‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 316 sur 509 · Cf X'Ahhregé de l'A. P. et les préfaces de la Franciade · texte numérisé non relu

Cf X'Ahhregé de l'A. P. et les préfaces de la Franciade

3. Pour ce mot, pris dans le sens de science actjuise, cf. Du Belln}*, Deffence^il, ch in.

4. Préf. de la Franciade (Bl . III. 16). Cf. Dcffence cl Illiisir , 11. iv, passage sur Yode.

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lecteurs ; que la poésie n'est pas incompatible avec la clarté, et même que la clarté est l'orDement nécessaire et principal de « l'éloquence poétique * ». Non ; l'emploi, morne indiscret, de la mythologie, des circonlocutions et des épithètes mythologiques rentrait au premier rang, comme celui de la périphrase en général, dans son plan de relèvement, dans son système d' « illustration » de la poésie française ; il n'y vit qu'un profit immédiat, sans se douter qu'un pareil fatras serait lettre morte pour la postérité et que ce poids mort, aggravé encore par des imitateurs maladroits-, entraînerait le reste de son œuvre dans une chute irrémédiable.

D'autre part les odes graves sont généralement faites de pièces et de morceaux de provenances trop diverses et trop différentes ; et celles qui sont particulièrement pindariques ou horatiennes pèchent elles-mêmes quelquefois par insuffisance d'homogénéité . résultant d'une « contamination » de trop nomlireux passages pris de-ci de-là à Pindare ou à Horace. Cela ne veut pas dire que Ronsard n'ait pas su faire de choix, qu'il n'ait pas heureusement transposé et adapté les matériaux choisis ; nous avons donné assez d'exemples du contraire en ce qui concerne les imitations de Pindare, d'Horace et d'Ovide. Mais il a été débordé par ses notes et ses réminiscences d'écolier, soit qu'il n'ait pu résister à leur poussée ou à leur attrait, soit qu'il les ait délibérément recherchées et sollicitées dans ses tiroirs et dans ses livres. Alors que ses connaissanceslivresques devaient resterau second plan, au service de sa pensée et de son émotion, c'est le contraire qui se produisit : sa personnalité s'est trouvée effacée et dominée, la mémoire a fait tort à l'imagination, l'érudition à la sensibilité 3.

Je ne parle pas ici des odes qui sont intentionnellement impersonnelles, des odes purement morales comme l'ode horatienne Contre les avaricieux, ou purement descriptives comme l'ode ovi-

1. C'esl ce qu'ont pensé Peletier (.-Ir; poët. p. 411. Laiiduii Daigalicrs Arl port., IV, chap. V et vil, P. Deimier Acad. de l'Art, poél., chap. x , théoriciens éclectiques, qui, tout en considérant Ronsai-d comme le plus grand poète français, ne laissent pas d admirer, les deux premiers Cl. Marot. le troisième Malherbe.

2. Par ex. Du Bartas et Edouard Du Monin. Voir Binet, Vie de Honsard, texte de 1586 ; Laodun, Arl poët., IV, eh v ; Vauquelin, Art port.. Il, vers 910 et suiv ; Deimier, Acad. de lA. P., pp. 118-li), 2.i9. 271 et 390.

3. 11 lui est du reste arrivé de rèaj*ir a\ec violence contre la violence que lui faisaient ses réminiscences, et de montrer ainsi qu'il n'avait pas la superstition de ses modèles. Dans l'ode A Denys Latubtn, il se déclare contre Platon partisan de la théorie de la ■• table rase » Bl., II, 208 : dans le Vœu an Somme, il blàn'e \'irgile (var. Homère d'avoir appelé le Somme a frère de la Mort » [ihid., 2571 ; ailleurs il traite de « menteurs » Hésiode ihid.. 359 , Cicéron 1. 438 , Pindare [V , 3G0 . Ces passages ont des airs de revanche, surtout ceux que j'ai cités plus haut sur Pindare et Pétrarque

pp. 152 et 170.

DE RONSARD POÈTE LYKIOI'E [Odo rjmve) 423

dienoe du Ravissement de Céphale, car le travail de mosaïque et la disparition du moi n'y offrent pas d'inconvénient, ou même y offrent un avantage quand elles n'ont pas d'autre prétention que celle du pastiche. Mais je parle de celles, très nombreuses, qui ont pour point de départ un événement du jour, un détail vécu, une impression ressentie par le poète. Il faut trop souvent que nous nous contentions d'entrevoir cet événement, ce détail, cette impression à travers les textes grecs et latins qui les masquent et les enveloppent ; et le résultat est e-xactement le contraire de celui que Ronsard espérait: les strophes ainsi dissimulées, où il parle de lui, de ses amis, de ses protecteurs, tout bonnement, dans un style simple et sincère, avec les seules ressources de ses propres idées et expressions, sont pour nous un délassement et un plaisir ; elles nous paraissent bien meilleures que celles du voisinage immédiat, où le poète a déployé un luxe fatigant de « rare et antique érudition » ; elles prennent une valeur toute particulière et nous semblent même d'un prix infini'.

Konsard est bon dans l'Ode grave partout où il n'use ni des légendes ni des périphrases mythologiques ou en use modérément. Il est très bon lorsque ces mêmes passages sont tirés de son cru ou du moins très éloignés de leur source, ou, s'ils sont développés d'après un modèle, correspondent néanmoins h des impressions personnelles. Par exemple, l'ode entière A Nicolas Denisot : « Rien que le repli de Sarte... » se lit facilement et avec plaisir ; elle est poétique, mais sans aucun secours étranger, par le seul prestige des idées, des sentiments, des expressions propres au poète ; elle ne contient aucune allusion à la mythologie-. Voici d'autre part la pièce qui servait d'épilogue à la troisième édition des Quatre premivs livres des Odes. Elle est imitée d'une épigramme de Marulle dont je reproduis en regard le texte entier d'autant plus volontiers que cette source a échappé jusqu'ici aux commentateurs.

Chasle troupe Pieriennc, Costa Pieriae cobors puellae, Qui de l'onde Hippocrenienne

Quae Pindi juga, quae tenetis Haemi Tenez les rives, et le mont

Et quae duhibus Aonuni viretis D Heme, et les verdojans bocages

Pennesso premitis coniain madentem. De Pinde, et les antres sauvages

Du saint Parnasse au double front :

1. V. par ex. cette str. centrale de l'ode A Guy Pacate : « Mais une fièvre grosse | Creuse desjà ma fosse... »; la première str. de l'ode A Gaspar d\iuvcrgne : o Puisque la mort ne doit tarder » ; cette str. de l'ode A Denise : « ïu es la fra3eur du village... « et la suivante ; les str. antépénultième et finale de l'Hymne trinntphat ; les quatre dernières de l'ode A Madame : » A'ierge dont la vertu redore » ; cinq ou six str. de la dernière partie de l'ode A Saint-Gelais ; les premières et les dernières strophes de l'ode A Monsieur d'Orléans : h Prince, tu portes le nom... » ; trois ou quatre strophes centrales de l'ode A Roh.de Haye, etc.

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