V. BI., II, 53, et ci-dessus, p
2. Sur le caractère primitif de l'hymne d'Archiloque, v. A. Croiset, op. cit., pp. 107 et 109. Ronsard lui-même a fait ressortir la différence entre Archiloque it Pindare dans deux strophes d'une Ode à Mad. Marguerite (II, 305 .
3. 131., II, 4(5,48, 99, 107. Cl', la préface des Odes, pp. 10-11, et la p. 4(32 du même vol.
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode grave) 335
hautain, outrecuidant de ses premiers recueils, et surtout de ses odes pindariquesi. Où prit-il qu'il ne devait faire « bruire » ses vers « que pour les doctes oreilles » ? que lui seul, avec Du Bellay, était capable de flatter les oreilles des princes et des rois, parce qu'il avait le double avantage d'être à la fois « endoctriné » et « par le seul naturel bien né » ? qu'en face d'eux les « misérables rimeurs » de la Cour ressemblaient aux corbeaux « qui caquettent contre deux aigles » ? que la Muse, fille des Dieux, n'a de regards que pour les privilégiés de la naissance et de l'intelligence, et qu'elle ne se prostitue pas au premier venu? qu'elle est l'ennemie naturelle de la foule, et que lui, son favori, n'a rien à voir avec « le vulgaire «, auquel il serait désolé d'avoir plu 2? Dans ce passage de la 2* Olympique, qui lui donna l'élan pour sa tentative audacieuse et le fit s'élever — et se perdre — à des hauteurs inconnues : « J'ai dans le carquois lié à mon coude nombre de traits rapides qui ont une voix pour les gens intelligents ; mais la foule ne les comprend point. Celui-là est savant à qui la nature a beaucoup appris. Mais ceux que l'étude seule a formés, intempérants dans leurs propos, bavardent vainement comme des corbeaux devant l'oiseau divin de Zeus. » C'est là, et dans quelques autres passages oii Pindare vante la « douce harmonie » de ses vers, les grâces et les charmes magiques de sa poésie 3. Où prit-il cette idée que les monuments poétiques sont plus durables que les monuments matériels, sujets aux injures du temps ? que les trésors de la Muse valent plus que tous ceux du Pactole ? que sans eux la vertu et la gloire militaire, même celles de plus grands rois, restent ensevelies dans le silence éternel ? Dans les odes de Pindare *. Qui l'enhardit à promettre l'immortalité à tous ceux qu'il chantait, et à se décerner de ses propres mains la couronne des élus au verbe impérissable ? Pindare encore s.
Lui-même le confesse dans la préface primitive des Odes (Bl., II, pp. 12 et 13), dans l'ode sur \a.Victo'ire de Fr. de Bourbon (p. 54), et surtout dans la 2'= Ode à Madame Marguerite (p. 299j. Aux critiques qu'il prévoyait, et que ses adversaires ne lui épargnèrent pas en eflfet, touchant ses « vanteries » et ses audaces dans l'invention et la com-
1. Voir la préface des Odes, et M, pp 53, 56, 103-104. 135, 395 à 397, 422 (fin}, 423, 426, 443. 445-46, 457, 461-62. Ci-dessus, pp. 55 et suiv.