Episire au Cardinal de Lorraine [id-, VI
3 Complainte contre Fortune ibid., 159).
4 Cr.Bl.,VI, 144. Poème paru en 1569. La comparaison du poète avec l'abeille, qui se trouve dans Pindare, Lucrèce, Horace et Sènèque.et que Lemaire de Belges s'était également appliquée en citant Lucrèce (fin du livre I«f des Illuslralions de Gaule , apparaît pour la première fois chez Ronsard en 1550 (Ode de la l'aix, ép. 6 ) ; il l'a reprise en 155B à la 6n de VEpistre au Cardinal de Lorraine, Quand un Prince en grandeur, en 1563 dans la Responce aux injures (vers 869-877), et plusieurs fois encore. Am. Jamin la lui appliqua en 1572 dans l'Aryunient du \" livre de la Franciade.
5. Ronsard entend ici par antiques les mots de la vieille langue française, usités au Moyen Age et tombés en désuétude au xvi* siècle ; car, en ce qui concerne le vocabulaire, Ronsard n'a que très rarement " parlé grec et latin en fram-ois •■. Cf. la Responce aux injures, vers 1005 à 1015, et VAbhrené de l'A. P. :B1.,\II. 320, 334-335..
PF, HO^SARII V()k\T. LYKIOl li 2!)3
Des mal-vueillans, ioimes-eii les douceurs Que Melpomene inspire dans les cœurs.
J ay faict ainsi '.
A l'imitation des Anciens il ajouta ou superposa — ce qu'il ne dit pas assez - — celle des Italiens et celle des Néo-Latins, qui eux-mêmes étaient les débiteurs de l'antiquité gréco-latine. De sorte qu'il imita des imitations, et même des imitations d'imitations, ainsi que l'avaient fait à Rome les poètes de la décadence. Mais que lui importait ? Il s'agissait avant tout de doter la France d'un style poétique. Tous les moyens lui furent bons pour atteindre cette fin.
Nous avons vu qu'en dépit de ses aflirmations réitérées il n'était pas le premier à transplanter dans le sol national des tleurs étrangères pour les y acclimater. Lemaire de Belges, Cl. Marot, Hugues Salel, Mellin de Saint-Gelais, Lazare de Baïf, Ch. Fontaine, Despériers et Peletier, pour ne citer que les principaux et les plus voisins de lui. l'avaient devancé dans celte voie, Du Bellay lui-même n'apu s'empêcher de le reconnaître au milieu et à la fin de son manifeste 3. Mais il est incontestable qu'aucun d'eux, pas même Lemaire, pourtant si riche de butin, n'avait rapporté de ses voyages à travers les livres des poètes anciens, surtout des poètes grecs, une telle moisson, aussi abondante et aussi variée ; aucun deux n'avait fait tant d'emprunts aux poètes italiens, surtout aux poètes néo-latins. Non seulement il s'aventura plus loin qu'eux tous à la découverte de plus de pays, mais il étudia la flore des pays explorés par eux et par lui plus soigneusement, plus savamment, la cultiva dans un terroir plus fécond, où il essaya de lui faire produire des couleurs plus brillantes et des parfums plus capiteux.
Ses prédécesseurs s'étaient appliqués surtout à traduire les Anciens et les Italiens, ayant à cœur d'abord de faire connaître telles quelles les œuvres étrangères, de les rendre accessibles à la masse des lecteurs, en un mot de les vulgariser. Du Bellay et Ronsard, quoique hostiles en principe aux traductions des poètes, en reconnurent tôt ou tard l'utilité (Du Bellay, Bail', Belleau, Jamin ont même traduit des poètes, comme de simples Marotiques) ^. Mais ils pensèrent qu'il y avait mieux à faire,
1. Bl., VI, 329. Voir encore l'Elégie sur la mort de Marie fl, 243) ;
Encor, ce me dit- il, que de maint beau trophée D'Horace, de Pindare, Hésiode et d'Orphée Et d'Homère qui eut une si forte vois, Tu as orné la langue et l'honneur des François. .
2. Voir cependant VElegie à Cassandre, Mon œil, mon cœur (I, 124) et VEpilaphe de Manille (VU, 238).
3. Deffence et Ilhistr. (éd. Chamard, pp 17fi et suiv. et 338).
4. V. l'épitre-préface du Qimlricsnie livre de l'Enéide traduit en uers franeoys par Du
en reproduisant l'esprit plutôt que la lettre de leurs modèles, et proclamèrent la nécessité de la paraphrase, de l'imitation libre, par voie directe ou par réminiscence, mieux encore, de l'imitation lointaine et plus ou moins inconsciente par innutrition et assimilation '. Ronsard, lui, traduisit très peu de pièces intégralement et surtout littéralement, le moins de tous les poètes de la Brigade. Donc, au lieu de transplanter sans plus ses plantes étrangères, il tenta de les gretTer sur des productions françaises et sur celles de son cru '-. 11 pratiqua, avec plus ou moins de succès d'ailleurs, toute une série de combinaisons, par lesquelles il prétendait infuser à la poésie française une sève généreuse et drue : traduction partielle, paraphrase totale, paraphrase partielle, insertion isolée, juxtaposition ou mélange de deux éléments étrangers ou d'un plus grand nombre, homogènes ou hétérogènes, transposition, adaptation.
Nous n'avons pas constaté d'évolution coustante dans ses procédés d'imitation. Il lésa tous pratiqués simultanément, aussi bien au début qu'à la fin de sa carrière. Telle ode, qu'il composa vers sa vingtième année, est librement imitée d'Horace, et l'adaptation des vers latins aux événements du jour y est parfaite. Telle autre, qui date de sa maturité, n'est qu'une paraphrase sans aucun caractère d'originalité. Il nous a semblé seulement qu'il s'était elTorcé d'être indépendant plutôt dans les dix premières années ; qu'il imita de plus près et se soucia moins d'être lui-même dans les années qui suivirent ; qu'il montra enfin plus de spontanéité et s'aflranchit sensiblement de ses modèles à partir de 1360. L'imitation directe, avec le modèle sous les yeux, est flagrante en ce qui concerne Pindare, VAnthologie grecque, Callimaque, Théocrite, Ovide, les poètes italiens et néo-latins, dont il n'a pu retenir de mémoire les textes ou les traductions. Quant à Virgile et Horace, il a pu les savoir par cœur, au moins en partie, et les imiter sans recourir à son volume 3. On pourra s'en convaincre en le voyant à l'œjivre dans le domaine de la poésie lyrique.
Bellaj' (l.S.52'1 ; l'épitre de Ronsard à Cbr. de Ctioiseul sur la tiad. des Odes d Anacreon par lielleau 1556 et siirloul la fin de l'épitre de Ronsard à J. Hamelin sur sa Trad. de Tite Live (1559'. Baïf a traduit VAntigone de Sophocle, le Brave de Plaute ; Jamin, les douze derniers livres de VJliade ; Belleau. outre les odes d Anacréon, les Phénomènes d Aralus.
1. Sur la théorie de limitation-paraphrase, sur ses dangers, sur les protestations qu'elle souleva, v H. Chamard, th. fr., pp. 119 à 126, et éd de la Deffence, p. 195 ; Faguet, Seiz. siècle, pp. 213 et suiw
2. Qu'on me pardonne la métaphore prolongée Kllc a sou excuse dans sa justesse et dans l'emploi qu'en a fait l'école de Ronsard. V. notamment Du Bellay, Deffence^ I, cb. m et vil ; A. Foclin, Rhet. fr., dédicace ; E. Pasquier. Lettres. I. il ; II xn.
3. V à ce sujet ce qu'il dit de \'irgile dans une préface de la Fraticiade ill, 23j.
DE KOiN'SARU rOÈTt; LYKlOL'li 293
Mien que Ronsard ait commencé par écrire des odes légères à l'Iioratieniie, nous l'éUidieroiis d'abord dans ses odes piadariques, et cela pour plusieurs raisons : il s'y prépara dès Io43 et leur composition occupa une bonne partie des années studieuses du Collège de Coqueret ; publiées en 1350 et 52, elles ont marqué un mouvement initial qui s'est communiqué à tout le reste des œuvres graves ; ce sont elles qui frappèrent le plus les lecteurs des premiers recueils et valurent surtout à Ronsard les avantages et les ennuis de la célébrité ; enfin leur publication a précédé celle des odes anacréontiques et, d'une façon générale, la période d'épanouissement et le triomphe des odes légères, que Ronsard très sagement finit par préférer.
2'.t(3 SOl'KOES ET OUIGINALITÉ