V. ci-dessus, p. 260, note
5. Par ex. les odes Ma ç/iiiterre, je te clianle; Desjà les grands chaleurs s'esmenvent; Loir, dont te cours lieureux distille; Source d argent toute pleine ; Situ me peus conter les 'leurs ; Pipé des ruses d'amour ; Gentil liossignot passager ; Pour «noir trop aimé vostre 'mnde inégale. Quant au sonnet exquis, que Sainle-lieuve admirait tant. Je vous wiKoye lin boucjuel que ma main, c'est en 1578 que Ronsard le retiancha, probablement
exclusif dans sa conception initiale et finale d'unepoésie aristocratique, au point de méconnaître la beauté simple de quelques fleurs naturelles.
Celte réserve faite, on doit reconnaître que Ronsard futle plus souvent judicieux dans la censure qu'il entreprit de son œuvre lyrique à diverses époques de sa carrière, et surtout qu'il resta conséquent avec lui-même, en dépit des variations et des fluctuations de son esthétique. S'il conserva, et en assez grand nombre, des pièces d'allures aussi simples que telle ou telle qu'il supprima, des gaietés, blasons, vœux, épigrammes, chansons, amourettes et baisers, ou encore des odelettes qui diffèrent à peine de celles de Marot et de Saint-Gelais, sans parler des sonnets à Marie et de cent autres œuvres rustiques, galantes ou badines, c'est d'abord qu'il en a tout le premier ressenti le charme ; c'est ensuite que le principe de la variété a toujours été pour lui aussi souverain que celai du sti/le i-elevé. 11 tint à montrer qu'il parlait avec la môme aisance le langage de toutes les Muses, ou plutôt que sa Muse savait prendre divers tons et s'abaisser quand il lui plaisait, avec une grâce plus belle encore que sa beauté. Nous l'avons vu plus d'une fois se vanter de la souplesse de son talent ' ; ses contemporains l'en ont beaucoup loué, notamment Du Bellay, Saint- Gelais, Belleau, Pasquier, Binet - ; il pensa donc que la docte postérité lui en tiendrait le même compte.
Mais il resta plus fier encore, et cela se comprend, de son rùle de réformateur. N'avait-il pas réagi contre l'ignorance et le prosaïsme des poètes précédents? N'avail-il pas créé une langue poétique, faite d'érudition profonde et d'art laborieux ? N'avait-il pas voulu rehausser et ennoblir la poésie française? Il pensa donc que son œuvre devait apparaître aux âges futurs avant tout comme le témoignage de cette réaction, de cette création, de cet ennoblissement; et, soutenu par une telle pensée, il mit en pleine lumière la manière abrupte, étrange, relativement neuve qu'il devait à Dorât, et à l'antiquité grave, afin qu'elle ressortit aux yeux des générations suivantes, laissant au second plan, un peu dans l'ombre, trop dans l'ombre, la manière enjouée et « doux-coulante » qui lui venait de Marot, des petits lyriques gréco-latins et de la Cour.
parce qu'il faisait double emploi avec rode.Ui'gnoiiHC, allon voir et avec le sonnet Quand vous serez bien vieille.
1. V. ci-dessus, entre autres, pp. 140 et 198. V, encore le sonnet qui précède la Charité dans les éd. de 1584 et suiv , et qui primitivement, en 1578, servait de prologue au premier livre des Pui-mes (Bl., IV, 177^
2 Ibid., pp. 69, 140 et 155. V encore les hendécasyllabes latins que Pasquier écrivit pour une édition de Ronsard 'Bl,. I xxv' et liech. de hi France, liv ^'1I, ch. vi ; Binet, Vie de lionsard, passi/ii.
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Par malheur, sa renommée y perdit beaucoup et n'y gagna rien. Il avait compté sans l'ingratitude inconsciente des générations suivantes. Elles le jugèrent — et le condamnèrent — sur les excès de sa première manière, sans lui savoir gré des efforts et des résultats, qui auraient dû atténuer de beaucoup la rigueur de leur verdict ; d'autre part elles perdirent de vue sa seconde manière, qui aurait dû les désarmer et l'absoudre. C'est ce qui nous reste à démontrer par une 5tude impartiale de son œuvre lyrique, envisagée sous les deux ispecls de l'Ode grave et de l'Ode légère.