‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 26 sur 509 · XXXVI LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD · texte numérisé non relu

XXXVI LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD

crête les idées, les sentiments et les caractères ; le symbole était plus riche, mais c'était toujours un symbole.

La nature de la divinité invoquée, remerciée, adorée, importe peu, d'ailleurs, à la délinition de l'Ode. La prière, l'action de grâces, la gloridcationde la divinité, quelle qu'elle soit, n'est-elle pas toujours un élan, une élévation de l'âme, un cri ou plutôt un cliant adressé aux puissances mystérieuses qui dominent l'humanité? La Jérusalem délivrée esl épopée tout comme l'Enéide ; Polyeucte est tragédie tout comme Œdipe ou fphigénie\ lesCon/if/uei'et les Psaumes étaient des odes au même titre que le Carmen seculare d'Horace, les Vœux h Bacchus ou à Lucine,les Hymnes à Jupiter ou à Pliœbus Sibilet l'a parfaitement compris, et il a eu raison d'entendre par le seul mot cantique aussi bien les pièces lyriques adressées aux Dieux du paganisme que les pièces lyriques adressées au Dieu des Juifs ou au Dieu des Chrétiens '. Peletier considérait les psaumes de Marot comme de véritables odes; les poètes qui, depuis, appelèrent odes sacrées leurs propres paraphrases des psaumes ont dû avoir la même opinion à ce sujet, et parmi eux J.-B. Rousseau a judicieusement écrit : « Si on a de l'ode l'idée qu'on en doit avoir... il faut convenir que nul ouvrage ne mérite si bien le nom d'odes que les psaumes de David. Car où peut-on trouver ailleurs rien de plus divin, ni où l'inspiration se fasse mieux sentir; rien de plus propre à enlever l'esprit et en même temps à remuer le cœur ? Quelle abondance d'images, quelle variété de ligures, quelle hauteur d'expression, quelle foule de grandes choses, dites, s'il se peut, d'une manière encore plus grande - ! » Nos poètes romantiques, notamment Lamartine, ont exprimé à peu près la même opinion ^ ; V. Hugo même se flattait de rajeunir et de vivifier l'ode française en substituant, par une réaction inverse de celle de Ronsard, « aux couleurs usées et fausses de la mythologie païenne les couleurs neuves et vraies delà théogonie chrétienne * ».

Au surplus, la substitution du paganisme au christianisme comme source d'inspiration ne se fit pas tout d'un coup, mais par voie d'élimination lente; et cela antérieurement à Ronsard, aussi bien pour lûde que pour les autres productions littéraires et artistiques. On peut dire dune façon générale que l'art médiéval est chrétien, l'art de la Renaissance

1. Cf. ci-dessus, p. w. — Ou trouve ce mot cantique comme synonyme dWe d.ins Du liellay lui-même 'Cf. Miisagnœomachie, strophe 18 et stroptie pénultiène. Cf. H. Chamard, thèse fr.. p. 165.)

2. Œuvres de J -B. Rousseau, éd. Lefèvre, 1820, t I, pp. liv et lv.

3. Cf. préface des Méditations et 33'= Entretien de Littérature.

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