Poèmes de la Lyre, du Pin Bl., \'I
DE RONSARD POÈTE LYRIOl'K {Ode (jrave) 'M)\
inévitable de tout ce qui se produit dans l'espace et dans le temps' :
Voilà comme les vieux ont dextiement tasclié D'eramanteler le vray d'une fable caché -.
Donc Ronsard saisit toutes les occasions de mythologiser. Comme Pindare, il insère dans la trame de son développement un récit fabuleux, relatif au pays, à la ville, à la famille, aux talents du personnage auquel il consacre son ode, et cela d'autant plus volontiers qu'il a moins à dire sur le personnage lui-même. — Du reste, bien qu'il ait beaucoup aimé ce genre d'ornement et qu'il en ait généralement abusé, il ne l'a pas prodigué dans ses odes pindariques ; il l'a même parfois emprunté à d'autres sources que la mythologie grecque, ce qui se comprend, vu la difficulté de^trouver des légendes, et des légendes païennes, appropriées aux sujets tout contemporains de ses odes.
Deux mythes seulement sont pris à Pindare : celui de Bellérophon, dompteur de Pégase, vainqueur de la Chimère et des Amazones, puis précipité dans le vide du haut de son cheval ailé ^ ; celui des amours d'Apollon et de Cyrené, que Ronsard transpose habilement, la nymphe grecque étant remplacée par la nymphe Florence, qui donna son nom à la ville natale de Catherine de Médicis *.
Trois autres odes contiennent une partie mythique. Dans VOde à Madame Marguerite, Ronsard met aux prises la sœur de Henri II, nouvelle Pallas. personnifiant la Renaissance des Lettres et des Sciences, avec l'Ignorance, monstre allégorique, représentant l'esprit retardataire du Moyen Age : quelques vers de cette « thériomachie » rappellent de Callimaque le combat d'Apollon contre le serpent Python s, mais l'en-
1 Elégie A Desportes (BI.. IV. 218). V. encore l'Hymne de la Philosophie, où il interprète d'après Lucrèce quelques légendes infernales.
2. Bl., III, 420. C'est exactement ce que fit ,1. Lemaire qui, grand symboliste, aime à parler de la <( fructueuse substance contenue sous l'escorce des fables artificielles », et donne, le plus souvent d après Fulgence Planciade, la signification « tant morale comme philosophale et historiale » des moindres mythes païens (Illustrations de Gaule, 1, ch. xvm à XXXV, et passim). Pour l'interprétation médiévale des fables du paganisme, V. le Roman de la Rose, vers 7904 et suiv. ; P. de Xolhae, Pétrarque et l'Humanisme (thèse de 18921, pp. 111 et suiv. ; Ph. Monnier, Quattrocento, I, 259. — Sur l'origine, le vrai sens, l'utilité et l'agrément des mythes de l'ancienne Grèce, v. encore Le Caron, Dialogues IV, Ronsard ou de la Poésie), et B. Aneau, préface des Trois premiers lii'. de la Metam d'Onide traduits... (1556). En rapprochant ces deux opuscules et les chap. de Lemaire ci-dessus rappelés, on verra que les Hhétoriqueurs, les Marotiques et les Ronsardiens n'étaient pas loin de s'entendre sur la nécessité d'imiter les Anciens, surtout leur mythologie. V. encore Vauquelin, Art. poet.. Il, vers 67 à 83.
3 Bl., II, 59 et HO, str. et antist. 3 = Olymp. Xlll, épode 3 à str. 5; hthm. VI, épode 3.