‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 250 sur 509 · Ibid., 62, 85, 117 à 119, et passim · texte numérisé non relu

Ibid., 62, 85, 117 à 119, et passim

3. Ibid., 06. - ryth. III, antistr. 5 ; Islli. III, str. 2 ; Olymp. VII, fin ; etc.

4. Ibid , 52-53 ; 60, lin. — AVni. XI, ép. 1. Très fréquent dans Pindare.

5. Ibid , 23, str. 1, dont voici le début imposant ; « Toute royauté qui dédaigne | L'humble vertu pour sa compaigne | Souvent dresse le front trop haut : | Et de son heuroutrecuidée, | Court, vague, sans estre guidée | De la raison qui lui défaut. » — Cf. Pyth. V, début, à Arcesilas roi de Cj'rène. Mais voyez aussi Cl. Marot, Epitre à M. dAnguien. le début, dont Ronsard s'est souvenu certainement.

6. Ibid , 38. — Pyth. I, antistr. 5, à Hiéron, roi de Syracuse.

7. Ibid., 36. — Pylh. V, ép. 5 et antistr. 2. La transposition de l'idée du texte grec dans l'ode française est excellente ici : Henri II est lobligé du connétable de Montmorenc3', qui a conduit les négociations avec l'Angleterre de façon à conclure une paix honorable pour la France, comme Arcesilas de Cyrène reste le débiteur du cocher Carrothos, qui conduisit son char dans la lice et lui assura lu victoire.

DE RONSAKn POÈTE LVRIQLE {Ode grave) 309

cette qualité dominante, par laquelle son modèle, au spectacle même des gloires qu'il chantait, se laissait aller à la méditation sur la misérable condition de l'homme, comparée à celle des dieux, et sur les devoirs que lui impose sa destinée.

Il s'élerail ainsi à des hauteurs que les poètes français avaient rarement atteintes. Pourtant il ne s'écartait pas de la tradition française. Le goût des sentences avait toujours été très vif chez nous. Notre poésie médiévale, essentiellement didactique et moralisante, surtout au xiv« et au XV* siècle, avait trouvé dans les maximes païennes et chrétiennes, aussi bien que dans les proverbes populaires, une ample matière à développements. Les rhétoriqueurs du xv"^ siècle et leurs héritiers du xvi^ avaient même cultivé avec une certaine prédilection les séries de huitains et de septains balladiques terminés par une sentence. Voici comment Pierre Fabri, vers io2U, parlait encore de cette variété des anciens genres lyriques : « La septiesme ligne de septains, en lieu de refrains, doibt estre une auctorité ou ung proverbe commun, ou d'autre grave substance, déclarée directement ou indirectement par les six lignes précédentes ou dernière partie d'icelles. Et s'en faict autant de clauses qu'il plaist au facteur ', ainsy que est le Passe temps Michault, et le Traiclé de Fougères .. . - ». A l'époque de Louis XII, les « chroniqueurs », très friands de « hauts dictons », en usaient de la même façon dans des séries de « clauses » plus longues, telles que les douzains et les treizains. Jean Marot, notamment, s'est ingénié, non sans succès, à « décorer » ainsi de proverbes et de sentences ses Vo>/ages de Gênes et de Venise, publiés par les soins de son fils en 1533 3.

La renaissance des lettres gréco-latines devait nécessairement favoriser sous le règne de François P"" ce goût invétéré de la poésie sentencieuse. Nul n'y contribua plus qu'Erasme par son recueil de cinq mille ^rfajes extraits des auteurs anciens, vaste répertoire qui devint vite classique, oîi les poètes humanistes trouvèrent aisément de quoi rafraîchir et rehausser les expressions de la sagesse ancestrale*.

1. C-à-d. « la pièce comporte autant de couplets qu"il plaît au poète ».

2. Grand et vrai art de pleine Rhétorique, réimpr Héron, 2' partie, p. 91. — Cf. Henri Châtelain, Recherches sur le vers français, p. 144. Pour les huitains morau.x, v. le Dehat de l'homme mondain et du religieux, réimprimé à la fin d'un recueil intitulé La Dance aux Aueugles et autres poésies du xv^ siècle extraites de la biblioth. des ducs de Bourgogne (Lille, Panckouke, 1748, in-12).

3. 'Voir la réédition de Coustelier Paris, 1723), pp. lia 15, 38 à 45, 61 à 69, elpassim.

4. Il est à peu près certain que Ronsard, bien qu'il n'ait pas même prononcé le nom d'Erasme dans ses oeuvres, eut recours aux Adagia, ne fut-ce que pour contrôler et approfondir les commentaires de son maître Dorât. Je dois à une obligeante communication de M Louis DelaruoUe les références à cet ouvrage d'Erasme que j'ai signalées dans les notes des pp. 307 et 308 ; j'ai consulté moi-même l'édition de Bàle '1541, la plus complète de celles que pouvaient avoir en mains les auditeurs de Dorât.

310 SUIHCES ET ORIGINALITÉ

Faut-il citer encore les huit livres d'Apophlhegmes du même Erasme, dont Macault, valet de chambre du roi, avait donné en 1539 une traduction française, précédée de deux épigrammesélogieuses de Clément Marot ^, — les Emblèmes d'Alciat, réimprimés plusieurs fois de 1531 à 1545 et traduits en vers français par Jean Lefevre en 1536, par Barth. Aneau en 1549, —Y Hécatongraphie de Gilles Corrozet, recueil d'« apoph- Ihegmes, proverbes, sentences et dictz tant des Anciens que des Modernes », publié en 1543, — les /)izains moraulx de Jean IJouchet « sur les apophthegmes des sept Sages de Grèce », parus en 1545 - ?

Ronsard, écrivant à son tour dus vers sentencieux, se conformait donc M des habitudes séculaires, en même temps qu'il subissait, à 1 école de Dorât, le courant irrésistible de l'humanisme. Il n'est pas douteux qu'il composa pour son usage personnel un recueil de sentences et d'idées générales, tirées des poètes anciens, en particulier des poètes grecs, surtout de Pindare, ce qui était relativement nouveau ^. On peut s'en faire une idée par la table des « comparaisons » et celle des « matières contenues en l'Iliade d'IIomere comme apophtegmes, réponses, proverbes, oracles, présages, sacrifices, stratagèmes et ruses de guerre », tables insérées à la tin de la traduction de V Iliade d'Amadis Jamin, qui fut le secrétaire de Ronsard *. Procédé d'écolier, bien naturel à cette époque, et en tout temps. Qui de nous, au cours des études, n'a pas été tenté de collectionner ainsi les pensées les plus brillantes d'un auteur favori, les vers les mieux frappés d'un grand poète, avec l'intention de les apprendre par cœur et de les utiliser à l'occasion pour enrichir, pour « illustrer » un développement ?

Les idées générales surtout sont séduisantes, et attirent tout d'abord certains esprits graves et réfléchis. Elles se détachent si nettement, parfois, que notre attention doit s'y arrêter. Elles ont aussi ce charme, qui commande le respect quasi religieux, qu'auraient les paroles d'un sage, les conseils d'un père, les confidences d'un aïeul ; il semble que l'auteur interrompe la trame de son récit pour penser tout haut, nous communiquer son sentiment en a parte et converser

1. Cf. Biunet, Manuel dn Libraire. Supplément (1878 , col. 4.56 ; P. J.innel, éd. des Œuvres de Cl. .Marot, t. III, p. 111.

2. .\ la suite des Généalogies, Effigies el Epilaphes des Hoys de France (Poitiers, 1515), fif. 129 et suiv.

."i. Ne dit-il pas lui-même ; « Sur les bords Dirceans j'amasse | Le tesor {sic} des plus riches Heurs | Afin qu'en pillant je façonne | D'une laborieuse main | La rondeur de celte couronne... » (texte de 1552 . Cf lalinéa de son .Ahbregé de /'.(. P . Intitulé De relocHlion Bl. Vil, .S24 .

4. Trad. des treize derniers livres de t'Iliade, par A. Jamyn. « revuz et coi'rigc/, pour la troisième édition w Paris Lucas Hrey'er, 1580 . W ci-dessus, p. 247.

DE RONSARD POK.TE LVHIOl^E (Ode rjVai^r) 311

directement avec nous ; c'est la raison qui parle, la raison universelle. Bref nous détachons pieusement ces pensées et les conservons avec soin ; elles ont à nos yeux un prix infini, surtout si leur forme est élégante autant que solide.

Mais le point délicat, c'est de savoir s'en servir à propos, c'est de s'en pénétrer assez pour appliquer les mêmes paroles spontanément dans des circonstances sinon identiques, du moins analogues. Il ne faut pas que ces pensées soient un jour plaquées dans un écrit ou une conversation de façon inattendue et inopportune, car alors rien n'est plus déroulant ni plus ridicule. Ronsard a-t-il su toujours éviter cet écueil ? Oui. le plus souvent. Trois ou quatre exemples le prouveront. Dès qu'il remarque un certain rapport entre son héros et l'un de ceux que Pindare a chantés, il lui applique la maxime de son modèle. Ainsi Agésias, qui est le sujet de la d" Olympique, ayant deux patries, le Péloponèse et la Sicile, Pindare avait écrit : « 11 est bon dans une nuit orageuse de pouvoir lancer deux ancres de la nef rapide ; qu'un dieu accorde aux deux peuples de nobles destinées. » Carnavalet ayant de même deux pays d'origine, la Bretagne par son père et la France par sa mère, Ronsard lui applique sa réminiscence :

(Jiiand la bize vient faclier La nef que trop elle vire, Alors il fait bon lâcher Deux ancres de son navire '.

Le seigneur de Jarnac, faible de corps et inexpérimenté, ayant été provoqué en duel par un robuste adversaire, qui passait pour invincible, avait dû se raidir contre l'idée de son infériorité et s'exciter au courage pour recouvrer son honneur. Ronsard, désireux de le chanter, se rappelle que Pindare a mis les paroles suivantes dans la bouche de Pélops sur le point d'affronter une épreuve également terrible, pour obtenir Hippodamie, l'objet de ses vœux : « Un grand péril n'est pas fait pour un homme sans énergie ; mais, puisque nous devons nécessairement mourir, pourquoi demeurer dans l'obscurité, pourquoi croupir dans une honteuse et stérile vieillesse, étrangers à tout acte glorieux'? » Alors notre poète fait de même parler son héros :

1. Texte de 1555. Cf. lil., II, Gl, sir. 3 =; Olymp. VI, ép. 5. — Ronsard reprit celte idée générale et cette métaphore en 1556, dans une Epitre au Cardinal de Lorraine, mais celte fois, il cita son auteur :

Car, comme dit Pindare. une nef sur le sable

D'une ancre tient assez : mais en temps orageux

Ouand elle est sur la mer il luv en faut bien deux 31., VI, 285j.

312 SOIRCF.S ET ORIGINALITÉ

Une ame lâche et couarde Au péril ne se hazarde Et d'où vient cela que ceus Qui pour mourir ici vivent, L'honneste danger ne suivent, A la vertu paresseus ?

Misérable qui se laisse Engloutir à la vieillesse ' !

François d'Enghien, le vainqueur de Cerizoles, a des ancêtres glorieux, Charles et Pierre de Bourbon, qui eussent appris avec une joie et une fierté bien naturelles la gloire de leur jeune descendant, si la mort ne les avait déjà retirés du monde. Ronsard songe alors que dans la 8' Olympique Pindare a tiré parti d'une situation semblable à propos d'Alcimédon d'Egine, qui derechef a honoré sa famille par un triomphe aux jeux solennels; il ouvre son recueil, ou son édition, et lit :« Mais il faut que je chante l'hymne de victoire pour les Blepsiades, qui ont ceint leur front dune sixième couronne ; il faut aussi, suivant l'usage pieux, donner aux morts une part de gloire ; la poussière qui les recouvre n'arrête pas le bruit des beaux exploits de leur postérité. Quand la Renommée, fille de Mercure, sera venue aux oreilles d'Iphion, il redira à Callimaque l'honneur sublime que ,lupiter vient d'accorder à leur race dans Olympie. » A son tour, notre poète se donne la mission de faire entendre au delà du tombeau l'écho des louanges et des enthousiasmes qui doivent faire tressaillir d'allégresse les mânes d'héroïques ancêtres, et voici comment il transpose les vers de Pindare :

Str. Muses, ne vaut-il pas niieus Que le son de ma lyre aille Aus viens Bourbons ses aïeus Annoncer cette bataille?...

Car la poudre des tombeaus N'cngarde que les faits beaus Des fils ornés de merveilles N'aillent là bas réjouir De leurs pères les oreilles Egaies de les ouir.

Anilsir. Fille du neveu d'Atlas...

Va-ten la bas sous la terre Et à Charles et à Pierre Di que François leur neveu .\njourdui vain([ueur s'est veu

1 Bl , II, 64,antislr. 1 - ('lymp^ I, ép. S.

DE RONSARD POÈTE LYRIOIK (Orfc qmve) 313

De rimperialle audace, Et di que sa jeune main N'a point démenti sa face Par un l'ait couard et vain '.

Il est probable que Ronsard ne s'est pas contenté du passage de Pindare cité plus haut et qu'il en a utilisé deux autres par « contamination », la strophe 4 de la .ï" Pythique et surtout cette fin de la l't'' Olympique : « Va maintenant, Echo, dans la sombre demeure de Proserpine porter au père la glorieuse nouvelle ; vois Cléodame et dis-lui que son fils, dans les vallons de l'illustre Pise, a couronné sa jeune chevelure des palmes athlétiques. » En tout cas l'adaptation était ici adroite et opportune.

On peut encore ranger parmi les sentences de Pindare que Ronsard applique assez directement à son personnage l'épode finale de \'Odc à .1. Martin. Après avoir fait l'éloge de Martin comme architecte et théoricien de son art, il veut faire entendre que c'est à lui que revient le mérite des monuments édifiés sur ses plans, et non pas aux manœuvres et aux maçons qui exécutent ses ordres ; la conception de l'idée ne peut « céder aus lieus », c'est-à-dire aux conditions matérielles qui en assurent la réalisation :

L'œuvre est de l'inventeur ; Et celui qui apprend Est tenu pour menteur Si grâce ne lui rend -.

Là encore l'idée générale est heureusement liée au développement particulier qui précède 3.

Par malheur il n'en est pas toujours ainsi, et il arrive à Ronsard, pour ses idées générales comme pour ses mythes, de les intercaler dans son ode sans qu'il y ait un rapport intime, ou seulement sensible, entre elles et le sujet qu'il s'est proposé. Que les attaches soient habilement dissimulées, rien demieuX, mais encore faut-il qu'elles existent. Par exemple, au beau milieu de l'éloge de Gui de Ctiabot, l'unité du développement est brusquement rompue par ces vers ;

Qu on chante les nouveaus hinnes, Mais qu'on vante les vins vieus :

1. Bl., Il, 56, str. et antistr. 3 ^ Olymp. VIII, antistr. et épode 4. Nous citons le texte remanié de 1555, que Ronsard a conservé.

2. Ibid., 113 = Olymp. .\III ép 1 : ' Arav 5' sjpovro; ïpyo-t.

3. Nous ne partageons donc pas l'opinion de M. Froger, pour qui cette épode est isolée du texte précédent et tout à fait inattendue iPrew. poés.de fi , p. 50, note 2,.

■iii SOIKCES KT OKIGINALITK

Cens qui font les vertus dinnes Sont engravés dans les cieus '.

Séduit par la forme antithétique de la pensée, Ronsard a voulu l'introduire quelque part, coûte que coûte, sans même remarquer que le Sk du texte pindarique n"a pas du tout la valeur logique de notre mot adversatif mais '-.

Ailleurs la pensée est encore plus obscure, paraissant tout à fait isolée du contexte Ainsi la strophe 2 de l'Ode à ,]. Marlin débute par quatre vers qui sont au moins équivoques ; Ronsard, après avoir sollicité les faveurs du roi pour son ami, ajoute :

Certes 1 expérience N'est utile, sinon Pour souder la science Si elle est fausse ou non :

et il continue par l'éloge de Martin comme traducteur de VArcadie Ae. Sannazar I Tout en utilisant certains aphorismes de son modèle, le poète suivait son idée de très près sans doute -, mais le lecteur devrait aussi pouvoir la suivre immédiatement et la saisir sans effort ^.

Enfin plus d'une fois Ronsard a juxtaposé deux idées générales empruntées à deux pièces de Pindare, par exemple dans VOdc à Atil. de ^«(/■^ ; ou bien, au contraire, il a divise par moitiés un morceau de Pindare et intercalé entre les deux tronçons la traduction d'un autre passage, par exemple dans \'Ode de la Paix ^. Tout cela sans suture ni lien d'aucune sorte. Même il est allé jusqu'à se contredire gravement

1. Bl.. II, 67, ép. 3 -= Olymp. IX.aiilistr. 2. vers 48 : A'vs'. o'i ~r'Ki'Ji'i ijl'ev 0'!vov, avOea S' 'javcuv | -/ïioxiotov.

2. D'autres passages prouvent que Ronsard a parfois inlerprélé le texte grec de fac^on trop littérale pour être compris, et parfois de façon inexacte. \'oir Hl,, II, 34 : « Muse repren l'avii-on... » et Pyth. X 'ép. 3, vers 51) ; i7>i(i.,58 : « Le temps venant... », et Olymp. X lanlistr. 1, vers7); ihid,, Ô9 : •• Dors-tu, la race Eolide... >',et Olymp. XIII (ép. 3, vers 67-68; antistr. 4. vers 85) ; ibid., 60 :« Monté sur le dos volant... », ei Olymp. .XIII (ép. 4, vers 86). Hichelel, en note de ce dernier passage obscur, remarque avec naïveté que Honsard « traduit excellemment ».

3. Bl., 11,112. Cf. Olymp. IV, vers 18 : A'.iiTEipi xot 'fipo-M'i IXif/^o^ ; Ném. III. sir. 4, vers 70-71 ; Pylli. X, ép. 4, vers 67.

4. /fcirf.. 110, épode finale Ses deux premiers vers viennent de la IWm. \'1I (antistr. 3, vers 54i ; les quatre vers suivants d'un passage mal interprété de lOlymp. IX (ép. 4, vers 105-109). Les mêmes maximes pindariques sont juxtaposées au début do l'antistrophe de la même ode.

5. Ihid , 34, épode 6 Les vers du milieu '5 à 11), qui viennent de la Pythiqite I ;str 5, vers 81 et suiv.', sont enclavés entre deux groupes de vers qui viennent de la Pyth. X :ép. 3, vers 51 et suiv.V Pour l'enjambement de cette épode sur la septième triade par le mol £)iwrsemen', v. Rev. d'Hist. Un., 1904. p. 443.

DE BOMSAKl) l'Ol'rE LYMIQUE [Oda rfravp) 313

parce procédé très délicat de la « coDtamination », dans la deuxième anlistrophe de rOt/e à Carnavalet^.

Ce qui est surtout regrettable, c'est que rien n'excuse ces défectuosités très réelles, qui ont contribué pour leur part à discréditer l'œuvre de Ronsard, ni les exigences rythmiques de la strophe, ni la jeunesse d'un poète qui, en 1530, se faisait gloire de penser par les Grecs et de les copier ; car elles ont subsisté intactes jusqu'à sa mort au milieu des corrections innombrables et des suppressions que le poète a fait subir à ses premières œuvres. Et cela nous confirme dans l'opinion que l'obscurité qui en résulte a été systématiquement recherchée, à Ja suite d'une fausse interprétation du génie de Pindare. Nous pensons avec regret que Ronsard a voulu imiter de lui un beau désordre, qu'il croyait y voir, et, dans son enthousiasme, revêtir l'expression de sa pensée de ce voile énigmalique propre aux oracles de la Grèce, à ceux de Delphes en particulier. Ne s'est-il pas vanté quelque part de « brouiller ses vers à la mode de Pindare » - ?

Quoi qu'il en soit, le goût très vif de Ronsard pour les sentences et les idées générales est tout à son honneur. 11 avait raison de dire qu'elles « font reluire les vers comme les pierres précieuses bien enchâssées les doigts de quelque grand seigneur » '■<■ ; et le principe qui le guidait, à savoir qu'elles communiquent aux vers comme aux discours cette noblesse, cette gravité, cette autorité qui rentrent dans la définition même de la grande poésie et de la grande éloquence, ce principe-là est indiscutablement le meilleur de ceux qui composaient son programme de réformes littéraires; d'autant meilleur qu'il répondait à l'une des tendances de l'esprit français, et qu'il continuait, en la renouvelant, une tradition nationale. Aussi Ronsard a-t-il tenu à mettre entre guillemets maints passages de cette nature, pour attirer l'attention du lecteur sur ce qu'ils renferment d'universelle et éternelle signification *.

1. Bl, II, 60. Cette antistr. n'est, du premier au dernier vers, que la contamination de deux passages de Pindare Notre poète traduisant de VOlgmp. XIII ép. 4) : « M.iisquel mechef le tua, | ,Je le passe sous silence... », ne s'aperçoit pas qu'il fait connaître justement ce « mechef » tout de suite après, en traduisant de Vlslluinque VI antistr. 3, fin et ép 3) les quatre vers qui terminent sentencieusement son développement sur Bel lérophon.

2 Ibid., 181, str. 4. On sait que Boileau partageait tout à fait l'erreur de Honsard à ce sujet (v. l'Ode sur la prise de AVimur, et Discours sur l'Ode).

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