Hémistiche pris pour devise par Du Bellay
4. L'ode Pindarum quisquis montre qu'Horace connaissait à fond les œuvres de Pindare, y compris les dithyrambes, les thrènes et les péans qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous. II parle ailleurs des Pindtiriri fontes En outre, les allusions aux jeux athlétiques de la Grèce sont fréquents chez lui pulvereni Olynipicuni ; labor Jsthmius : Magna eoronari contemnat Olympia . Les mouverneuls oi-atoires ou lyriques tels que ;
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mier. Cela est vrai surtout du fond. Personne ne peut nier que ces vers célèbres du lyrique latin ne soient un écho sonore des odes pindariques : Dieu peut élever à son grêles humbles, rabaisser les grands, faire briller l'obscurité. . . [Carm., I, xxxiv). — Les rois sont les maîtres des peuples, troupeaux tremblants, mais Jupiter est le maître des rois eux-mêmes... (III, ij. La vertu, ouvrant le ciel aux âmes dignes de l'immortalité, se fraye des routes inconnues, et d'une aile rapide fuit cette fange oii rampent les foules.. (III, it). — La force sans prudence succombe sous son propre poids ; la force qui se règle et se modère s'accroît protégée par les dieux... (III, iv). — Un dieu prudent retient les choses futures dans une nuit profonde et se rit du faible mortel qui s'obstine à pénétrer au delà de ce qu'il peut atteindre... Le père des clioses ne pourra pas détruire ni changer ce que l'heure dans sa fuite aura une fois emporté... (III, xxix). — Des braves naissent les braves ; les bons taureaux, les bons chevaux, ont en eux la vigueur de leurs ascendants, et jamais l'aigle farouche n'engendre la douce colombe; mais la science développe le germe inné des vertus... (IV, iv). — Le coursier ailé, Pégase, s'indignant du poids de Bellérophon, son cavalier mortel, t'avertit par un grand exemple de demeurer dans ta condiiion et de regarder comme un crime tout espoir immodéré (IV, XI), etc. '.
D'une façon générale on peut dire qu'Horace avait hérité de Pindare, en même temps que d'Hésiode et des poètes élégiaques de la Grèce, les lieux communs sur l'aveuglement qui nous empêche de nous connaître, sur les dangers de l'ambition et de la cupidité, sur les vicissitudes de la fortune et l'inconstance de la faveur, sur les avantages de la modération dans les désirs et du contentement du sort présent, sources du vrai bonheur. h'Aurea mediocrlias, le Viviiur parvo bene, le Modus in rébus, le Parvum parva decenl , le Metiri se quemque suo modulo .. correspondent à maints passages de Pindare qui développent le ilixpov apiaxov, le Mt,o"-v âyav et le TviùOi lïjxov de la sagesse delphique -. Même
Quem uirum aut heroa ; 0 dues, dues, quaerenda pecunia. viennent de Pindare [Olymp. II, début ; hth. II, ép. li.Il lui doit aussi des comparaisons et des métaphores. Le conseil de carguer les voiles, quand elles sont trop gonflées par les souffles de la prospérité, n'était-il pas constant dans Pindare hlh. 111 et V ; Pyth. III et I\' ; Olymp. VII, etc.) '.' On pourra voir dans les i:otes qui suivent d'autres rapprochements entre Horace et Pindare. Horace a également beaucoup imité Alcée ; mais, si 1 on met à part l'ode Mercuri facunde, qui, d'après Porphyre, vient de ce poète grec, je pense que c est presque toujours l'Alcée des odes voluptueuses et bachiques, et non celui des odes religieuses, politiques et guerrières.
1. Cf. Pyth. V, début ; VIII, ép. 4 ; Olymp. II, ép. 1 et anlistr. 2 ; XI. fin : XU, anlistr. 1 ; .XIII, vers 13 ; Isth. V, fin ; .Vém. XI, fin, e^ passim.
2, Cf. O/yHip XIII. str. 3 ; Pyth. Il, Zi, III, anlistr. 3, anlistr. et ép. 5; VIII, antistr. 5 ; X. anlistr. 4 ; hth. I\, 16 ; X, anlistr. 4 ; .Vé/ii. 111, vers 75; Fragm. 119.
3o6 SOIRCES ET OKICI.NALITÉ
remarque pour les thèmes de révolution iuéluclable de toute créature et de toute création, de l'égalité des hommes dans la mort et de l'impassibilité du sage, confiant dans les dessein? de Dieu, devant ce que Du Bellay appelle « le discours fatal des choses mondaines » '. Le Debemur morii nos nostraqtie, VOmnes eodem cogimur, le Carpe diem, le (Juid sii futurum crus fuge quœrere, le NU admirari... ont leur pendant, pour ne pas dire leur source, dans Pindare -. , Mais Horace avait traité ces thèmes généraux dans un esprit dilTérent de celui de Pindare. Il l'avait fait en Romain, partisan de la politique réparatrice d'Auguste, s'ingéniant à restaurer les croyances et les mœurs de la vieille Rome ; en moraliste, préoccupé de la recherche du souverain bien (vila fieata) el nourri des œuvres éthiques d'Epieure et de Chrysippe; en éclectique dénature el d'éducation, tour à tour épicurien par la prudence et stoïcien par la constance, adoptant des deux morales adverses les principes qui pouvaient se concilier et qui cadraient avec son tempérament, Vàr.ad-J.y. et\'itxp7.llyi; car l'amour de la médiocrité, au sens primitif de ce mot, est le trait dominant du caractère d'Horace. C'est celte philosophie pratique, condamnant tout excès, enseignant l'équilibre d'une âme réglée et résignée aux coups du sort, que Ronsard transporta dans ses odes^morales.
Voici d'abord un groupe de pièces écrites au début de sa carrière.
L'ode A son Luc: « Si autrefois sous l'ombre...», moitié morale, moitié littéraire, délinit, entre autres choses, la nature privilégiée, la mission divine et les goûts modestes du poète, qui est un sage. La première strophe rappelle, pour le mouvement et quelques détails, le début de l'ode Posrimur; si quid vacui suh umbra. La dernière s'inspire de la fin de la même ode, à laquelle Ronsard a mélangé un souvenir direct des strophes 2 et 3 de l'ode (^uem virum aul heroa. Quatre strophes intérieures viennent encore d'Horace: la quatrième paraphrase les premiers vers de VodeQuem tu Melpomene ; la deuxième, la cinquième et la sixième développent un hémistiche de l'épîlre aux Pisons : sacer interpresque deorum , — et résument une partie de l'ode Quid dedicatnm
La première ode ^-1 Gaspar d' Auvergne: « Soion constants... «fait consister la sagesse dans la jouissance sereine du présent et la confiance en Dieu, le bonheur dans la modération des désirs, dans l'abstention des faveurs incertaines, dans le calme usage de la bonne et de la mau-
1. Deffence et Illustr., II, iv- Pour cette expression de « choses mondaines », v. Ronsard iBl., H, 225. 253, 310 : V, 242 ; VII, 226;. Les deux chefs de la Brigade semblent avoir clé très frappés du nav'::( zi: d'Heraclite et de la doctrine aristotélicienne du transibrmisrae [\. édil. de \a DeU'ence par Chamard, p. 122).
2. Cf. hlh VI, sir. et aniistr 3 : .\ém. VU, ép. 1 et anlistr. 2 ; Pyth. X, ép. 3,
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vaise fortune. Les quatre preipiers vers rappellent à la fois ceux de l'ode à Dellius, .ISquam merncn/Ojetceuxde l'ode à Lamia, jT/m^is amicus; la première moitié développe lastroplie 1, les vers 11 et 12 de l'ode à Quinctius, Quid bellicosus, et les strophes 3 et 4 de l'ode à Thaliarque, Vidi's ut alla ; la seconde moitié, depuis : « Je t'apprendrai... » paraphrase l'ode entière à Licinius, Médius vives ; la strophe finale est faite des strophes 7 et 8 de l'ode Quem virum aut heroa i.
La troisième ode A Gaspar d'Auvergne : « Puis que la mort... » traite de l'heure incertaine de la mort certaine. La deuxième strophe paraphrase les strophes 4 et 5 de Iode à Postumus, Flieu fugaces ; la cinquième, les deux dernières strophes de l'ode àTorquatus, Diffugere nives ; la si.xième, les strophes 4 et o de l'ode llle et nefasio. Et pour la première fois Ronsard y prend la rose comme symbole de la rapidité de la vie, surtout de la jeunesse, d'après deux passages d'Horace, la strophe 4 de l'ode à Dellius et la strophe 3 de l'ode à Quinctius -.
L'ode A Maciou de la Haye: « Ami, l'ami des Muses... » traite des soucis de l'ambition, de la vanité des honneurs incertains qui distinguent les hommes, au regard de la mort certaine qui les égale, et conclut à la nécessité de vivre au jour le jour, sans s'inquiéter du lendemain, d'après les odes à Postumus, à Grosphus, Otium divos rogal, k Dellius, à Thaliarque, à Quinctius (nous suivons l'ordre adopté par Ronsard dans sa transposition, depuis : a Quand la mort se courrouce... » jusqu'à la fin de sa pièce).
Un groupe de pièces postérieures reprend les mêmes thèmes semipindariques, semi-épicuriens et stoïciens. Il semble que Ronsard se soit alfaché dans celles-ci à suivre déplus près les traces de son modèle latin ; il resserre ses réminiscences dans des limites plus étroites ; le délayage y est moins apparent.
L'ode Co77tre les avaricieux (létrit l'amour immodéré des richesses, en opposant le néant des biens terrestres à la certitude de la mort imminente, qui apporte aux pauvres la délivrance et aux riches la peine de leur insatiable soif de l'or. Dans la première partie, Ronsard a mis à contribution et amalgamé, assez habilement d'ailleurs, six pièces d'Horace au moins : l'ode Intaclis opulentior, dont le début et
1. Ronsard s'est rappelé aussi dans cette dernièresirophe le vers Sic fratres Helenae..., la 6n de l'ode Tyrrhena regum et le vers 31 de l'ode Donarem paieras.
2. Sur la brièveté delà vie comparée à celle de la rose, voici les vers d'Horace: ... nimium breuis \ Flores amœnos ferre jnbe rosae, | Dtim res et aetas et sororum | Fila trittm patiiintur atra 'II, iir. 13). Fugil rétro \ Levis Jiioenlas et Décor .. | Non semper idem florihtis est honor ! IVrnisfll, xi, 5). Mais je crois que c'est surtoutle premier de ces deux passages qui a suggéré à Ronsard sa troisième strophe, à cause du deuxième vers • 't Et les trois sœurs filant la vie. »
338 SOIRCES ET ORIGINALITÉ
les vers 47 à 50 sont devenus les strophes 1 et 6 ; l'épître Prima dicte viihi, dont les vers 42 à 46 ont donné la strophe 2 ; l'ode Otium divos rogat, dont les vers 9 à 25 se retrouvent dans les strophes 3, 7, 9 et 10 ; Tode Inclusam Danaen, dont les vers 17 et 18 ont donné la strophe 4 ; l'ode Odi profanum vulgus, dont les vers 25 à 30, 37 à 40, se retrouvent dans les strophes 3 et 7 ; l'ode A'ullus nrgenlo, dont les vers 13 à 16 ont suggéré la strophe 8. La seconde partie, depuis : « Et toi, vieillard du sépulcre oublieus... » est faite de deux odes que Ronsard a mélangées : Non ebur neque aureurn (vers 17 à 19, 29 à la fin) et Odi profanum vulgus (vers 33 à la fin). C'est un des exemples les plus curieux de « contamination ».
La deuxième ode .4 Ch. de Pisseleu : « D'où vient cela, mon Prélat... », roule sur le lieu commun de la variété des occupations humaines, après avoir annoncé d'ailleurs un sujet différent : du goût des hommes pour le changement. Parti sur le début de la satire d'Horace Qui fît, Msecenas..., Ronsard, du deuxième quatrain à la fin, paraphrase et transpose l'ode Mxcenas, atavis..., avec une réelle originalité, surtout dans les vers où paraissent des types nouveaux (avocat, plaideur, chiromancien, alchimiste, sculpteur, astrologue). Même conclusion hautaine, mais avec un accent tout personnel : Pour moi, je ne partage pas les goûts de la foule ; Euterpe m'a « baptisé son prestre », je suis le poète sacré ^. — Totcapila, tôt sludin, Horace avait encore développé ce thème dans ses Satires et ses Epitres, ainsi que d'autres poètes. Le mérite de Ronsard est ici d'autant plus grand -.
L'ode .4 .4»/. Chasteigner conseille pour être heureux de n'avoir ni crainte ni passion en présence des bouleversements dont l'histoire des sociétés et celle de la Nature nous offrent tant d'exemples instructifs ; tout passe, tout meurt ; acceptons cette loi avec philosophie. Ronsard s'y inspire du début de l'épître iVi/ admirari, d'un passage de l'épitre aux Pisons (vers 60 à 68), d'un passage de l'ode à Mécènes, Tyrrhena regum (vers 33 à 52), d'un passage de l'ode à Torquatus, Diffugere nives (vers 7 à 12j, et, pour la conclusion, du début de l'ode Justum ac lenacem. Au reste, la strophe: « Telles lois fit dame Nature... »
l.Bl., II. 223. Les quatre dernières strophes sont la paraphrase des huit derniers vers de l'ode Maecenas alavis et du premier vers de l'ode Odi profanum vulgus.
2. Sal. II, I, 24 29; Epit.l, i, 7(5 à 81. Cf. Pind.,Xcm. I, str. et antistr. 2; VIII, str. 3 ; Olynip. I, ép. 4 ; Fragm 201. — Ronsard trouvait encore ce lieu commun de la diversité des occupations humaines dans \'irg., Géorg., Il, 502-15, et dans MaruUe, Hymnus Stellis, mais traité d une façon originale et avec une intention difïérente. C'est cette dernière pièce qu'il a paraphrasée entièrement dans son Hymne des Esloilles iBl., V, 148), en n'y ajoutant que trois strophes, celle sur Coligny et les deus dernières sur Pibrac et Le Gast.
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est la paraphrase de trois vers de Virgile ', mélangés à un vers d'Ovide-, sans qu'on aperçoive trace de suture ou le moindre contraste •'.
L'ode A Maclou de la Haye : « Puis que d'ordre à son rang... », invitant un ami à un frugal repas, lui conseille de bannir tout souci de l'avenir, toute passion, toute ambition. Ronsard s'y inspire, dans l'ensemble, de deux odes à Mécènes, Vile polabis et Martiis celebs ; peut-être aussi de la deuxième partie de l'ode à Virgile, Jam Veris comités, et du début de l'épître à Torquatus, Si pôles .4»'f/iiacis. Mais sa troisième strophe est une « contamination » de la septième de l'ode à Grosphus et de la troisième de l'ode à Licinius.
La quatrième ode A Gaspar d'Auvergne : « Gaspar, qui loin de Pégase..., » expose les souhaits raisonnables du poète, qui préfère une vie tranquille et frugale à toutes les richesses et a toutes les gloires dont s'enorgueillissent les hommes. Ronsard y transpose et développe très heureusement l'ode Quid dedicatum tout entière, qu'il avait seulement résumée dans l'ode A so)i Luc, et latin de l'ode Ofium divos. La Sardaigne fertile devient « la Beauce fructueuse » ; la Calabre ensoleillée, « l'Auvergne montueuse » ; les campagnes arrosées par le Liris calme et silencieux, « les champs que le Loir lentement abreuve, les prés de la Braye et les bois de Gastine » ; les laines deux fois teintes du murex africain, la laine « qui dément sa teinture ez chaudrons du Gobelin » ; les vignes de Cales, le clos célèbre de « Prepatour », voisin de Vendôme ; l'olive, la chicorée et la mauve qu'Horace récoltait dans la Sabine, « la figue d'Avignon, la provençale olive, l'artichot et la salade, l'asperge, la pastenade et les pompons tourangeaux ». Il s'y est inspiré aussi de l'ode Inclusam Danaen (vers 22 à 37) dans les strophes 8 et 'J. Quant à la strophe 12, elle contient une idée souvent exprimée par Horace : A quoi bon acquérir une fortune passagère, qu'un avide héritier dissipera * ?
L'ode .4 Guy Pacate, beaucoup moins originale que la précédente, comprend deux parties insufTisamment liées. La première se résume ainsi : La mort vient vite et atteint également tous les hommes, sans égard à leur condition, à leur conduite, à leur qualité ; ils ne peuvent même pas prévoir ses coups, et voilà de quoi rabattre leurs
1. Géorr/-, I, 60 : Continua has leges aeternaque fœdera certis | Iniposuit natura locis, quo empore primuin | Deiicalion uaciium lapides jactaint in orbt'm .. 2 Met., I, 383 Ossaque post tcrgum magnœ jactate parentis.
3. L'idée de révolution de toutes clîoses exprimée dans les str. 2 et 3 a été reprise dans 1 ode Aux Sœurs Seymour II, 310). V. encore VElegie à Desportes (IV, 217), dont le début traduit le Deb^emur nwrti nos nostraque.
4. Carm.. II, m. 20 ; xiv, 25 ; IV, vu, 19 ; Epist- I, v, 13 ; II, ii, 175. Ronsard a développé co thème en vingt beaux vers alexandrins, dans une épitre A Jean Du Thicr (Bl., VI, 153 el 154). Cf. Bossuet. Sermon sur l'Ambition, 2' point.
prétentions; le poète, miné par la fièvre, a failli lui payer son tribut. Les trois premières strophes correspondent aux trois premières de l'ode Eheu fugaces, Poslume ; la quatrième rappelle un passage de l'ode Te viaris et ferrae (vers 7 à 16) ; la cinquième un passage de l'ode AUquam. mémento (vers 21 et suiv.) ; la sixième paraphrase un passage de l'ode Est mihi nomim (vers 25 à 30) ; la septième un passage de l'ode Tyrrhena regum (vers 29 à 33) ; la huitième s'inspire de quelques vers de l'ode Descende caelo (25 à 28 et 36) ; la dixième et la onzième viennent directement de l'ode lUe et nefasto (vers 21 à 32), où Horace nous apprend qu'il a failli être écrase par la chute d'un arbre. — La deuxième partie : « A bon droit Promethée... » semble une autre ode, tant elle a peu de rapport avec la première '. Elle développe ce dogme de la religion grecque : l'audace de Promethée est la cause du mal physique et moral qui étreint le monde; nos misères datent du jour où fut forgée la maudite Pandore, de celui où la vierge Astrée quitta la terre pour le ciel. Horace, Virgile, Ovide, avaient pris ce dogme à Hésiode et Aratus ; Ronsard à son tour le prit aux poètes grecs et aux poètes latins, notamment ici à l'ode Sic te diva potcns Cypri (vers 23 à 40) et au premier livre des Métamorphoses (vers 128 à l.oO), confondant du reste deux légendes qui sont séparées dans Hésiode et Ovide par l'âge d'argent et l'âge d'airain-. — Cette ode offre donc un curieux exemple de « contamination » multipliée.
L'ode Pourquoi, chetif laboureur... développe encore le thème lyrique de l'égalité de tous les hommes dans la mort, qui a plus d'une fois inspiré Horace. Rappelons ici les passages latins correspondants: Pallida mors xquo puhaf pede \ Pauperum tahernas \ Regumque
1. Le seul mot de " Bevre " contenu dans la neuvième strophe a suffi à évoquer la réminiscence de la fin de l'ode Sic le divapotens, qui contient ces mots : macies et noua febriuni | Terris inciihiiit cohors
2. Pour la description des maux qui ont suivi l'âge d'or, Ronsard s'est encore inspiré d'Ovide {loc. cil ^, de Virgile 'Géorg.. 1, 125 h 146 et d'Hésiode Thêog., 521 à 594; Trav. et Jours, 47 à 105) dans les quatre dern. str. de l'ode sur I Avnnl-i'eniie du Printemps 'Bl,, II. 122' Quant à la vierge Astrée, c'est la Justice personnifiée. Ronsard les ])rend l'une pour l'autre, comme Aratus, Virgileel Ovide (Bl., 11. 156, 190,255. 2S0, et passini ; dans Hésiode la même divinité est appelée Alîiô^ "/.ai Xeueti^ (Trav. et Jours, 19b Cf. Rons., 11,359 . Ronsard l'appelle encore Erigone ill. 417 ; Vil, 257 . d'après Virg. et Ovide et très probablement d'après Hygin,qui explique comment Erigone fut placée dans les cieux par sa piété filiale et confond son mythe avec celui d'Astrée (Fabul. CXXX et Poel. Astron. 11, Arctophylax . La légende d'Astrée se trouve tout au long dans les Phénomènes d'.Aratus [vers 96 à 136 . Ronsard fit en 1553 et 54 une étude attentive de ce poème didactique, ou de la traduction qu'en a donnée le poète latin Avienus. Il commençait ainsi l'épitre A J. de la Peruse. qui est de 1553 : « Encore Dieu, dit Arale. n'a pas .. (Bl , VI, 43 ; cf. éd. d'Ern, Maas, vers 768-72), et il écrivait dans une ode du Bocage de 1.554 : « J'ai 1 esprit tout ennujé | D'avoir trop estudié | Les Phénomènes d'Arate -• H, 1631. Enfin il a paraphrasé tout au long dans son Hymne de la Justice, qui est de 1555, le passage d'.Xratus relatif à la vierge Astrée.
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode grave) 361
turres (l,iv). Divesne pri^co natus ab Inacho, | Nil inlerest an paiipcr... (II, u). Unda... \ £naviganda, sive reges \ Sivn hropes erimus coloni (II, xiv). .^qua tellus \ Pauperi recludiiur \ Regumque pueris (II, xyiu). jEqua lege nécessitas \ Sortitur insignes et imos ; \ Omne capax movet urna nomen (III, i). Cette odelette a paru en janvier 1553 ; la même année ce même lieu commun de la Mort « égalant les empereurs aux bouviers » se déroulait en trois strophes d'une ode .1 Monsieur d'Orléans (le futur Charles IX) ' ; dix ans plus tôt, Ronsard avait déjà égalé le laboureur à l'empereur, dans une ode A Maclou de la Haije"-;\\ vecommença en 1339, mais ce fut alors au roi de France qu'il s'adressa :
Pensez-vous estre Dieu ? L'honneur du monde passe : Il faut un jour mourir, quelque chose qu'on fasse, Et après vostre mort, fussiez vous empereur, Vous ne serez non plus qu'un simple laboureur.
Nous devions ici reproduire ces beaux vers, qui ont précédé de quelques semaines seulement la mort tragique de Henri II 3. On croirait lire du Pindare ou enlendre la parole de Bossuet, et pourtant c'est Horace encore qui les a inspirés
L'ode .4 CAr. rf? C/io?seM/, après avoir opposé la nature éternelle et l'homme éphémère, antithèse qui vient de Catulle, peut-être même d'Horace'*, présente un tableau des incommodités de la vieillesse d'après Mimnerme de Colophon^; et la conclusion est encore celle d'Horace : sachons profiter de la vie pendant que nous sommes dispos ; vivons bien, sans souci, sans ambition, sans émoi, contents de peu, d'un joli coin de campagne où l'on dort, où l'on s'isole, où l'on chante^. L'ode grave touche ici à l'ode légère, et nous verrons que chez Ronsard comme chez Horace l'une conduit à l'autre.
L'influence d'Horace se retrouve partout dans les odes monodiques sérieuses de Ronsard. Nous venons de le voir pour les odes morales.