‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 308 sur 509 · Art poét.. III. vers ]3.ï et suiv Cf II. vers · texte numérisé non relu

Art poét.. III. vers ]3.ï et suiv Cf II. vers

ô. Les svllabes finales surtout manquent souvent d'harmonie par ce seul fait qu'elles sont francisées, non seulement celles des adjectifs propres en éan très nombreux), mais encore celles des noms propres, tels que Dele. Clare, l'Enrôle. Paphe^ (fyge, Briare, Cotte, Rhete, Myme, Boëte, Ide, Pyrrhe, Cyrrhe, Semele. Du Bellay a pourtant recom-

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE (Ode grave) 409

d'où il résulte un contraste choquant entre deux civilisations très différentes ou, si l'on préfère, un mélange hétérogène, dont les éléments ne sont pas fondus. — Bref, tout cet appareil antique et païen qui, dans la pensée de Ronsard, devait produire un grand effet sur le fond gris terne des poètes précédents, était singulièrement inopportun. Il pouvait passer à la rigueur dans les poésies latines des Marulle, des Flaminio, des Second et des Navagero, avec lesquels notre poète a certainement voulu rivaliser aussi bien qu'avec Apollonius, Callimaque, Lycophron, Ovide, Slace et Claudien. Mais en vers français il ne pouvait que dépayser, puis rebuter les lecteurs les plus bienveillants : nunc non erat his locus.

De la mythologie à l'allégorie il n'y a qu'un pas. Par allégorie j'entends, d'une façon générale, la personnification des idées abstraites. De très bonne heure on divinisa les énergies de la nature psychique parallèlement à celles de la nature physique ; on anima d'une vie propre et anthropomorphique non seulement les sensations et les besoins instinctifs de 1 humanité, tels que la Faim, le Sommeil, le Désir erotique, mais les principaux sentiments et autres attributs de l'âme humaine. Même, certaines divinités de l'Olympe le plus ancien, telles que Pallas ou l'Intelligence, Mars ou le Courage guerrier, Thémis, Mnémosyme, les Muses, les Grâces, n'étaient, à les bien prendre, que des abstractions personnifiées. I/art y trouva son compte autant que la religion et la philosophie; l'allégorie devint vite pour l'orateur et le poète un moyen de pénétrer dans les esprits, de frapper les imaginations, un trope, métaphore prolongée ou prosopopée.

Les allégories sont déjà nomhrf uses dans Homère, Hésiode, Pindare, Eschyle. Mais leur nombre augmente à mesure que la religion se spiritualise, que la psychologie progresse, et que décline la croyance aux traditions du paganisme primitif. Les dialogues de Platon, les comédies attiques, les oeuvres des poètes alexandrins, en offrent de fré-

mandé d' « user en cela de jugement et discrétion » et renvoyé le poète " au jugement de son oreille » Deff. et Ilhistr., Il, ch. vi). Ronsard de son côté a présenté quelques réserves sur la nécessité de franciser les terminaisons grecques et latines ' Abbregc de VA P Ri., VII, 330 et 335 ; mais elles sont moins précises que celles de son émule, et. de fait, il n'a pas su garder la mesure dans une innovation qui semble avoir beaucoup préoccupé l'école de 1550 |v. encore Peletier, Arilbm.. livre III proème^

On peut se demander si Lcconte de Liste, en conservant les terminaisons grecques, n'a pas eu plus que Ronsard un juste sentiment de l'harmonie verbale. Du reste, sur cette question, l'usage en France a bien varié, peut-être aussi l'oreille des Français.

•ilO SOl'RCES ET ORIGINALITÉ

quents exemples. Les Lalins enfin, dont la religion était déjà peuplée d'abstractions divinisées, adoptent avec empressement ces fictions commodes, et, à leur tour, les associent aux vieilles divinités du panthéon grec. Dans Horace, les Jeux, aussi bien que Cupido, accompagnent Vénus ; le Devoir, la Justice, la Vérité, ont des dévots ; la Jeunesse est inséparable des Nymphes et des Grâces ; la Fortune a pour cortège la Nécessité, l'Espérance, la Bonne Foi ; la Vieillesse met en fuite les Amours et le Sommeil ; la Crainte, les Soucis, le Chagrin, s'attachent aux pas du riche insatiable'. Mais ces figures (dont quelques-unes avaient pourtant leur temple à Rome) sont tellement fuyantes et si peu caractérisées, qu'on ne les distingue guère des simples figures de rhétorique. — Virgile, au contraire, a tracé de la Renommée un portrait célèbre et l'on connaît les sombres personnages qui habitent le seuil de son Enfer : le Deuil, les Remords, les Maladies, la Vieillesse, la Crainte, la Faim, la Pauvreté, la SoufTrance. le Sommeil, o frère de la Mort » comme dans Homère, les Joies coupables de l'esprit 2. — De son côté Ovide a décrit le palais ouvert de la Renommée, qui abrite en même temps la Crédulité, l'Erreur, la Fausse Joie, la Panique, la Sédition, etc. ; il a donné pour cortège à Tisiphone le Deuil, l'Effroi, la Terreur et la Démence. On admire surtout ses portraits en pied de l'Envie, de la Faim, du Sommeil, « le plus paisible des dieux 3. » Il a enchaîné au char de triomphe de l'Amour la Bonne Conscience et la Pudeur, et lui a donné pour escorte les Caresses, l'Illusion et la Fureur*. Ingénieux analyste du cœur humain, comme son modèle Apollonius, il a montré aux prises dans sa Médée des sentiments contraires et les a personnifiés :

Dixit et ante oculos Rectum, Pietasque, Pudorque Constiterant : et vicia dabat jam tcrga Cupido '.

La mythologie n'étant plus désormais qu'une convention poétique et l'allégorie un ornement du discours, elles ne furent jamais aussi rapprochées l'une de l'autre. Il en fut ainsi durant toute la décadence latine, et les exemples d'allégories seraient nombreux à citer, depuis l'image de la Patrie apostrophant J. César au passage du Rubicon 6, jusqu'aux

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