‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 275 sur 509 · Ibid., 103 el · texte numérisé non relu

Ibid., 103 el

4. Canu., I\', ii. Notons (]uc Pindare, de son côté, après s'être comparé à l'aigie. s'est comparé à l'abeille [Néiii. III, ép 4 ; \'. str. 2 ; Pyth. X, ép. 3.)

DE HONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode grave) 35H

dèles, et de cet autre fait qa il a évité presque toujours les digressions aventureuses et resserré chacun de ses développements dans des limites relativement étroites, doit-on conclure qu'Horace n'eut jamais la fougue entraînante, la liberté d'allures, les audaces d'expression, l'élévation morale de Findare ? Rien ne serait plus faux, et ce n'est pas sans raison que Du Bellay l'a nommé « le Pindare latin » ^ — Somme toute, l'ambition d'Horace poète lyrique est très comparable à celle de Ronsard : ils ont rêvé et se sont glorifiés l'un et l'autre d'enrichir leur poésie, et par suite celle de leur pays, des « belles dépouilles » de la Grèce. Ils ont donc parcouru les mêmes champs thébains ; mais Ronsard les « pilla », de son propre aveu, tandis que le poète latin s'était contenté de les « pilloter ». Ronsard, qui osa trop, ne devait pas dire d'Horace : Il osa peu, — mais : Il osa discrètement, — ce qui est à son avantage.

Ceci posé, nous ne devons plus nous étonner que notre poète ait passé si facilement et si vite d'Horace à Pindare et de Pindare à Horace. En « pillant Thebes », il lui semblait reconnaître çà et là des beautés déjà vues chez son vieil ami de Venouse ; inversement, quand il « saccageait la Fouille », il pouvait se donner l'illusion de cueillir encore les plus belles fleurs «sur les bords Dirceans » -. Et il ne se trompait pas : c'étaient bien les mêmes, à quelques différences près. La preuve, c'est que dans certaines pièces il a pu insérer l'un près de l'autre un emprunt fait à Pindare et un emprunt fait à Horace, sans qu'on aperçoive nettement du premier coup la dualité d'origine ; et qu'ailleurs il faut regarder de très près pour voir si tel passage vient de Pindare ou d'Horace ; encore n'y réussit-on pas toujours.

Voici par exemple l'ode A licné d'Urvoi. Ses douze derniers quatrains sont paraphrasés et transposés de l'ode à Censorinus, Donarem paieras...,\a.q[i.e\le développe un lieu commua du lyrisme grec, très fréquent chez Findare, à savoir que la Muse empêche la « vertu » de tomber dans l'oubli ^, et cette idée connexe que la poésie immortalise les héros de ses chants plus sûrement que la peinture ou la sculpture. Or les deux premiers quatrains, qui contiennent un développement analogue, viennent-ils directement de Findare ou d'Horace ? Tout d'abord on peut hésiter à répondre, car ces deux poètes se mettent également en scène

1. Deff'ence et Illustr., 1, ch. 1. — Horace lui-même s'était comparé à un cygue 'Carin. II, 20) et s'était ainsi rapproctié de Findare qii il appelle le cjgne de Dircé (id.,lV, 2). ttonsard à son tour se vit « ainsi qu'Horace en cygne transmué •> Bl.. Il, 457.)

2 Pour ces expressions guillenietées, v. Bl., H, 68 et 128. Cf. p. 2U : « C est, Prince, un livre d Odes... »

Page 1