V, ci-dessus, p
3. Ode A GuyPacale(B\.. 11,254).— Hor., Carm., IV, 11, vers 25 elsuiv.
HE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode ijrave) 401
si le passage d'IIorace qui a servi de modèle ne nommait Alcée '. Il est remarquable que telle allusion d'Horace à l'histoire grecque, encore assez claire pour nous dans le texte latin, devient une énigme sous la plume de Ronsard. Veut-il dire, par exemple, que la poésie lyrique est immortelle ? 11 nomme Pindare, Simonide, Slésichore, Anacréon, Alcée, comme l'a fait Horace, mais il ajoute
Et vivent encore les sons
Que 1 amante bailloit en garde
A la tortue liabillarde,
Compagne de ses chansons (BI., II, 114),
pour désigner Sapho et pour traduire ce passage plus compréhensible
de son modèle :
. . . spirat adhuc amor Yivuntquc contmissi calores ^oliae fulibus puellae [Carni , IV, ix).
Veut-il dire qu'un coupable comme Damoclès ne goûte plus la joie des
festins, il écrit :
Celui qui sur la teste sienne Voit l'épée Sicilienne, Des douces tables l'appareil N'irrite sa faim...(Bl., Il, 116;,
obscurcissant, par le simple déplacemeut d'une épithàte, ce passage d'Horace, qui nécessitait déjà un commentaire :
Dislrictus ensis oui super impia Cervicc pendcl, non Siculae dapes
Didccm claborabunl sciporem 'C'irni , III, i).
Dans une autre ode Ronsard vient à comparer le sort bienheureux de Marguerite de Navarre, retournée au ciel, elle misérable sort des vivants, retenus par les « Serenes de la vie ». Jamais, dit-il, ne nous vient l'envie
(Comme au Grec) de voir un jour
La flamme en l'air proumenée
Sauter sur la cheminée
De notre antique séjour.
lûterprétons : Ulysse, chez Calypso, n'avait qu'un seul désir, celui
1. Bl., II, p. 255. — Hor., Carm., II, 13, vers 26-32. — Roasard s'esl encore souvenu de ce passage d'Horace à la fin de Iode pindarique A D'Aiiral, et à la fia de l'ode Sur l'élection de son sepulchre (H, 109 et 252), mais il y nomme Alcée.
de revoir Ithaque, sa pairie ; nous, au contraire, ne désirons jamais revoir la nôtre, qui est le ciel. — L'image homérique de la fumée s'élevant du sol natal est devenue une métaphore chrétienne, et cette transposition, qui semble d'abord éclairer la parenthèse, crée pour le lecteur une obscurité de plus K
Dans l'ode de réconciliation adressée à Saint-Gelais, il est certain que Ronsard a voulu éblouir son rival par le nombre de ses réminiscences livresques, autant que par ses inversions et ses métaphores, et bien marquer ainsi la différence qui séparait la poésie nouvelle de la poésie antérieure. Dès le début il recourt à Horace, à Virgile, à Ovide, à Homère, faisant intervenir « la mer Egée », « le haut Apennin », «les Pyramides sourcilleuses », « Pyrrheépandant nos aïeux sur la terre »,« les Astres jumeaux » et « les veines d'Ide gazouillante en ruisseaux », pour exprimer ces deux idées courantes : Tout passe, et : Après la pluie le beau temps -. Puis c'est encore de l'Homère, avec une série d'épisodes montrant les funestes effets de la colère : la querelle du « Peleide » et de « l'héritier d'Atrée », le refus des « prisonnières Lesbiennes » et des « cités Mycéniennes », Hector « armant l'orage troyen », la Tsty&iJiï/ia, l'incendie des vaisseaux grecs, le combat du Xantlie et d'Achille 3. C'est maintenant de l'Horace et de l'Ovide : Prométhée a trempé notre cœur « dans l'eau Stygienne et dans la rage Lybienne d'un lion » ; la « vierge Astrée » a quitté la terre à la fin de l'âge d'or*. Puis du Virgile : le « coutre de Pharsalie ». qui heurte « les os et les vuides morions de l'Italie ^ ». De l'Horace encore, de l'Ovide, du Virgile et du Catulle : les « Curetés forcenés» et les « cliastrés de Dindymene », qui hurlent « au son du buis^' ». Ce n'est pas tout : pour racheter les « iambes » que « ce monstre d'Ire » lui inspira et sceller sa « neuve amitié », Ronsard prononce le grand
1. BI., Il, 325. — Odyss-, I, 58. — Ronsard a repris dans VHymiie de ta Morl nvec la même image tiomérique. et développé en beaux alexandrins, l'idée du retour dans la céleste patrie :
Il ne faut pas humer de Circe les vaisseaux, De peur que transformez en Tigres ou Pourceaux Nous ne puissions revoir d'Itaque la fumée, Du Ciel noslre demeure à l'ame accoubtumée... 2 Ihid.. 278— Cf. Hor.. Garni ,11,9, les deux prem. str. : Ov...V<?;. 1,400-402 ; Hom., //.. "oX'JTT'.oa; IcT^, passim. La quatrième str est directement empruntée à ces vers de X'irgile : Continuo has leges aeternaqite foedera certis \ Imposiiit natiira locis, quo tewpure primuni \ beucalion vacuiim lapides jactavit in orbem^ [ L'nde hotiiines nali. durum geniis... [ijéorg.. 1, ()0-()3 .sauf le dernier vers qui vient d'Ovide. Hemarquons que là encore Ronsard est moins clair que son modèle.