Ahbrégé de l'A. P Bl.-VIl
4. Cf. Brunetiére, à propos d'un distique sentencieux de Maurice Scève [Rev. des Deux Mondes du 15 déc 19UU, p. 90S) — Cette remarque est surtout vraie pour les éditions de Ronsard postérieures à lôtiO. Car il n eut pas recours tout de suite à cette manière de coquetterie quelque peu pédantesque et naïve. L'édition de 1550 ne porte pas trace de guillemets indiquant les idées générales. Au livre V des Odes en 1552 et 53 on en trouve cinq exemples, quatre dans le Bocage de 54, cinq dans les Mcslanges de 54, neuf dans les Odes de 55, vingt environ dans les Continualions des Amours de
3i6 SOVRCES ET ORIGINALITÉ
Les Figures. — Ronsard estimait également, avec raison, que les choses les meilleures gagnent encore à se présenter sous l'aspect le plus séduisant et frappent ainsi davantage les esprits. Aussi peut-on dire qu"il se soucia de la forme autant que du fond, ni plus ni moins. Il rechercha les expressions les plus capables de faire valoir sa pensée en l'ornant, et trouva dans Pindare une ample provision de figures et de fleurs de rhétorique, qu'il s'empressa de transporter dans ses vers.
On peut grouper sous trois chefs principaux les poétiques ornements qu'il s'est appropriés ainsi : les périphrases, les métaphores, les comparaisons.
a. Il existe plusieurs variétés de périphrases, et toutes n'ont pas la même valeur ; il en est même qui ne valent rien. Les unes sont incomplètement analytiques et comme une définition partielle du nom dont elles expriment un attribut. Les autres prétendent embellir une expression ou seulement la dévulgariser. D'autres enfin sont des réminiscences du symbolisme des Grecs, ou plus simplement de leur mythologie. Les premières sont toujours admises, aussi bien en prose qu'en vers, pourvu qu'on les emploie à propos et qu'elles ne soient pas énigmatiques. Les secondes offrent parfois de l'agrément, mais seulement en poésie, et encore risquent-elles de rendre le style affecté ou impropre. Les troisièmes sont aujourd'hui abandonnées, après avoir fait les délices de maints poètes de l'école classique. Pour eux elles constituaient une partie essentielle de la langue poétique ; c'étaient des façons naturelles de s'exprimer en vers, bien plus encore qu'un vain étalage d'érudition. Pour nous, c'est une phraséologie surannée et pédanlesque, qui avait le grand défaut d'être inaccessible au commun des mortels, et celui, plus grand encore, de laisser le lecteur froid, comme tout ce qui est conventionnel.
Ronsard était loin en looU de faire ces distinctions et surtout de mesurer les dangers de la périphrase, bien que plus tard il ait conseillé de « sagement en user », sous peine de rendre un ouvrage « plus enflé et bouffi que plein de majesté » '.Il n'avait alors qu'un souci, celui de
55 et 56 La première édition collective (1560) conserve les guillemets mis dans les éditions précédentes, mais n'en ajoute pas de nouveaux. C'est de I5(ï7 à 71 que leur nombre augmente considérablement, et dans les dernières éditions toutes les idées générales sont guillemctées,