‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 291 sur 509 · Voir encore, 151. II, 281, 472 ; VI · texte numérisé non relu

Voir encore, 151. II, 281, 472 ; VI

parler du fameux refrain composé des appellations mystiques de Bacclius :

lacli, iach, Evoé Evoé, iacli, iach '.

11 savait même la fusion étroite qui s'était opérée entre ce culte et celui de Cybèle, comme le prouve le passage des Dilbi/rainhes où il a, de propos délibéré, associé dans le même délire orgiastique les troupes bruyantes des Curetés et les bandes échevelées des Ménades. Ses sources? C'étaient évidemment les Bacchantes d'Euripide, le livre \ de Strabon et le Bacchiis de Lucien - ; Dorât lui avait même signalé deux passages de Denys le Périégète^. Mais c'étaient encore une scène bachique di'crite par Catulle, trois odes d'Horace, dont deux sont de vrais dithyrambes, une élégie de Properce et quelques pages des Métamorphoses d'Ovide ^. C'était enlln et surtout VHi/rnne à Bacchiis composé par MaruUe d'après les poésies latines que je viens de rappeler ^.

Ronsard était également initié aux mystères d'Apollon : témoin l'odelette votive oii, d'après Callimaque et VAnlliologie, il oITre les prémices de sa chevelure au dieu inspirateur, musicien, protecteur des jeunes gens :

Dieu crespelu, eiui autrefois

1. Bl., V, 233-38 ; VI, 3GI)-G7, 371 ; 378-81, 383-8G. La conquête des Indes par Bacchus est égalenient rapjielée dans trois strophes de l'ode A Monsieur d'Orléans II, 196).

2. Bacchantes, suvloulle prologue, le 1*"^ et le S*^ chœur. — Strabon, chap. niduliv.X, où, à propos de la fusion des cultes de C}hèle et de Bacchus, on trouve cités non seulement les Bacchantes et un fragment du Palaniéde d'Kuripide, mais encore un l'ragnient d'un dithyrambe de Pindare Strabon avait été imprimé plusieurs fois depuis 1470 avec la traduction lalinej. — Pour la fusion des deux cultes, voir encore Catulle, Atys, vers 23-26 ; Hor., Carm., I, 18, vers 9 et suiv. ; Ov., Metam., XI, 1, vers 15-18. — Enfin Lucien, dans son Bacchns, a raconté la conquête des Indes.

3. Description du monde, vers 840-45 I les femmes Lydiennes ; 1153 et suiv. .culte de Bacchus dans rinde\ Le premier de ces passages a été sûrement paraphrasé au moins dans VHynine de Bacchns, à partir de : a Et quel plaisir de voir les vierges Lydiennes... » jusqu'à : " Evan, Iach, Evoé •> (V, 234). Le poème de Denys le l'ériégète avait paru à Ferrare 1512 et à Bàle ;1522/, suivi d'une trad. latine ; puisa Bàle (15"25 et 1534) avec les Phénomènes d'Aratus et la Sphère de Proclus, en grec et en latin. Mais Dorât a très probablement consulté la réimpression de Paris (Bob. Eslienne, 1547), qui contenait jiour la première fois les commentaires grecs d'Eustathe \'. ci-après, p. 406).

4. Cat., \oces de Thétis, 252-68. — Hor., Carm., I, 18 ; II, 19 ; III, 25 ; Prop., III, 17 ; Ov , .l/é(. III, 4, fin naissance de Bacchus et 7 les matelots Tyrrhéuiens : la mort de Penthée) ; IV, 1 (début de l'histoire des filles de Minyas) et 4 impiété d'Acrisius) ; XI. 1 mort d'Orphée) ; Ars amal , I (épisode de Bacchus et d'Ariane) ; FasI., III, 713- 90 lies Liberalia). — Pour la légende du roi des Edons, Lycurgue, puni de son

mpiété par Bacchus, il a pu consulter Hom., Iliade, VI, 133; Soph., And'gonc, 5« chœur ; Hygin, Fabnlae. cxxxii.

5. Pour cette imitation directe, v. ci-aprés l'Appendice, Pièce justificative I. Presque tous les poètes néo-latins ont écrit au moins une pièce Ad Bacchuni, parfois sur le ton dithyrambique. Voir encore Flaminio, Carm., I.

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode. gvnvc) 383

Banni tlu ciel, parmi les bois D'Admete gardas les toreaux. . '

et les deux prières adressées au dieu guérisseur, l'une qui commence par une vraie litanie à la manière des Hymnes orphiques :

O Perc, o Phebus Cynthien O saint Apollon Pythien Seigneur deOéle la divine .. -

l'autre qui contient, à l'imitation des Pylhiques et d'un ffi/mnc de Callimaque, un résumé des traditions relatives aux exploits de Phebus et à ses attributions :

Phebus, soit que tu sois

Pasteur parmi les bois

Ou sur les boi'ds d'Amphryse .. '

Ses initiateurs n'avaient pas été seulement des poètes grecs. Virgile, Horace, Tibulle, Ovide et le grammairien latin Macrobe lui avaient aussi révélé la puissance, les légendes et les divers attributs d'Apollon*.

Il savait de même les rapports qui unissaient les mystères d'Apollon et ceux de Bacchus dans les principales fêtes de Delphes comme dans les orgies nocturnes du Parnasse ^ : l'un et l'autre étaient des dieux purificateurs et des dieux prophètes, dont les Thyades en furie célébraient indistinctement la triomphante beauté; l'un et l'autre, ornés d'une chevelure resplendissante, comptaient dans leur cortège les Grâces et les Muses ; l'un et l'autre inspiraient aux poètes la même allégresse, la même éloquence. Ainsi les avaient représentés les tra-

1. Bl., II, 413 ; Callim., Hymne à Apollon, 47-49 ; Hymne à Delos, 29(5-99 ; Anihol. palut., VI, 278 (tiad. de l'éd. .lacobs, t. I, p. 92, n" 155 ; p. 99, n» 198). La fin rappelle le début de la Théog. d'Hésiode. — Apollon est également imploré par les jeunes gens dans Hor., Carm.. 1,21 ; IV. 6, et Carmen seculare.

2. Ihid., 122. Pour le début, cf. V Hymne à Apollon dans les hymnes orphiques et les hymnes homériques. — Le reste de cette ode est composé d'emprunts très divers ; Pind., Pylh l.\, ép. 2 ; Apollonius, Aryon. III, 844-58 ; Callim., Hymne à Apoll.. 32- 4(i : Tibulle, IV, 4 ; Virg., En., VII, 7G4-73 ; Ov., Métam., VII, 2 ; XIII, fin. Les deux strophes pénultièmes s'inspirent d'une pièce de Cl. Marot intitulée Sur la maladie de s'amye (éd. Jannet, II, 117;. Cf. le sonnet de Ronsard : Sois médecin, Fhœbas, I, 376.

3 Ibid., 327. Ode écrite seulement eu 1574, vingt-cinq ans après la précédente. Cf. Pylh. V, str, et antistr. 3 ; Callim., Hymne à Apollon, vers 22, 36, 40. 47. 87, 97-101.

4. y. les deux notes pénultièmes et ci-après, p. 384, n. 3. Pour Ovide, voir encore Métam., I, 8. — Macrobe, Saturnales, l, 17 et 18, explique les différents noms d'Apollon et la fusion des cultes de Bacchus et d'Apollon.

5. Le Parnasse n'avait, aux yeux des poètes, que deux sommets, dont l'un était consacré à .\pollon et lautre à Bacchus. C'est ce que Ronsard appelle « la jumelle crope » (Bl., II, 203). Voir entre autres Lucain, Pbars., V, 72-74.

giques grecs *, et, bien après eux, Plutarque et Pausanias -. De leur côté, Virgile et Horace avaient décrit les transports analogues qui saisissaient la Siiiylle, prêtresse d'Apollon, et le poète possédé par le dieu du vin 3. D'autres poètes latins d'époques postérieures, tels que Claudien et Maralle, avaient feint de ressentir les mêmes transports. Le premier s'était écrié au début de Y Enlèvement de Proserpine :

Gressus removete. profani!

Jani furor hiimaiws noslro de pcclore sensus Expulit, et totiim spirant praecordia Phoebum

Le deuxième au début de Y Hymne au Soleil :

Qnis novus hic animis furor incidit? Unde repente Mens frémit, horrentique sonant praecordia mata ? Quis tantns quatit ossa tremor ? procul este profani...

Ronsard crut de son devoir de les imiter fidèlement ; et ce fut l'une de ses erreurs, car s'il avait raison de penser qu'il n'y a pas de vraie poésie, et singulièrement de poésie lyrique, sans ce débordement d'émotion qui semble le fait d'une influence surnaturelle et qui est proprement l'enthousiasme, il eut tort d'exprimer cet enthousiasme par des formules concrètes et de chercher à donner ainsi l'illusion d'une intervention réelle et directe de la Divinité : là encore l'imitation indiscrète des anciens fut l'écueil où il échoua. Qu'on lise pour s'en convaincre non seulement la première stroptie de l'ode pindarique A ta Hoine, que nous avons citée plus haut *, mais encore le début des Dithyrambes :

Tout ravi d'esprit je forcené :

L'ne nouvelle erreur me mené D'un saut de course dans les bois... '

et même des pièces à visée moins prétentieuse, écrites au commen-

1. Escli,, Eunién , prologue ; Soph. Antig.. 1115 et suiv. (le chœur invoque Dionysos: , Œdipe roi, fin du \'^^ chœur ; Eurip.. Pbéiiic , 226 et suiv. le chœur exalte les mystères du Parnasse i ; Ion. début Ion exalte Apollon) : Bacclt . 287 et suiv. Tirésias exalte le culte de Dionysos i et 2^ chœur ; Iphiy en Taur., 1231 et suiv. ;le chœur exalte Apollon ; Rhésus le chœur invoque .Apollon;, etc.

2 Plut., De El apud Delph., IX. — Paus., X, 32. 1-7. L"éd. princeps de la Descrip tion de la Grèce de Pausanias date de 1516 ^Venise), l^ne trad lat. parut à Bâle en 1550.

3 Virg.,£n.,VI. 42 à 50; 77 à 80; 98 à 102 ; 255 à 259 — Hor., Garni . II. Ul ; III, 25, Pour i'induence d'Apollon sur les pvthonisses et les devineresses, cf l.ucain, Pbars , I, fin ; \'. 160 et suiv.

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