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SOURCES ET OniGINALlTÉ
Taque, 6 quae Cn!don Incolis Paphumqtte,
Piscoso Dea procreata ponto.
Quant circunisiliunt Joi-usqiie Aniorque.
Et passis Charités comis décentes^ Cum per Idalinm, Cstberaque alta, Aut Colchos. Aniathuntave, Eriosvet Exerces faciles levis choreas.
Vos, ô vos. totiês Deae vocatae Quarum muneris est honor canendi,
Fronde cinqite myrlea capillum.
Et chelin date, Leshiiimque pleclrum '■ Ac nie dente nigro rapacis Orci Ereptnm média locate Cirrha, Unde Seribus audiarqne Hiberis ^
Vous, de l'enii poissonneuse fille.
Qui dans le creux d'une coquille Vin.stes à Cypre, et qui Onidon Gouvernez et Paphe et Cythere, Venus la 6ere-douce. mere De ce bon enfant Cupidon :
Vous. Grnces, d'une escharpe ceintes, Qui dessus les moiitaignes saintes De Colche. ou dans le fond du val Soit d'Amathonte. ou soit d'Erie, Toute nuit sur l'herbe fleurie En un rond démenez le bal :
Et vous Drjades, et vous Fées, Qui de joncs simplement coifées Nagez par le cristal deseani, Et vous qui les prenez à force.
Faunes, qui vivez sous l'escorce (Comme l'on dit) des arbrisseaux ',
Ornez ce livre de lierre Ou de myrte, et loin de la terre Ignorante enlevez ma voix ' :
Et faites que tousjours ma lyre D'âge en âge s'entende bruire Du Morejusques à l'Anglois.
On peut penser, sans trop de rigueur, que les trois premières strophes laissent à désirer, parce que, tout en modifiant de façon sensible le contenu et l'ordre des vers de son modèle, Ronsard lui a emprunté un vain étalage de mythologie; que les deux dernières sont meilleures parce qu'il y a usé discrètement de ce genre d'ornement ; et que la meilleure est l'avant-dernière, justement la seule qui ne soit pas paraphrasée, la seule qui provienne de l'imagination cultivée de Ronsard, du travail sourd et lointain des réminiscences assimilées.
Enfin voici une ode de ton moyen, une satire lyrique da genre horatien, ton et genre qui ont le mieux réussi à Ronsard auteur d'odes graves. Il l'adressa en 1556 à son prolecteur le cardinal Odet de Coligny. Elle est, elle aussi, imitée directement de Marulle et d'une seule pièce de Marulle. Elle est donc, comme la précédente, parfaitement homogène. Mais elle a sur la précédente cet avantage de ne pas contenir la moindre légende, la moindre périphrase, le moindre vocable mythologique, ni aucun trope ambitieux, et cet autre avan-
1. Var. de 1584 : « Fendant des Fleuves les entorses, I Et qui naissez sous les
escorces ! Et sous le tronc des arbrisseaux. »
2 /d. : " Et bien loin par dessus la terre, 1 S'il vous plaist, enlevez ma voix. . » 3. Epiqrammatii. lib. Il, Ad Vnsas. — Cf Bl . II. 272 A part rorlhogr,Tpbe. j'ai cité
le texte de 1555 et 15!>0. modifié plus tard comme l'indiquent les notes précédentes.
DE RONSARD POÈTE I.YRIOI E {Odf ijrave) 425
tage de développer une impression très personnelle de Ronsard sur la Cour de France, d'exprimer des sentiments très sincères à celui de ses Mécènes qui lui inspira par sa bonté simple la plus affectueuse reconnaissance. C'est une merveille d'adaptation, et nous ne pouvons résister au plaisir de la citer intégralement, avec sa source en regard, que personne n'a encore signalée :
Ad Anioniiim Petnilitiiii
A Mv le Reverendissinte Cardinal de Chasiillon.
Qui fil, Petriiti, ut si (juis est mihi uisus, Si quein sahtto, si cui nianutu porxi Caputue nioui, protinus ware et montes Aut si quid usquam est impudentius jactent. Et se patroiws offerant vel invita ?
lideni rogati, cfvta postulat cunt res Mirantur unde tani audianl nouunt nomen. Nec juni Maruliuni, verba nec sua aynoscunt. Honiines crepitui quamsiniiîinti l'entris, Pontanus illos ut meus beiie appellat '•'.
Mais d'où vient cela mon Odet ?
Si de fortune par la rne Quehiue courtisan je salue Ou de la voix ou du bonnet.
Ou d'un clin d'oeil tant seulement, De la tète, ou d'un autre geste, Soudain par serment il proleste Qu'il est à mon commandement.
Soit qu'il me trouve chez le Hoy Soit que j'y aille ou que j'en vienne ■ Il met sa main dedans la mieiuic, Et jure qu'il est tout à moy :
Il me promet monlaignes d'or La mer d'or et toute son onde E^t si plus grande bourde au monde Se trouve, il la promet encor'.
Mais quand un affaire de soin Me presse à lui faire requête, Tout soudain il tourne la tête Et me délaisse à mon besoin *:
Et si je veux le r'aborder Ou l'accoster en quelque sorte Mon courtisan passe une porte Et ne daigne me regarder :
Et plus je ne lui suis cognu, Ni mes vers ni ma Poésie.
Non plus qu'un étranger d'Asie, Ou quelqu'un d'Afrique venu.
Mais vous, mon support gratieus, Mou appui, mon Prélat que j'aime '',
1. Epigramm.. lib I. — Cf. Bl., II, 233. J'ai cité le texte de 1556, modifié plus tard comme l'indiquent les notes suivantes.