‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 286 sur 509 · IV. V, 17 à · texte numérisé non relu

IV. V, 17 à

N'est-ce pas toy qui nous rapportes La paix, et qui de toutes pars As verouillé de tes mains fortes Le temple béant par cent portes Où forcenoit Thorrible Mars?

Par toy jusqu'aux Indes se rue La navire franche de peur.

Par toy d'un paisible labeur Le bœuf fume sous la charrue.

Par toj' l'Abondance, ayant pleine Sa riche corne jusqu'aux bords, A doré la Françoise plaine.

Par toy la plus légère peine Suit les péchés de pied non tors '.

Par toy. par l'horreur de ta destre, France revoit ses estandars, Jadis trahis par nos soudars, Toy n'estant pas encorleur maistre.

Te mulla proce, te prosequitur mero Defuso pateris ; et Laribus tuum Miscet niimerty uti Graecia Castoris Et inagni ntetnor Herculis

ilV, V, 33 à 36.) Nosque. et profestïs liicibus et sacrisy Inter jocosi niunera Liberi,

Cutu proie matronisque noslris.

Hite deos prius apprecati,

Virtute functoSy more patrum, duces^ Lydis remixlo carminé tibiîs,

Trojamque et Anchisen et almae Progeniem Veneris canemus.

[\\\ XV, fin.)

Et nous, ayans de toi mémoire.

Comme les Grecs de leur Castor Ou d'Hercule, ferons ta gloire Par nos vers plus claire et notoire Que la leur ne s'apparoist or.

Au jour de feste, au jour ouvrable, Suans à l'œuvre ou reposez, Nous serons toujours disposez A chanter ton nom vénérable.

Avec la lyre dépendue Nous t'avou'rons pour immortel Dessus sa corde bien tendue, Et d'une liqueur répandue Sacrifi'rons à ton autel Eternisant d'un vœu prospère, Nous, nos femmes et nos enfans.

Quatre nouveaux dieux triomphans, Toi, ton fils, ton frère et ton père.

Ronsard n'a jamais imité plus habilement, car à première vue rien dans ces vers ne décèle le moindre emprunt, surtout quand on y joint les strophes centrales, d'un intérêt très particulier, où chaque ordonnance du roi est louée avec une précision et une couleur d'actualité qui retiennent le lecteur en France. Vingt ans plus tard, en pleine guerre civile, ayant à cœur de chanter le tout jeune Henri d'Anjou,

l'Eloge de l'Italie de Virgile [Géorg. II); mais les 16 premiers vers sont un mélange du début de la première Pythique et de la 4^ strophe de l'ode horatienne Mercuri. nam te docilis. — Les trois odes de 1550 Au Roy sont imitées surtout de Pindare : mais dans VOde de la paix on trouve, mélangés au Pindare, des souvenirs d'Ovide (Métam. I, 1; Ars amat, II, dans la str. 2) et de Virgile {En. I, III et VI, dans Tantistr. 3, la str. et l'antistr. 4i.

1. Var. de 1584: < Par toy l'Abondance ayant pleine | Sa Corne enceinte jusqu'aux bords I Enrichist la Françoise plaine: | Par toy le pécheur craint la peine [ Et le foible ne craint les forts ».

riE RONSARD POÈTE LYRiouE {Ode grave) 373

troisième fils de Henri II, vainqueur des protestants à .larnac, Ronsard se souviendra encore des odes otricielles d'Horace, et transposera dans le « chant triomplial » Tel qu'un petit aiijle sort, le début et certains passages de l'ode Qualern mimslrum fulminis alitcm, où le poète latin a porté aux nues le jeune Drusus, fils adoptif d'Auguste, vainqueur des Ilhètes et des Vindéliciens. Son hymne sera supérieur, pour le rythme plus musical, aux odes que je viens d'énumérer; mais au point de vue de l'imitation il ne vaudra pas mieux ni moins '.

Nous ne pouvons relever ici tous les emprunts de Ronsard aux odes graves d'Horace. D'autres ayant été mélangés à des emprunts plus importants d'origines diverses, nous aurons plus loin l'occasion de les signaler. Un autre groupe d'odes purement horatiennes pourrait être formé de celles qui concernent le pays natal de Ronsard. Mais la plupart sont plutôt des odes légères que nous retrouverons dans un chapitre spécial, bien que certaines d'entre elles puissent prétendre à la qualité d'odes sérieuses par la mélancolie qu'elles recèlent et qu'elles inspirent -.

Notons seulement, pour terminer cette revue partielle, que Ronsard doit à Horace un certain nombre de ces débuts entraînants que nous signalions plus haut à propos des odes pindariques, non seulement des invocations telles que : « Descen du ciel, Calliope », ou : « Facond neveu d'Atlas, Mercure ».., mais encore des apostrophes aux dieux, aux hommes, aux choses, telles que : « Vien à moy, mon Luth ; En quel bois le plus séparé ; D'où vient cela, Pisseleu ; Guy, nos meilleurs ans

1. Bl., V, 144. Les deux premières str. et la moitié de la troisième sont imitées des 21 premiers vers de l'ode d'Horace. Une strophe centrale (la 11«) rappelle le vers 46 : luporum praeda rapacium. Une autre la 13"=) paraphrase les vers 25 à 29. La dernière rappelle la fin des odes 4 et 5 du livre IV' d'Horace.

2. Pour faciliter h's recherches des sources horatiennes, je crois devoir dès maintenant signaler ces autres odes, graves ou légères, qui contiennent des imitations d'Horace (une ou plusieurs strophes) ; j'indique l'origine en regard :

Ronsard (éd. Bl.)

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