V. ci-dessus, pp. 317 et
2. Bl., II, 132, 136, 210, 243, 245, 268, 300. 301, .305, 308, 323, 359, 373. — Cf. cidessus, pp. 332, 393 et 397. — D'autres noms, cachés sous des périphrases, peuvent être devinés par le contexte : Bacchus. » le grand prince thebaia, vainqueur des Indes » (p. 196) ; Lucrèce, » la Romaine, de chasteté toute pleine « (p. 208) ; Ulysse, " le fin soudart de Grèce » (p. 248 ; Ganyniède, (( le Troyen qui verse du vin aux Dieux » {p. 300) ; Artéraise, « la veuve Carienne » (p. 326) ; Janus, « le bon père au double chef » (p. 334).
tères particuliers, l'un historique, lautre géographique, ce qui est, dit naïvement le commentateur Richelet, une façon « élégante et ancienne de représenter quelque lieu ' ».
Ailleurs, Ronsard énumère au second fils de Henri II les peuples d'Asie qu'il assujettira: aucun d'eux n'est directement nommé; ils le sont par une montagne, un lleuve, une mer, une ville, un trait de mœurs, et peuvent se reconnaître parla, surtout si l'on possède bien Virgile, Horace, Strabon et Pline -. Mais il n'est guère possible de distinguer, sans avoir en main la Pharsale de Lucain et surtout la Description du Monde de Denys le Périégète, avec le commentaire qu'en a fait Eustathe, les divers peuples de l'Afrique septentrionale qui deviendront la proie du troisième fils de Henri II. Les plus obscurs ne sont pas ceux qui « gardent le verger des Hesperides despouillées », ou qui habitent « la plaine Maurusienne »,
Et le lac qui nomma Pallas, De son onde, Tritonienne:
Et ce peuple Thebain venu Es Amycleanes Cyrenes, Et cens où le Bélier cornu Prophétise sur les arènes.
Il s'agit là de la Mauritanie, de l'ouest de la Tripolitaine, de la Cyrénaïque et de l'Egypte occidentale, oii l'on consultait l'oracle de Jupiter Ammon (le sablonneux). Mais qui pourrait reconnaître les Massyliens dans ces peuples « qui ne coupent pas le fruit des vignes meures » et n'entendent jamais « le bruit des bœufs à la charrue », etlesNasamons dans ceux « qui habitent les rives souillées du sang estranger ^ » î
1. BI.. II, 246-47, ode Aa pais de Vandomois. On a reconnu au passage le Mare quod supra quodque alluit infra, elle Satiimia telltis de Virgile [Géorg.AU 158 et 173,. le Fluvioruni rex Eridanus et Vaiiratus cornua Kridanus dnn-ién\QiGéorg., I, 4S2. et IV, 371). Ronsard parle aussi du « grand Mince » qui traduit Vingens Mincius de Virgile (Géorg., III. 14). Le » tombeau de la Serene » Parthenope est un souvenir de Strabon, liv. I, ou de Pline l'Ane // .V., III, ti2; la '/ course dWrethuse » un souvenir de Virg. (£n., III, 695) ou d'Ovide (.Ué( V, 577et suiv.) ouencore de Moschus [Idyl. VII . Il parle aussi de l'Etna, « le trophée des victoires des Dieux », d après Virg., £ii., III, 578, ou Ovide, Met.. V, 346-55. et XIV, 1, ou Hor., Carm., III, iv. fin.
2. Ibid., 195, ode A Monsieur d'Orléans. Voir notamment Virg., Géorg., II, 117 et suiv. ; Hor , Carm. II, ix, vers 20.
3. Ibid., 201 et 202, ode .4 Monsieur d'Angoulcsme. Le lac Triton était au fond de la petite S\'rte, au sud de la Tunisie actuelle. Sur l'origine du nom de Tritonia ouTritonis donné à Pallas, v. Apollonius, .4rjonau(., IV, vers 1308 et suiv. ; Lucain, Phars., IX, vers 348 et suivants. — Amyclean est un des synonymes de Lacédéraonien : la Cyrénaique fut d'abord une colonie lacédémouienne. — Sur le Jupiter Libyen, à tête de bélier, v. Lucain, IX, vers 512 et suivants.
Pour tout ce passage on pourrait croire à première vue que Ronsard s'est inspiré uniquement de Lucain, qui, au livre IX de son poème, a décrit les paj's traversés par ! armée de Caton, entre autres les rivages de la grande Syrte, où ne peuvent croître ni le
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode (frave) 407
Ce sont autant de rébus auxquels peut s'appliquer le jugement que Ronsard lui-même, vers la fin de sa vie, portait sur certaines inventions espagnoles : « Il faudroit un Apollon pour les interpréter : encor il y seroit bien empesché avec tous ses oracles et trépieds' ».
Que dire enfin de « l'aboyante Scylle » et des « deux Symplegades », de la « roche Thespienne », de l'w antre Pholois », des « ondes Aganippides », des « ruisseaux Pimpleans », des « monts Cirrheans », de r« onde Hippocrenienne », des « champs Eleans », des « bords Piseans », de la « terre Hyperborée », des « festes Carneades », de r« arbre Delien », du « mur Amphionien », de la « lance Pelienne », de r« antre Nyssien » ou « Lenean », du « père Bromien », de «l'ame Thracienne » et du « trépied Thymbrean de Phebus Cynthien, Pythien, Cyrenean, Patarean » - ? Avouons que c'était là « parler grec et latin en français », et que Boileau avait quelques bonnes raisons de reprocher à Ronsard « le faste pédantesque de ses grands mots ».
Je suis, en effet, convaincu que Boileau, en s'exprimant ainsi dans son A.rt poétique, a visé, non point le vocabulaire proprement dit de Ronsard, qui est très français, non point les termes communs, très rares, importés par Ronsard du grec et du latin en français, mais la manière dont il a parlé des légendes mythologiques, surtout des légendes les plus obscures, les allusions plus ou moins enveloppées qu'il a faites aux mille croyances de la religion gréco-latine, les noms propres enfin et les qualificatifs géographiques inséparables de ces croyances, qu'il a multipliés dans son œuvre. Boileau a songé sans doute, en même temps, aux épithètes composées, du moins à celles qui rappelaient les fables du paganisme et furent créées par Ronsard à l'imitation des poètes épiques grecs et latins, surtout des poètes dithyrambiques et des premiers poètes tragiques de la Grèce 3. H se peut même que son esprit ait été hanté par un souvenir d'Aristophane, raillant « les grands mots » d'Eschyle, « empanachés, hauts et impo-
fromeiit iii la vigne, et qu'habitent les Nasamous, peuple sauvage enrichi des dépouilles des naufragés Mais, à y regarder de près il est certain que Honsard a consulté l'ouvrage de Denys le Périégète, du vers 18G au vers 209, soit dans le texte grec, soit plutôt dans les paraphrases en vers latins qu'en ont faites Avienus et Priscien.
1. Bl., III, 31. -- En janvier 1555, M. d'Orléans le futur Charles IX) avait 4 ans et demi, M. d'AngouIesme {le futur Henri III i avait 3 ans et 3 mois. On ne peut s'empêcher de sourire en songeant à l'érudition dont ces enfants auraient dû faire preuve pour comprendre les odes qui leur étaient alors adressées.
2. Ces exemples sont tous pris aux œuvres lyriques Bl., II, 122,131,136,177, 179,180, 199-200. 273, 304-305. 329, 333, 337, 359, 373, 474). Mais la première partie des/lmoiirs, les Hymnes, les Poèmes et la Franciade eu contiennent également un grand nombre.
3. Pour ces épithètes composées, v. ci-dessus, pp. 325 à 326, et ci-après, dans l'Appendice, pièce justificative I. On en trouvera d'autres exemples dans Mellerio, Lexique de Ronsard, XL et XLiii.
408 SOURCES ET OHIGINALITÊ
sants comme des tours » ',ou, par uneréminiscenced'Horace, condamnant de son côlé « les phrases ampoulées et les mots démesurés » des dramaturges primitifs ou archaïsanis -. Mais sa critique, analogue à la leur jusqu'à un certain point, en diffère très sensiblement, parce qu'elle porte sur le fond autant que sur la forme : parce qu'elle ajoute cette circonstance aggravante que Ronsard, poète français, écrivant pour des Français, a procédé trop souvent comme s'il s'adressait à des Grecs et à des Romains, exprimant des idées purement antiques dans le style des poètes anciens, en particulier des poètes alexandrins, quelque peu ténébreux déjà pour leur temps, à plus forte raison pour le nôtre ^. — La meilleure preuve que le jugement de Boileau doit être ainsi interprété, c'est qu'il a repris cette expression de « grands mots », dans le même sens défavorable, à propos du début pompeusement obscur de r//éf«6c de Sénèque, dont les défauts sont précisément ceux que nous reprochons à Ronsard*.
Ce style hautain, mystérieux, d'origine et de caractère mythologiques, ces dénominations étranges, dont la compréhension nécessite la connaissance approfondie des poètes grecs et latins, n'avaient pas même l'avantage de produire un effet d'harmonie plastique ou musicale, comme dans certains pommes d'André Chénier ou de Lecontede Lislp, ou simplement dans ce vers de Racine, tant admiré des Parnassiens :
La fîlle de Minos et de Pasiphaé°.
Ronsard eut surtout le tort dp les employer sans choix ni mesure, et cela à propos de personnages et d'événements contemporains ;
1 Gr'^nnit'Vpi srène entre Kschvle, Euripide et Bacchus. — Le rapprochement d'Eschyle et de Ronsard comme crt^ateurs de mots dithyrambiques a été fait dès le XVI' siècle par Michel de L'Hosnital dans l'Elégie latine écrite pour Ronsard à ses dé- Irncteurs de la Cour BI., I\', 364 : Liberîiisprisci fabricarunt verba poetae...).