronsard.
2. La première, qui était du reste insignifiante, disparut en 15.^3. Pour la seconde, R corrigea la faute que je signale en remplaçant dès ce moment-là le vers 5: Sautelant de frayeur ce semble, par celui-ci : Allongeant sa jambe fuyarde ; mais il oublia de donner une rime à fuyarde, ou bien Ton imprima fuyarde au lieu de fugace, qui rimait avec face, et cette nouvelle faute entraîna la suppression de l'ode en 1578.
3. Bl., \'n, 320 et 332. — Ronsard n'a conservé qu'une odelette en vers masculins : Jane, en te baisant tu me dis. une chanson en vers féminins : Qui veult sçavoir Amour et sa nature, et une autre en vers masculins : Las, je n'eusse jamais pensé, soit qu'il ait trouvé chacune de ces variétés rythmiques bien adaptée au sujet traité, ou qu'il ail simplement tenu à montrer par ces rares spécimens qu'elles ne lui étaient pas étrangères. — Quant aux deux odes saphiqnes. elles étaient nécessairement en vers masculins pour reproduire la physionomie des hendécasyllabes gréco-latins.
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lisans » '. Cette aversion ne cessa pas, ne diminua pas depuis lors, et c'est avec autant d'énergique sincérité qu il la manifesta dans les dernières années de sa vie.
Il suffît de lire les œuvres qu'il composa de 1578 à 1584 pour se convaincre que si la maladie ruina son corps d'assez bonne heure, son esprit et son goût restèrent sains et intacts. Elles sont presque toutes excellentes, d'un style clair, plutôt simple, grave sans raideur, élevé sans emphase, poétique sans excès d'érudition -. Au surplus, l'épitre .4 Simon IVicolas, qu'il écrivit dans la seconde moitié de 1384 ■'' et la troisième préface de la Franciade, qui date de la même époque, témoignent assez de la vigueur de son intelligence et de la sûreté de sa critique. Il s'y montre un adversaire irréconciliable de la « prose rimée », des « vulgaires façons », des « vers sans art », un partisan convaincu de 1 imitation des Grecs et des Latins en une langue bien française, riche d'ornements, de mots « pregnants » et « choisis », mais exempte de « fard », de « bouffissure », de « conceptions monstrueuses ou quintessencieuses », de « vocables prodigieux ». Comme en 1336 [Elégie à Chr. de Choiseul), comme en 1.^63 (Ahbregé de l'A. P.], il pense que le poète ne doii ni se traîner à terre ni se perdre dans les nues.
« Sur ses derniers jours, raconte Binet, il se plaignoit fort de ne scay quelles façons d'escrire et inventions fantastiques et melancholiques d'aucuns de ce temps qu'il voyoit s'authoriser parmi nous... Puis me parlant de tels autheurs qui s'ampoullent et font sans chois Mercure de tout bois : « Ils ont, me disoit-il, l'esprit plus turbulent que rassis .. : voulant éviter le langage commun, ils s'embarrassent de mots et manières de parler dures, fantastiques et insolentes, lesquelles représentent plustost des Chimères et venteuses impressions des niies qu'une vénérable majesté Virgilienne : car c'est autre chose d'estre grave et majestueux, et autre chose d'enfler son stile, et le faire crever *, » Mais, au demeurant, « il estoit ennemy
1. y . ci- dessus, pp 154 et suiv.. 1G9 et 170. Les regrets exprimés par Ronsard dans le Caprice à Simon .Vi'co/as, et déjà dans r.4fcfcregé de l'A P. Bl , VII, 335i concernent le vocabulaire proprement dit, et non le style ampoulé de 1550.
2. V. notamment la dédicace des Amours diuerses à \'illeroy, le Panégyrique de la Renommée^ le « songe >• \os pères abusez, le poème sur l'Equité des vieux Gaulois, Les Muses deslor/èes. l'épitre .-1 Hurault de Cheuerny. la dédicace des Eleqies à Henri III. le « discours » Doncques uoici le jour, l'élégie qu'on a l'habitude d'intituler Contre les bûcherons de la forest de Gastine, bien que ce titre date seulement de 1823.
3. En effet, R. y parle de Henri de Bourbon comme du seul héritier de Henri III. Or Henri de Bourbon ne devint héritier du trône que le jour où mourut le dernier frère de Henri 111. le duc François d'Anjou, c'est-à-dire en juin 1584. Le Caprice à Simon Nicolas est donc postérieur à cette date.
4. Vie de Ronsard par Binet, te.xte de 1587, à peine différent de ceux de 86 et 97. C est de Du Bartas et d'Edouard du Monin qu'il parlait ainsi. Cf. Laudun Daigaliers, Art poët. 1598 , IV, ch. v ; Ueimier, Acad. de l'A. P. 1610 , pp. 118, 259, 271, 290 ;
mortel des versificateurs, dont les conceptions sont toutes ravalées, qui pensent avoir l'aict un grand chef-d'œuvre quand ils ont mis de la Prose en vers'. » Enfin il est de Ronsard, et date de la fin de sa vie, et résume la doctrine de ses trente dernières années, ce sizain d'un goût irréprochable, que lui inspira la Semaine de Du Bartas :
Je n'ayme point ces vers qui rampent sur la terre, Ny ces vers empoulez, dont le rude tonnerre S'envole outre les airs : les uns font mal au cœur Des liseurs desgoutez, les autres leur font peur : Ny trop haut, ny trop bas, c'est le souverain style, Tel fut celuy d'Horaere et celuy de Virgile -.
On voit quelle erreur ce serait de croire que Ronsard gâta son œuvre in extremis en la modifiant ou en l'abrégeant. Il l'améliora plutôt à tous les égards. Ce qu'on peut seulement remarquer, c'est qu'il semble is'ètre repenti, en 1560 déjà, mais surtout en 1378 et 84, d'avoir cédé [outre mesure à l'opinion des Marotiques et d'être descendu Irup lias, afin de satisfaire au goût du public et au goût de la Cour. L'expression de ce sentiment est visible dans l'épître A Simon A'tcolas •'; et il est certain que, si Ronsard condamna plutôt pour des raisons de technique ou d'opportunité des pièces publiées en Io40-o0 dans la période
Collelct, Vied'E. du Monin, e\lrai( fait par Rocliaint>eau dans sa Famille de Ronsart, p. 236.
1. Ihid., texte de 1597, à peine différent de celui de 87. Voir mon édition critique.
2. HecuP-il des pièces retranchées, de 1617, p. 78. La première Semaine de Du Bartas parut en 1578-79 ; la deuxième en janvier 1584. SainteHeuve a cité ces vers de Ronsard dans un article sur Du Barlas, publié en 1842 ; mais il eut tort de croire qu'ils furent le résultat d'une soudaine illumination: « \'oilà. dit-il, du bon goût exemplaire. Rien n'est capable d'en donner aux poètes novateurs déjà sur le retour, comme de voir des rivaux survenants outrer leurs défauts et réussir. « (Heu. des Deux Mondes du 15 févr. 1842 ; cf. l'éd. du Tableau par Charpentier, p. 392.) Il avait déjà écrit à la fin de 1827, à propos des protestations de Ronsard contre le succès de Du Bartas : « On peut croire sans injure que l'amour-propre piqué ne nuisit pas en lui à ce réveil impré\ u du bon goiit. " (Article sur Du Bartas, inséré dans l'édition princeps du Tableau en juillet 1828 ; cf. l'éd. Charpentier, p. 99 V Or l^onsard n'a pas attendu d'êiro sur le retour pour se plaindre des disciples maladroits qui compromettaient, et compromirent durant plus de deux siècles, la réforme poétitiue de 1550, surtout la gloire de son chef. C'est en 1556, dans V Elégie à Chr. de Choiseul, qu'il proclama d'abord le principe du juste milieu en poésie :
Il faut garder le ton dont la grâce despend, iVy trop haut, ny trop bas, suivant nostre natiu'e, et qu'il renia la " tourbe incogneue des serfs imitateurs, latiuelle a tout gasté [ Cela que les premiers avoient si bien chanté. » (V. ci-dessus, p. 170.) Sainte-Beuve connaissait pourtant bien cette élégie, à laquelle il renvoie dans son Tableau [éd. Charpentier, p. 98, note 1; ; mais il en ignorait la date, car il dit, d'après les éd. posthumes, qu'elle est dédiée à .Iules Gassot.