‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 274 sur 509 · Voir A. Croisel, op. cil., p · texte numérisé non relu

Voir A. Croisel, op. cil., p

3 Carni , IV, ii.

4 Bl , H, 430,103 et 104.

352 SOl'RCES ET ORIGINALITÉ

La divine grâce

Des beaus vers d'Horace

Me plaist bien encor '.

Loin de le délaisser, il y revenait sans cesse. Ce n'était pas seulement pour se reposer l'esprit des hauteurs souvent abruptes où son Pindare l'emportait, et pour le retremper dans l'atmosphère du vallon, où lui apparaissait « Lalagé fuyant avec son cffur », dans le voisinage des sources babillardes et des forêts ombreuses -. C'était aussi, bien qu'il ait laissé entendre le contraire dans un moment de fanfaronnade '■', parce qu'il était loin de partager l'erreur généralement répandue, ,i d'après laquelle il existe entre Pindare et Horace une distance énorme, presque infranchissable.

On compare volontiers Pindare au torrent débordé ou à l'aigle, Horace au ruisselet murmurant ou à l'abeille ; c'est Horace luimême qui, dans un moment d'excessive modestie, a contribué à créer ce préjugé ■*. Les difTérences que l'on peut constater entre eux viennent principalement de ce qu'Horace, doué du sens iiislorique dont Ronsard était dépourvu, s'est rendu compte que la poésie de Pindare, transportée de toutes pièces à Rome au temps d'Auguste, paraîtrait nécessairement froide comme une œuvre d'archéologue, puisque les conditions et le milieu qui en rendaient le développement possible n'existaient déjà plus. Pouvait-il, par exemple, conserver la triade pindarique, dont la raison d'être réside dans la musique chorale ? Non, puisque, séparée de cette musique essentielle et des évolutions d'un chœur, la triade aurait déroulé ses lecteurs. - Mais, tout en laissant a Pindare, par un chuix judicieux, les éléments de sa poésie qui avaient un caractère exclusivement national, local et temporaire, il lui prit tout ce qui pouvait passer dune époque ;'i une autre, d'un peuple à un autre, du grec au latin, sans risquer de rester lettre morte pour ses concitoyens, entre autres les mythes helléniques adoptés en Italie et adaptés à la religion romaine, les idées générales, l'expression des sentiments éternels, les tropes et les mouvements oratoires, du moins ceux qui sont de tous les temps et de tous les pays, et peuvent s'importer, puis s'acclimater partout où il y a des hommes civilisés.

De ce que, pour la versilication, il se contenta du système très simple de la télrastichie, dont .Vlcée, Sapho et Asclépiade lui offraient les mo-

Page 1