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C'est la quatrième Pythique

298 SOURCES ET ORIGI-NALITÉ

elle n'a que lii vers '. On peut s'étonner à première vue que Ronsard l'ait toujours conservée parmi les odes pindariques, malgré sa forme et sa brièveté. Cependant rien n'est plus facile à justifier. D'abord les odes qui nous restent de Pindare ne sont pas toujours divisées en triades, et six d'entre elles comprennent moins de oû vers. Ensuitel'idée de la composer et de l'insérer immédiatement après VOde à Carnavalet a été suggérée à Ronsard par le texte de Pindare, tel qu'on l'interprétait au xvi" siècle et que les éditeurs du temps le présentaient, d'après l'ordre des pièces adopté par les grammairiens d'Alexandrie. En effet, Pindare a composé deux Olympiques pour Agésidame de Locres, une longue de 123 vers, Tov dXjfiTT'.ov.xàv àvi-('iijo-.i,el une courte de 22 vers, "Eixiv àvOofîtKO'i; àvijjiwv. La triade initiale de la grande ode contient ces mots : « J'ai oublié que je lui devais un hymne... J'ai honte d'une si vieille dette ; mais je puis faire taire la critique en lui payant un intérêt (-oxo;) 1). — Les grammairiens, conjecturant que la petite ode pouvait bien être cet intérêt promis par Pindare à son héros, l'avaient placée à la suite de la grande en lui donnant pour titre Tiû aj-î}) 'AvT,jt3i(ji()i toxoi;. Or Ronsard, ayant transporté dans ÏUde à Carnavalet le début de la grande ode à Agésidame et prorais de même à son ami une « usure », c'est-à-dire l'intérêt d'une dette contractée depuis longtemps, se crut obligé de lui adresser une odelette supplémentaire, à laquelle il donna pour titre Usure à lui-même, traduisant ainsi le titre conjectural de la petite ode à Agésidame. 11 était donc bien fondé à considérer son odelette comme une imitation pindarique, et nous devons la considérer comme telle avec lui -.

Les odes qui nous sont restées de Pindare sont par définition des hymnes de victoire, comme Ronsard le dit lui-même, traduisant un mot de son modèle 3. Les imitations de Ronsard eurent donc avant tout ce caractère. Seulement les victoires qu'il chanta ne furent pas remportées dans des jeux athlétiques : les courses de chars, les courses à pied, la lutte à main plate, le pugilat et le pancrace, le pentathle. les

1. Blancliemain a divisé cetle odelette en deux huitains d'après les éditions posthumes ; mais comme en 1.Ï50, .i5 et 60 elle se présente sous l'aspect d'un seizain, et que, d'autre part, le seizain est plus conforme au type de longue strophe adopté par Ronsard dans six ou sept de ses odes pindariques. je rejette la division de Hlanchemain et suis d avis que l'odelette est monostrophique.

2. Bl., II. .58 et 63. La petite ode à Agésidame a suivi la grande dans toutes les éditions de Pindare jusqu'à celle de Heyne fin du xvni*^ siècle . Au contraire, dans celles de Bceckh et de Schneidewin. la petite précède la grande cf. l'éd de Bœckh, t. 11. notes crit . p iOô . Mais Tycho-Mommsen et W. Christ sont revenus à l'ordre des éditeurs du xvr siècle. Quant au titre Tû> ajTiÂ) -oxoç il a complètement disparu depuis l'édition de Heyne.

3 k7).)^fv'. x.o; est traduit par « ce bel In-nme de victoiri' ■•. Cf. Olynip. IX, début : Sém. IV, vers 16 ; Bl., 11, 50 et 80.

iiE HO.Ns.AHi) piiÈii, LVRiuLE (Ode ijvave) 299

concours de tlùte, les émotions elles applaudissements du stade, tout cela n'était plus, et nous ne voyons guère que les tournois, si en faveur justement sous Trançois I" et Henri II, qui eussent pu rappeler — mais de très loin — les solennités de Delphes, de Corinthe, de Némée ^^ ou d'Olympie. Or l'idée de célébrer à la façon de Pindare un grand seigneur vainqueur dans ces fêtes de Cour n'est jamais venue à Ronsard, heureusement ! Ce qu'il crut pouvoir chanter sur ce mode, ce fut la victoire de François de Bourbon à Cerizoles, la victoire de Guy de Chabot dans son fameux duel avec La Chastaigneraie, la victoire diplomatique remportée par Henri II et Montmorency sur les Anglais, les victoires toutes littéraires remportées contre « le monstre Ignorance » par Madame Marguerite et par Michel de L'Hospital. ^•'^

A côté de ces odes épinicioinrs, qui, à elles seules, forment les deux tiers des quatorze pièces dites pindariques, Ronsard crut pouvoir écrire, également en triades, des odes purement encomiastiques. Toujours à -<-. l'imitation de Pindare ', il y faisait l'éloge d'un personnage, et, s'il y avait lieu, des membres glorieux de sa famille; par exemple, l'éloge de Joachim du Bellay et de ses illustres cousins, le cardinal Jean et le capitaine Guillaume ; celui de Catherine de Médicis, de sa ville natale et de ses ancêtres, dont deux furent papes ; celui du cardinal Charles de Lorraine, descendant de Godefroy de Bouillon et des roisde Sicile ; celui de Carnavalet, premier écuyer des Ecuries royales et par là comparable à Bellérophon ; ceux de Bouju, de Dorât, d'Ant. de Baïf, de Martin, dont il proclame les talents divers et auxquels il exprime ou sa gratitude ou son admiration -. \y"

Outre celte imitation toute superficielle et générale des odes de Pin- ^^ dare, nous avons à signaler des emprunts plus particuliers et plus caractéristiques. Ronsard a d'ailleurs puisé parfois à d'autres sources, antérieures ou postérieures, que nous indiquerons chemin faisant. On peut grouper ainsi les éléments constitutifs de ses odes pindariques:

1. Nous sa\'ous que Pindare avait écrit de nombreuses odes encomiastiques, mais nous n'eu possédons qu'un spécimen. 1 ode à Arislagoi-e de Ténédos, prytane, rangée bien à tort parmi les Séméennes ila dernière dans l'éd Christ .

'2. L'ode Au Hoy : Comme un qui prend une coupe n'est ni épinicienne ni enco-

miastique. C'était simplement dans le recueil primitif une poésie liminaire, dédicace ou ]>iologue.

300 SOURCtS ET ORIGINALITÉ

1° les mythes ; 2° les sentences ; 3° les figures ; 4° les épithètes ; 5° les mouvements lyriques.

Les Mythes. — Ronsard a toujours eu un goût très vif pour les fables païennes, dont il comprenait la beauté plastique et admirait le symbolisme moral. Pour lui, comme pour les poètes d'Alexandrie et de Rome, les légendes helléniques étaient la poésie même, au point qu'il ne concevait guère qu'elle pût s'en passer. Ce goût, Dorât le développa en lui singulièrement, nous le savons par son élève même : c'est Dorât qui lui « apprit la poésie » et lui montra comment

On doit feindre et cacher les fables proprement,

Et à bien déguiser la vérité des choses

D'un fabuleux manteau dont elles sont encloses '.

Ronsard nous a expliqué lui-même l'origine et le but principal des fables : « La Poésie n'estoit au premier âge qu'une théologie allégorique, pour faire entrer au cerveau des hommes grossiers, par fables plaisantes et colorées, les secrets qu'ils ne pouvoient comprendre quand trop ouvertement on leur découvroit la vérité -. » Et son enthousiasme pour ce genre d'allégorie fut tel qu'à la fin de sa carrière il écrivait encore à Hurault de Cheverny :

Celuy qui le premier du voile d une fable

Prudent enveloppa la chose véritable.

Afin que le vulgaire au travers seulement

De la nuict vist le jour, et non réellement,

Il ne fut l'un de ceux qu'un corps mortel enserre.

Mais un Dieu qui ne vit des presens de la terre ^.

Plus d'une fois enfin il a interprété le symbole mythologique comme on l'avait fait durant tout le Moyen Age : Tantale, révélant aux hommes la volonté des Dieux, personnifie, dit-il, l'ingratitude et le fol orgueil ; Minos, reçu neuf ans à la table de Jupiter et jugeant les ombres infernales, la discrétion et la prudence * ; Pallas, naissant tout armée du cerveau de Jupiter, le fruit de la conception intellectuelle; Atys, se mutilant pour suivre Cybèle , la sagesse qui soumet les sens à la raison ^ ; Saturne, dévorant ses enfants, la destructibilité

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