‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 27 sur 509 · INTRODUCTION XXXVII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXXVII

païen, mais que le passage de Tua à l'autre eut lieu peu à peu, par une série de transfusions presque insensibles, sous Louis Xll et principalement sous François l"" '. Enfin non seulement il y eul un assez grand nombre d'odes païennes et mythologiques avant Ronsard 2, mais on trouve encore parmi les siennes quelques vestiges d'odes chrétiennes, qui ne sont supérieures que par la façon à celles du rhétoriqueur poitevin ,1. Bouchet, ou du poète berrichon, plutôt rétrograde, Fr. Habert •'.

Somme toute, ce qui reste vrai, c'est que l'ode ronsardienne se distingue assez souvent de l'ode antérieure, non pas tant par les idées et les sentiments qu'elle développe, que par la précision et la coordination de ces idées, jusqu'alors vagues et difluses, par la continuité et la vivacité de ces sentiments, auparavant épars et confus. Ce qui revient à conclure que Ronsard et ses amis ont étendu les limites de l'Ode, bien loin de les resserrer, ou. si l'on préfère, que, sans changer la nature ni diminuer la quantité de la matière de l'ode, ils lui ont donné de la force et de la qualité.

En second lieu, peut-on dire que la diversité des mètres et la liberté des rythmes furent pour Ronsard et ses amis un caractère accessoire de l'Ode? Nous ne le pensons pas. C'est au contraire cette diversité, c'est cette liberté qui les ont séduits, au point de leur faire préférer l'Ode à toute autre forme lyrique et rejeter avec un suprême dédain le rondeau et la ballade, dont les plus graves défauts étaient à leurs yeux l'uniformité, la contrainte, la rigidité rythmiques.

D'une parties dimensions de l'Ode sont extrêmement variables après comme avant Ronsard; on l'arrête où l'on veut; on la fait, à son gré, courte, très courte, moyenne, longue ou très longue. Peletier, en 1555, remarque avec plaisir que « l'Ode et le g'anre d'écrire le plus spacieus piur s'ebatre,qui soèt au-dessous de l'euvre héroïque, an cas de toute liberté poétique, comme fables, figures, e autres naïvetez »*; et il pense, en parlant ainsi, aussi bien au Voyage de liste de Despériers, à la Deploralion sur la mort d'Adonis de Saint-Gelais et aux Pseaumes de Marot, qu'aux Odes de Ronsard, qui ont de 8 à 800 vers.

D'autre part, le rythme initial de l'Ode, celui qui doit servir de patron à toutes les stroplics de la même pièce, est entièrement libre. Or c'est avec un véritable enthousiasme que les poètes de la Pléiade

1. Cf. Hisloire rfe France publ. sous la dir. de E. Lavisse, t. V, par H. Lenionnier.

2. Dans Lemaire, les deux Marots, Sainl-Cielais, Despériers et d'autres.

3. La Prière à Dieu pour la famine, l'Hymne à suint Geruaise et Protaise, l'Hymne Iriumphal snr le trépas de Marguerite de Valois, le Chant triomphal pour jouer sur la lyre, la Paraphrase du Te Deum, l'Hymne des pères de famille.

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