Idylle d'Europe ; Met , II, 84(i et suiv
3. Ib'id. ; Fastes, IV, 429 444 ; Met. V, 391-95 ; Rapt. Proserpinae, II, depuis : Pratoriiin spoliatur honos... jusqu'à : .Esluat aiite alias. Ronsard faisait grand cas de ce poème de Claudien (v. BI., III, p. 22i. — Léda <t studieuse des fleurs », c'est aussi l'Europe d'Horace in pratis studiosa Itoruiu [Carm, III, 27, vers 29.)
4. liaif, dans son Hainssenient d'Europe, s'est inspiré surtout de Moschus, qu il paraphrase le plus souvent. Il l'a suivi notamment vers par vers dans la description du panier d Europe. Honsard au contraire a décrit le panier de Léda tout différemment, s'inspirant d'Ovide Met., II, 63-70, et W, 104} dans la première 'partie de cette description, et, dans la deuxième partie, d'une scène pastorale, dont je n'ai pu retrouver roriginal un trait seulement rappelle d'assez loin la description du vase de la première Idylle de ThéocritC;.
5. Op.cit — \'oir encore, sur la prédiction relative aux enfants de Léda, Hor.. Ep. ad Pisones. 147 ; Carm., 1. 12, 25 ; Sal., II, 1, 26.
6. V. ode A Denisot : « Bien que le repli de Sarte... », et ode A son Luc : c Si autrefois... » BI., Il, 339-40 ; 395 96). Cf. Charaard, thèse fr., 86-87.
390 SOl'RCES ET ORIGINALITÉ •
dans une autre ode de looOles l'eintures conlenues dedans un lahleau, où se trouvaient représentées d'après Virgile et Homère des scènes mytliologiques, en particulier Jupiter s'unissant à .lunon pour créer « le beau printemps » '. En outre, il a divisé sa Defloralian de Léde en trois « poses» ou parties, comme un triptyque-. Enfin ce sujet, éminemment plastique, avait tenté de nombreux peintres italiens dans la première moitié du xvi« siècle, et les copies de leurs œuvres devaient pulluler en l''rance. Cependant on ne reconnaît dans 1 ode de Ronsard ni la Léda de Léonard, ni celle de Michel-Ange, ni celle du Corrège, et il est certain que ses vrais modèles en la circonstance ont été l'alexandrin Moschus et ses imitateurs latins, Ovide surtout.
L'ode sur le Ravissement de Cephale, divisée elle aussi en trois « poses », donne lieu aux mêmes remarques. Ovide a seulement ellleuré cette fable, à propos de l'amour légitime et jaloux de Cephale et de Procris. Ronsard a fait le contraire: il a rappelé en passant cet amour légitime, et développé à propos de lui la passion adultère de l'Aurore pour Céphale. Dans Ovide l'Aurore enlève Céphale du vivant même de Procris, et, dédaignée de lui, le renvoie à sa femme en le menaçant. Ronsard conte l'aventure tout autrement : il suppose que l'enlèvement de Céphale est postérieur à la mort de Procris, et, suivant le plus ancien mythe, que l'Aurore la gardé près d'elle -'. — Mais ces dilTérences n'empêchent pas l'ode de Ronsard d'être tout à fait dans le goût alexandrin et d'inspiration ovidienne. Voici en effet les éléments de ses trois parties :
1° Les Néréides brodent à Neptune un manteau de soie et d'or, pour les noces de sa fille Tliétis ; elles y représentent une tempête sur mer, apaisée par Neptune, d'après un passage célèbre de Y Enéide, que Virgile
1. Bl ,11, 410-12. Cf. un passage delode également très pittoresque de l'.4t'an(-i;fniie du Printemps (pp. 120-21).
2. La pièce comprenait primitivement quatre " poses t). La « tierce pose " commençait à ce vers : " Alton troupeau bienlieureus », — et cette division était meilleure L'origine des « poses » est dans le psautier de Cl. Marot, et c'est là que Ronsard en a pris l'idée : les neuf plus longs Pseaumcs de Marot sont ainsi divisés en trois " pauses >- dans les éditions du xvi*^ siècle. — \'auquelin rapproche ce procédé de composition de la triade pindarique :
Si dune fiction d un long discours tu causes Tu pourras diviser cette longueur en pauses, Ou par les plis tournez des Odes du sonneur Qui Grec sur les neuf Grecs Ij-riques eut I honneur. A. P., I, 663.)
3 Bl., II, pp. 260-67. — Ov., Met., VII, vers 697 à 713. Cf. Amores, I, 13, élégie à l'Aurore. — Hésiode dit simplement : " De Céphale l'Aurore conçut un 61s ilhislre. l'intrépide Phaéton " .Théog., 986:, et Euripide : « Ceux qui connaissent les écrits des anciens savent que la brillante Aurore enleva au séjour des Dieuï Céphale qu'elle aimait. » iHippoL, 451.)
DE RO^SABD POÈTf; LYRIQUE (Of/e ijnivv.) 391
avait imité d'Homère ^. Mais l'idée même de décrire des scènes historiées sur un vêtement, Ronsard la doit a Ovide ou à Catulle, qui l'avaient prise aux alexandrins grecs -'.
2° Tout en achevant la Ijroderie, Nais, l'une des Néréides, raconte à ses compagnes la passion de l'Aurore pour Géphale ; or, celle idée de faire exposer un mythe par une jeune fille au travail, Ronsard la doit encore à Ovide ■*. Nais commence par une strophe chantée; c'est un véritable couplet d' « aubade » savante, qui a sa source dans la 13'= élégie des Amours, où Ovide, à l'inverse de Ronsard, supplie l'Aurore de retarder sa venue et se plaint de son inévitable retour *. Le récit lui-même est emprunté à Ovide, non seulement le rapt, mais les préliminaires du rapt. Les plaintes de Céphale sur le corps de sa femme, dont il recueille le dernier soupir après l'avoir involontairement tuée, sont inspirées des Métamorphoses et de VArl d'aimer 5. La peinture de l'amour morbide dont souffre l'Aurore et qui triomphe de sa pudeur agonisante, vient également d'Ovide ; mais Ronsard la transpose des fables de Médée, de Byblis et de Myrrha, dont Ovide avait dépeint l'agitation hésitante d'après l'héroïne d'Apollonius 0; il s'inspire aussi de Virgile, autre imitateur d'Apollonius, notamment dans les deux strophes oii l'Aurore, pour « dompter son mal » et « tromper sa douleur », a recours non seulement aux herbes
1. Hom., Odyss., V et XII ; Virg., En., I, 81 à 156. Ovide a décrit après eux le naufrage de Ceyx ; mais chez lui ni Neptune, ni aucune divinité tutélaire n'intervient; puis le cadre et les détails sont tout diflérents de ceux de ses prédécesseurs.
2. Apollonius, Argonaul., I, description du manteau de Jason, brodé par Pallas; Catulle, Soces de TItetis, tentures du lit nuptial ; Ovide, Met., W. tapisseries de Pallas etd'Arachné. Claudien à son tour représenta Proserpine brodant pour sa mère un tissu [Bapt. Proserp., T, et décrivit la Irabée offerte par la déesse Rome à Stilicon {Elo<j. de Slilicon, II, vers 340 et suiv.;. V encore le manteau de Jupiter décrit par Sidoine Apollinaire dans VEpitltalanie d'Araneola, vers 126 et suiv.
3- Mctam., IV, vers 32 à 415, récits des trois filles de Mînyas, qui filent la laine au milieu de leurs servantes ; lune d'entre elles raconte précisément l'amour du Soleil pour Leucolhoé, avec des traits dont s'est souvenu Ronsard.
4. Cette élégie est, à nos jeux, l'origine littéraire de toutes les « aubes » ou " aubades » provençales. — On peut également voir dans les récits des filles de Minyas l'origine littéraire des « chansons de toile » du Moyeiï Age ; de sorte que, par Ovide, Ronsard a plus d'un point commun avec les troubadours et les trouvères ; nous verrons plus loin qu'il se rattache encore aux troubadours par Pétrarque.
û. .Uéfom, VII. lin ; Art d'aimer, III, vers 738 et suivants. — Ovide a fait parler Procris expirante ; Ronsard au contraire a fait parler Céphale. Mais il a pris tel quel le détail, tristement voluptueux, du survivant qui reçoit sur ses lèvres le dernier souille de l'être qu'il aime. Ovide avait dit : Excipitur miseri spiritus ore viri, et Iiifebcein animain nostroqiie exhalât in ore. Ronsard traduit : « Et les reliques de l'ame | De ses lèvres amassoit. » Il a tiré ailleurs un excellent parti de celle réminiscence et d'un passage analogue des Métam. XII, vers424i ou dclEnéide l\',vers 684): voir le Discours amoureux de Ge-.ieure RI , IV, p. 234;, la .l/or( d'.4donis (Ibid., p 249:, le Tombeau de Charles IX iVII.p. 174), lEpilaphede Cl. de l'Aubespine [Ibid., p. 230
6. Apoll., .4rgonan/., III, 771 à 801 ; Ov., Métam., VII, début ; IX. 474 à 630; X, 3'20 à 355.
magiques et aux incantations, mais encore, comme Didon, à la science des augures, avec qui, vainement, elle « regarde béante le fond des gésiers ouverts » '.
'i° Le récit achevé, Neptune revêt son manteau et se pare avec soin pour les noces de sa fille, ainsi qu'il l'eût fait dans Ovide -. Avec lui, nous sommes brusquement transportés dans l'assemblée des dieux, et la pièce se termine par une prédiction de Thémis qui n'a pas de rapport avec le sujet central, à moins que ce ne soit par l'allusion à l'une des futures victimes d'Achille, à Memnon, le « noir enfant de l'Aurore ». Ronsard a pris l'idée de cette prédiction, avec quelques détails et la strophe finale, à la 7" Isthmique de Pindare. Mais, comme Thémis, déesse de bon conseil, au lieu de prophétiser en face des dieux et sans réticence (ainsi que dans Pindare), prend à part la vierge Tiiétis le jour où elle va devenir femme, et, pour l'encourager, lui prédit uniquement la gloire du fils qu'elle concevra, cette fin rappelle beaucoup plus la manière d'Ovide et les paroles paternelles qu'il a mises dans la bouche du devin Prolée, s'adressanl directement à la Néréide : Dra undnp
Concipc : nialcr eris jinn'nis nui forlibns acils Aciii palris l'inccl mujoi(iuc rocabilur illo '•
Ronsard a encore donné à celte pièce épico-lyriqiie une couleur ovidienne en la semant de jeux d'esprit. Céphale fait « un large marécage de la pluie de ses pleurs », qui vaut le lacnjviarum rivus de Byblis ; la « constante inconstance » de l'Aurore ne rend que trop bien la fiévreuse incertitude, le mens dubia de la même Byblis. 11 y a mieux que cette hyperbole et cette alliance de mots : les concetti se présentent d'eux-mêmes, et s'imposent, pour ainsi dire au poète, quand il s'agit de l'Aurore amoureuse :
Elle qui a de coutume D'allumer le jour, voulant L'allumer, elle s'allume D'un brandon plus violant...
L'Aurore, au dueil de sa plainte.
1. Tout le passage depuis : <■ Si tosl par la nuict venue... «.jusqu'à :" Amour qui causa la peine » (Bl , II, 2(i5.66\ est une imitation de \'irgile tEnéide, IV, vers 63 à 84, avec deux ou trois traits qui viennent d'Apollonius ou d'Ovide .
2. Voir par ex. Mercure voulant séduire Hersé {Métam.., II, 732 et suiv.).
3. l'ind , hlh. VII, 31 à 60 ; Kéw. IV, 65 à 68. - Ov., Métam. . XI, vers 221 cl suivants Quelques traits viennent de Catulle 'Noces de Thélis, prédiction des Parques'. Ronsard l'ait d'ailleurs de Thélis une tille de Ncplune, alors que, d'après les poètes gréco-latins et les mythographes, elle était fille de Nérée.
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE (Ode ijrave) 393
Malade perd sa couleur Et toute se sent cstrainte Des lacs de mesme douleur...
En vain elle dissimule Ne sentir le mal qui croist, Car la flamme qui la brule Claire au visage apparoist :
Au pourpre que honte allume Par rayons dedans son teint.
On voit qu'outre sa coutume Son cœur est d'amour atteint.
Ces traits rappellent tout à fait le passage des jV7e<amor/)/;oses oii le Soleil s'enflamme pour Leucothoé d'autant de feux qu'il en répand sur la terre, n'a d'yeux que pour elle alors que ses regards devraient tout embrasser, pâlit enfin et s'obscurcit, non par éclipse, mais par passion'; ou encore cette fin de la 13'^ élégie des Amour*-, où l'w ingénieux » Ovide reproche à l'Aurore de se lever trop tôt :
Jiirgia finierani : scircs aiidisse : rubchat, Nec famen assiieto tardior orta dies.
Je croirais même volontiers qu'en faisant succomber sous les coups d'Achille « le noir enfant de l'Aurore », Ronsard ne s'est pas seulement souvenu des vers de Pindare relatifs à Memnon, mais encore de ce distique d'Ovide, tiré de la susdite élégie :
Ini'ida, quo properas '.' Qiiod erat libi pliiis aler, Materni fuerat pectoris ille color '.
Pindare et Ovide mêlés, un sujet pindarique traité à la manière ovidienne, sous une forme rythmique empruntée aux Pseaumes de Marot, cela ne pouvait être banal ; c'était de l'art alexandrin, s'il en fût, éclectique, impersonnel, artificiel, au demeurant original.
On distingue aisément, sans qu'il y ait besoin d'insister, ce que l'ode héroïque, ou semi héroïque, de Ronsard doit de relativement bon à Ovide et à ses modèles alexandrins : un certain réalisme familier dans la peinture des personnages mythologiques et dans le récit de leurs aventures galantes, qui leur enlève, d'ailleurs, cette majesté par laquelle