V. ci-dessus, pp. 307 et
354 SOIRCES ET ORIGINALITÉ
et font valoir non pas la Muse, mais leur propre Muse. Pourtant ce n'est ni au même endroit de leur ode, ni de la même façon, et cette double considération permet de croire que le début de Konsard :
Je n'ai pas les mains apprises {sic) Au mestier muet de ceux Qui font une image assise Sur des piliers paresseux...
vient plutôt de ce début de la 5*^ Néméenne : « Je ne suis pas sculpteur et je ne fabrique pas des statues qui demeurent immobiles sur leur base... » K Au reste, l'image du second quatrain :
Ma peinture n'est pas mue.
Mais vive, et par l'univers Guindée en l'air se remue Dessus l'engin de mes vers,
et les mouvements lyriques du troisième et du quatrième :
Aujourd'huy faut que j'atfaigne...
Muses, ouvrez-moi la porte...
viennent également de Pindare -. L'imitation d'Horace ne commence qu'au cinquième quatrain ; « Si ma boutique estoit riche », et se poursuit jusqu'au dernier, qui développe encore cet hémistiche de l'ode à Censorinus : Caelo Musa beat •*.
On ne saurait trop insister sur ce fait qu'il y a beaucoup de Pindare dans Horace*, et que Ronsard, en imitant les odes graves du second, suivait déjà a son insu, ou suivit encore sciemment les traces du pre-
1. Bl., II, 433. Ronsard a souvent proclamé ailleurs la supériorité de la poésie sur ses sœurs, la sculpture, la peinture, la gravure et l'architecture v. notamment II, 58, 63, 175, 325-2(>, 334, 458 ; IV, 115-116 . L'avant-dernière strophe de l'Hymne friumphal sur le trépas de Marg. de Valois, et les strophes 4-6 de l'ode pastorale sur le riiénie sujet. Bien-heureuse et chaste Cendre, viennent directement de Properce, qui avait développé à la fin de la deuxième élégie du livre III ce lieu commun, que les chants du poète immortalisent bien plus sûrement la femme airaée que toutes les œuvres de la sculpture et de l'architecture, sujettes aux injures du temps
2 V. ci-dessus, pp. 319 et 328.