‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 268 sur 509 · Préface des Odes de l · texte numérisé non relu

Préface des Odes de l

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE [Odf grovfi) 345

d'imiter de très près un poêle dont l'iniivre servait si bien, du moins il le croyait, son ambition personnelle et les intentions de la nouvelle école.

Le dirai-je ? La dilliculté même de 1 interprélalion fut pour lui un stimulant et un sujet d'admiration, non seulement parce que la peine que nous prenons pour connaître une œuvre nous la rend plus chère, mais parce que les jeunes auditeurs de Dorât me semblent avoir, sous l'influence de ce commentateur prestigieux, adopté pour devise le proverbe grec : Ta x^aXeirà xaXâ. Ce qui est dilRcile à comprendre est beau, pensait Ronsard. Les antiquités que je collectionne, en particulier celles de Findare, sont d'autant plus précieuses qu'elles sont plus rares'. Soyons fiers, disait-il à ses amis, de savoir ce qu'ignoraient nos prédécesseurs si « peu curieux » ; nos vers paraîtront d'autant plus beaux qu'ils contiendront plus de ces « curiosités » de fond et de forme, que nous avons découvertes avec Dorât ; ils seront d'autant plus prisés qu'ils resteront parla plus difficilement accessibles aux profanes. — Et qu'on ne croie pas que nous prétons gratuitement (i Ronsard ce raisonnement téméraire de poète alexandrin. Les passages ambitieux que nous avons cités, ou auxquels nous avons renvoyé le lecteur, suffiraient à fonder notre hypothèse. L'étude que nous devons faire maintenant de ses autres odes sérieuses va malheureusement la confirmer.

1. Ce proverbe grec est allégué par le Qiiinlil Horatian dans un sens différent. Si tu rejettes, dit il à Du IJella3', les anciens genres poétiques de France, c'est à cause des difficultés d'exécution qu'ils présentent ; ces poèmes « ne sortent jamais de povre esprit et d'autant sont plus beaux que de difficile facture, selon le proverbe grec là ■fjxktrA x.aXd, choses difficiles sont belles. » Ancau et les Rhétoriqueurs se trompaient en faisant consister la beauté d'un poème dans les difficultés rythmiques vaincues, et à cet égard les réformateurs de 1549 ont eu raison de réagir contre eux. Mais ces mêmes réformateurs auraient bien di\ se dire que le proverbe grec n'était pas plus juste si on 1 appliquait au fond et au style de la poésie. — Si l'on objecte que Du Uellay a préconisé dans sa Deffeiwe le choix des « meilleurs auteurs » comme modèles I, ch. VH et vin ; II, ch. iiT et qu'il s'est élevé contre l'idée de la rareté condition de la beauté, en distinguant avec force Lycophron d'Homère (I, ch. xi, fin), je répoudrai : 1" que Du Hellay n'est pas Ronsard et qu'à cet égard il y a toujours eu une sensible difVérence entre les deux poètes à l'avantage de Du t:iellay, et par ce seul fait qu'il n a pas subi l'influence de Dorât aussi longtemps que Ronsard ; 2" qu'il y a loin entre leur théorie et leur pratique, et que Du Rellay lui-même a public en 1549 et £0 des odes g.àtées par une obscure et indigeste érudition. Au surplus, Aueau, influencé par la nouvelle école, a tenu en ]55f) dans la préface des Trois prenners Itores de la Métamorphose Iraduils le raisonnement que nous prétons à Ronsard, et cela à propos des fables païennes, dont il explique la beauté poétique ; il applique là le proverbe grec non plus à la rythmique, mais au fond et au style de la poésie, d'après uu passage de Julien l'Apostat : « Nature aime à estre celée, et des Dieux l'essence recouse n'endure point entrer es oreilles pollues à parolles nues et descouvertes : afBn de reculer les lourdz et propbanes entendemens de la dignité de si hauts et beaux mystères par desespoir de les povoir comprendre, et au contraire pour y inviter les bons et divins esprilz par la curiosité d'entendre l'obscur, et admiration de l'entendu. Car (comme dit la sentence Socratique) les choses difficiles sont les plus belles. »

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