CHAPITRE II
LES ODES PINDAHICO-HORATIENNKS. — THEMES INSPIRES II HORACE.
I. — Caractères généraux des Odes moiiodiques graves. — Mélange d'éléments grecs, latins et néo-latins. E.xemples. — Les Odes à la famille royale plus particulièrement pindariques. — La monodie.
II. — Ronsard imitateur des Odes graves d'Horace. — Goût de Ronsard pour l'Horace pindarique. Pindare et Horace. Ronsard a passé naturellement de l'un à l'autre. Exemple de contamination plndarico-horatienne. — Les Odes morales ; groupe initial, groupe postérieur.
III. — Autres odes graves directement imitées d'Horace. — Les Odes satiriques. — Les Odes littéraires — Les Odes politiques.
IV. — Les mouvements lyriques dus à Horace. — Influence plutôt bonne. — Succès relatif.
En dehors des odes pindariques proprement dites, Ronsard a publié, surtout en 1550 et 1555, un bon nombre d'odes graves ou semi-graves, OÙ l'on sent encore l'influence de Pindare, qu'elle se soit exercée directement ou par l'intermédiaire d'Horace. Mais, en général, et si l'on met à part les odes horatiennes, elles sont moins homogènes, je veux dire que les ornements dus au lyrique thébain y sont mélangés à une foule de réminiscences étrangères, non seulement grecques, mais encore calulliennes, horatiennes, ovidiennes ; on y trouve même des emprunts assez importants faits aux œuvres épico-lyriques de la décadence latine et des poètes néo-lalins tels que Marulle et Navagero. C'est du pindarisme mitigé, souvent atténué, souvent aussi aggravé, monodique au demeurant, enfin tel qu'il se présentait à Ronsard chez les imitateurs lointains de Pindare : travail de mosaïque et de marqueterie, qui ressemble beaucoup plus aux œuvres des alexandrins grecs ou latins qu'aux odes de Pindare.
La dédicace générale des Odes, Au lioy Henry II, parue en janvier 1555, est tout à fait typique à cet égard. Elle nous ofTre d'abord une
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode grave) 347
très longue et belle comparaison qui provient presque entièrement d'une pièce de MaruUe adressée à l'empereur Maximilien :
Qualilcr in mcdio Inia raies naviia porlu^ ...
Puis une réminiscence d'Horace, combinée peut-être avec une réminiscence d'Ovide '-. Puis une imitation directe d'une dizaine de vers de Tibullc, au milieu de laquelle Ronsard a inséré une réminiscence importante d'Ovide-'. Enfin une prière de quatre vers, tirée de Callimaque, comme l'avoue le poète lui-même *. Le tout suflisamment fondu et, de plus, assez habilement versifié et mélangé à des détails nouveaux sur l'activité militaire de Henri H, sur la récente bataille de Renty, sur l'œuvre lyrique de Ronsard, sur l'entreprise de la Franciade, pour donner l'illusion d'une production entièrement originale. Une douzaine de pièces monodiques, contenant pour la plupart l'éloge des protecteurs de Ronsard et de ses amis, sont encore marquées au coin des poésies épico-lyriques de la Grèce. C'est par exemple au début de la 6* Néméenne qu'il a emprunté les cinq premières strophes de l'ode Au Cardinal du liellay, où la race des hommes est mise en parallèle avec celle des dieux s. Ce sont des métaphores d* Pindare qui lui sont revenues en mémoire dans l'ode .1 .Joachim du Betlaij, A'ous avon.^ quelque fois r/rand' faute ; car il y « emmielle » sa louange ; il y mêle le « sucre des Muses », plus précieux que n l'or du Pactole » ; il y cueille « des fleurs dans le pourpris des Grâces » ; il y « bande son arc » et frappe d'une « sagette » la maison du poète angevin ; il y fait eulm « sonner sa lyre », comme
Jadis Pindare sur la sienne
Accorda la gloire ancienne
Des Princes vainqueurs et des Rois*^.
Ailleurs, toujours à l'imitation de Pindare, mais aussi d'Homère, d'Hésiode, ou encore d'Eschyle, dont le Prométhée avait causé son
1 Epigrammala, liv. III, troisième pièce. CcUe comparaison latine a été reproduite par Nie. Hichelel dans son Comimniairf des Odes de Ronsard.
2. Depuis « .rotTencerois par trop )> jusqu'à ; (( Livre trois fois heureus )>. Cf. Hoc. Epitre a .iugiiste, début ; Ov , Tristes, II, vers 215 et suiv.
3. Depuis : « Imitateur des Dieus n, jusqu'à : « Que jà dans mon esprit n.Cf Tib ,IV,1. Paneyyr. de Messala. vers 7 à 17 :source grecque : les Aetia de Callimaque) ; Ov.. Métam., VIII, Pbilémon et Baucis source grecque ; VHécalé de Callimaque).
4. « Donne-moi (ce dit-il) . » Cf. Callimaque, Hymne à Jupiter, fin.