Revue Vniuersitaire de janvier
2. Prop., II. XIII, vers 20 à 25 et 34 à 35. — Cf. -Sannazar, Elegiae. lib. I, 2, fin.
3. Anihol., Epigr. funér. n" 22. de Simmias de Thèbes sur la tombe de Sophocle ; n° 23, d'Antipater de Sidon sur la tombe d".-\nacréon. — Cf. Sannazar, Eleyiae I. 2, et dans VAn-adie « l'office mortuaire » célébré par les << vachiers » sur le <« sepulclire du défunt Androgeo » : 1» Libation de lait, de sang et de vin ; 2" Discours de lun d entre eux ; 3" Chant lyrique d'Ergasto. ,Trad. de J. Martin, publiée en 1544, f» 28 à f» 32.)
4. Virg., Bue. V, vers 40 et 41. 65 à 80 — Je crois que pour toute la scène pastorale jusqu'à la libation de lait inclusivement, Ronsard a imité en outre le n^ 657 des Epigr. funér. de l'Antliol , que Chénier a traduit dans la pièce : « Bergers, vous dont ici la chèvre vagabonde... ■■
5. Hor., Carm.. II. xiii, 23 et suiv. — La description des Champs Ehsées, où règne un printemps éternel, me semble venir surtout d'Homère, Odyss. IV, 563 et suiv., et de Virgile, En., VI, 638 74. — La dernière strophe délaye cette fin d'une autre ode d Horace ,1. x.\xii; : Grata testudo .. o laborum | Dulce leniinen.
6. Le passage qui me semble avoir été imité de Cl. Marot commence aux vers : « Plus les beaux vers d'Horace i Xe me seront plnisans... » et se termine au vers : (( Des princes de Bourbon ». — Ces deux strophes rappellent la fin de l'Epitre à M'' d'Anguyen ^Fr. d'Enghien, vainqueur à Cerizoles) ;
S'ainsi advient — arrière ceste lire
Dont je chantois l'amour par cy devant!
Plus ne m'orrez \'enus mettre en avant.
le voyageur expérimenté et impassible, d'après le début de VOdyssée et les dix premiers vers de l'ode stoïcienne Justum et lenacem.
L'ode A Claude de Ligneri, où il est question aussi d'un voyaj<e en Italie et de la Franciade, commence et se termine par deux imitations d'Horace. Le début, très solennel, contient une imprécation contre ceux qui trahissent les devoirs de l'amitié, véritables sacrilèges qui ne peuvent guère échapper à la vengeance de Jupiter Philien ; Ronsard y transpose et traduit les deux dernières strophes de l'ode Angusiam amici. La fin, où Ronsard promet à son ami de fêter son retour par le sacrilice d'un « petit toreau », traduit les sept derniers vers de l'ode Pindarum guisquix, où Horace fait le même « vœu » aux divinités qui ramèneront à Rome Auguste triomphant.
Enfin l'odelette A Remij Belleau : « Donc, Belleau, tu portes envie... », où Ronsard raille son ami de ce qu'il accompagne le duc de Guise dans l'expédition de Naples et abandonne ainsi la plume pour l'épée, est entièrement imitée de l'ode Icci, bcalis mine Arabiim invides, adressée au philosophe Iccius, qui ne savait pas se résigner à la médiocrité de sa fortune. L'Italie remplace l'Arabie, tapies la Sabée, les « harnois, piques et harquebuses » la cuirasse d'Ibérie, les « beaux vers receus de la bouche des Muses » les ouvrages de Panetius et toute l'école Socratique. C'est une ingénieuse transposition.
C'est Horace encore qui a servi de modèle à Ronsard pour une série d'odes graves sur des sujets d'ordre politique et social, ou relatifs aux événements du jour, à ceux qui intéressaient particulièrement le roi et son entourage: guerres étrangères et civiles, naissance et mort de princes, lois somptuaires et autres.
Horace, dans l'ode Delicla majorum, avait fait honte aux Romains de leur impiété et de leur corruption, en les menaçant de la colère divine, déjà manifestée plusieurs fois, et en opposant à leurs mœurs dégénérées celles de leurs ancêtres, vainqueurs de Pyrrhus et d',\nnibal. Ronsard,
Ne de flageol ch.Tnter chant bucolique : Ains soneray la trompeté bellique D un grand ^'i^gile, ou d Homère ancien, Pour célébrer les baultz faictz d'Anghien, Lequel sera (contre fortune amerc) Nostre Achiles, et Marot son Homère.
Cette Epilre de Marot a d'ailleurs été refaite par Ronsard dans une ode piudarique (v. ci-dessus, p. 58), et le début a suggéré à I^onsard celui de l'Oiie de la Paix.
DE KONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode (jravc) 371
prenant le même ton de grand pontife dans l'ode Contre lu jeunesse frnnçoise corrompue, reproche leur faiblesse physique et leurs défaillances morales à ses compatriotes, déjà vaincus par l'Espagnol sous François l""", et leur vante la bravoure des soldats de Charles-Quint, maîtres de l'Italie. La génération d'Horace désertait ou profanait les autels des dieux ; celle de Ronsard méprise les temples « par sectes dissolues » : qu'elle craigne les « dieux vengeurs » ! L'idée de la dégénérescence de la race, qui termine l'ode latine, associée à une comparaison qui vient du panégyrique de Drusus, a donné à Ronsard la cinquième strophe ^, et le fout est si habilement transposé que son ode, bien qu'elle date de ses débuts, paraît entièrement originale tout d'abord, même à un lecteur instruit.
Le dauphin Henri ayant eu un fils après dix années d'attente, ce fut dans la famille royale une grande joie, dont on trouve un éclio dans les œuvres de Marguerite de Navarre, de Marot, de Salel, de Ilabert et de Saint-Gelais -. Ronsard ne fut pas moins ardent à célébrer cet heureux événement, comme en témoigne son ode Sur la naissance de François de Valois... à la Muse Calliope. Mais il exprima seul son enthousiasme à la façon d'Horace, d'après l'ode à Bacchus Quo me, Baccli-'., rapis, prélude d'un dithyrambe en l'honneur d'Auguste. Un souvenir en appelant un autre, il compléta sa pièce généthliaque avec quelques réminiscences de l'ode à Calliope Descende ccelo, où Horace a chanté Auguste également sur le mode dithyrambique ; car il est aisé de reconnaître: « An me ludit amabilis insania ? » dans ce vers : « 0 Muse, ma douce folie », et: « Videor pios errare per lucos. . » dans ceux-ci :
Il me semble dcsjà que j'erre
Seul par les antres, et qu'au fond
D'une solitaire vallée...,
enfin la strophe : « Vos Ca^sarem altum... » dans les quatre derniers vers 3.
Le troisième fils de François I''"', h3 protecteur de Ronsard, Charles
1. « Le pigeon vient du pigeon... » Cf. Hor., Carm. W , iv, 25 et suîv. \^ ei-dessus, p. 355. t^onsard a repris ce lieu commun dans le panégyrique de Fr de Montmorency (Bl. III, 358i et dans l'hymne Tel iju'an petit aigle sort ild., \', 146;.
2. Marg. de Nav , éd. FrancU, t. III, p. 205, et Lettres, éd. Géuin, t. II, p. 22G-29 ; Marot, éd. Jannet, I, 64 ; Salei. De lu Satiuilé de Mgr le Duc, fih premier de Mgr le Dauphin ^cf. Jacques Madeleine, Quelques poètes français à Fontainebleau, 19U0) ; Habert, Egl. pastor. sur la naissance de Mgr le duc de firetaigne : Ly'on, de Tournes, 1545) ; Saint-Gclais. éd. Blanchemaiii, I, p. 290.
3. Bl , II, 212. Hor. Carm , III, xxv, 1 à 14 ; Ibid , iv. 5 à 8 et 37 à 41. Je crois d'ailleurs que Ronsard a voulu désigner Jules César dans la 6n de sa pièce, tandis qu'Horace désigne César-Auguste.
372 SOURCES ET OKIGINALITÉ
d'Orléans, étant mort prématurément, notre poète écrivit une ode de consolation A la Roine de Navarre, où il a réuni, d'une touche assez légère, tous les arguments, platoniciens, chrétiens, simplement humains, capables d'atténuer la profonde douleur de la « royale tante » : Pleurons celui qui était l'espoir de la patrie et des Muses; mais le prince est au nombre des bienheureux ; il connaît les « immortelles choses» ; il intercédera puissamment pour nous ; le ciel l'a repris dans sa fleur pure ; heureux ceux qui meurent jeunes ; les pleurs sont du reste inutiles ; enfin le deuil est si grand que le temps n'y pourra rien. — Si jamais il y eut une pièce où Ronsard mit de son cœur, c'est bien celle-là. Pourtant il y a pris pour guide Horace encore; il y a fondu presque tout entière l'ode à Virgile sur la mort de Q. Varus Quis deiiderio sit, qui sans doute imitait elle-même les thrènes des poètes grecs K
La grande ambition de Ronsard, nous l'avons vu, ce fut de devenir et de rester le poète officiel de la cour de France, comme l'avaient été Virgile et Horace à la cour d'Auguste. Quand Jeanne d'Albret épousa Antoine de Bourbon, notre poète écrivit un Epithalame dans le genre gréco-latin. Comme il n'en trouvait le modèle ni dans Pindare ni dans Horace, ce fut à Catulle et à Théocrite qu'il eut recours*. Mais lorsque la révolte de la Saintonge et de la Guyenne eut été réprimée par Fr. de Guise et Montmorency, peu de temps après ce mariage, il composa la Prophétie du Dieu de la Charanle, qui rappelle une façon de prosopopée chère aux poètes latins ^ et s'inspire particulièrement de l'ode Pastor cum Iraherel, où Horace a fait vaticiner le dieu marin Nérée sur la ruine de Troie. Nérée avait enchaîné les vents pour prédire sou cruel destin au déloyal Paris ; la Charente « arreste son flot coi « pour annoncer sa perte au « peuple sans loi ». Déjà Pallas, disait Nérée, prépare son casque, son égide, son char et sa fureur ; « ja déjà ta desserte te suit... Oi de Mars la tempeste d'escailles revestu », dit à son tour le fleuve. Le soldat grec devient le v soldat de France ». L'espoir que Paris mit en Vénus et ses vaines séductions se changent en
1. Seul Mercure, conduisant de sa baguette le noir troupeau des ombres, a disparu de l'ode tVauçaise pour faire place à » la Parque suzeraine )> Tout le reste a été paraphrasé et mêlé à des réminiscences de détail provenant de sources diverses : ■ O Chimère inconstante Cl. Marot. Deplor. de la mort de FI. Robertet ; G. Crétin. Plainte sur le trespas de G. de Dissipât i ; « la coulonne ronde >' ^Pindare, Olymp. II, str. 5 ; Horace, 1. XXXV, 14) ; 3« et 4« str. iV'irgile Bue. V, 20 et 57 ; Géorg.. I, 24 à 42 ; u de Plulon l'avare héritage » (Slace. Si/li>.. II, 1, 183 et suiv ) ; ci Et près du Bien qui point ne faut " \Saint-Luc. 12, 37 : Thesaurum non deËcientem). Ce dernier vers se retrouve aux tomes I, p. 236, et VII, p. 235.