I, élégie 18, 6n
3. V. par ex. les sonnets: Ciel, air et uenls (Bl., 1,39) ; Que dis-tu, que fais-tu pensiue tourterelle [IbiJ., 211) ; Geiievres hérissés (Ibid., 310) ; Rossignol mon mignon, qui dans ceste saulaye (Ibid , -110), imités de I^étrnrque, de 1 Ariosle. de Benibo. \'oir encore le sonnet Quand ces beaux yeux jugeront que je meure {Ibid , 37), qui rappelle Sannazar (Eleg. lat. et Arcudia). Cf le commentaire des Amours de 1552-53 par Muret
i. Canz. 11, Chiare, fresche... Cf. les sonnets 111, Lieti fiori et felici... ; 172, ^iira che quelle chiome... ; 33 (m mor(e di Laura), Valle che de tamenti... etc. 5. V'iuceuzo (Juirino, dans les Rime diverse di moltieccellentissimi auttori..., tome I,
Ui fontaine Bellerie, vers la liu de l'ode Je veus, Musrs aus heaus yeus ', me semblent contenus en germe dans ces vers que l'Arioste a fait graver par Médor sur un rocher du bocage témoin de ses amours : « Gracieuses plantes, verts gazons, limpides fontaines, grotte obscure et agréable oii la belle Angélique s'est tant de fois prêtée à mes désirs... Puissent le soleil et l'astre des nuits vous être toujours favorables ! Puisse le chœur des Nymphes ne jamais permettre aux pasteurs de conduire ici leurs troupeaux 2. »
Prenons encore l'ode A wt Rossignol^ où Ronsard demande à
l'oiseau chanteur de lui servir d'interprète auprès de la femme^iTil aime :
Gentil rossignol passager,
Qui t'es encor venu loger
Dedans ceste coudre ramée
Sur ta branchete acoustumée,
Et qui nuit et jour de ta vois
Assourdis les monts et les bois,
Redoublant la vieille querelle
De Térée et de Philomele,
Je te supplie (ainsi tousjours
Puisses jouir de tes amours),
De dire à ma douce inhumaine,
Au soir quand elle se promeine
Ici pour ton nie épier,
Qu'il n'est bon de trop se fier
En la beauté, ni en la grâce
Qui plus tost qu'un songe se passe.
Di lui que les plus belles fleurs
En janvier perdent leurs couleurs,
Et quand le mois d'avril arrive
Qu'ils (sic) revestent leur beauté vive :
Mais quand des filles le beau teint
p. 195. — Voir encore dans le même vol., p. 341, un sonnet de Ludov. Dolce : Onibroso colle... ; au tome 11, p. 55, uu sonnet d'A. Bevilacqua : Herbe feliei , p. 118, une canzooe de Nie. Tiepolo : Selue frondose. .. (Cf. t. III, 1"" 38^ ; au tome 111, f" 41, un capitolo de Bern. Cappello : Verdi colli... — Ces trois volumes ont paru à Venise en 1546,48 et 50, les deux premiers chez Giolito di Ferrari, par les soins de Lod. Domenichi (Bibl. de 1 Arsenal, B. L 4244).
Ronsard a sûrement connu et imité ce recueil, car Muret signale, avec raison, parmi les sources du premier livre des Amours un sonnet de Capilupi et un autre de Rinieri, qui se trouvent le premier au tome I. p. 360, le second au tome 11, p. 21. On sait du reste par M. Vianej- le profit qu eu a tiré Du Bellay pour sou Olive {Sources ital. de l'Oliue, dans les Annales internationales d'histoire, Congrès de Paris, 1900 ; Paris, A. Colin, 1901). D'après H. Vagauay, l'édition princeps du premier volume remonte à 1545 et celle du 2'' vol. à 1547 [Reu. Hist. lilt., 1901, p. 687). Cf. Chamard, Œuvres poét. de Du Bellay, tome 1, p xui, et les notes.
1. Depuis : ■< Et ces beaux vers que j'eugrave -> jusqu'à ; <« A sa face remirée. »
2. Orlando fur., chaut xxin. Cf. les vers latins de Flauiinio, cités plus haut, p, 446.
LIE HU.\.SAHD POÈTli LÏKIUL'E (Ode IrjfVe) 451
Par 1 âge est une fois esteint
Di lui que plus il ne retourne '...
Ce début ne rappelle-l-il pas la canzone de Bembo : « 0 rossignol, qui dans ce vert feuillage, au-dessus du ruisseau fuyant, as coutume de t'arrêler, et le soustrais peut-être maintenant à quelque ennui par de doux accords au sou de l'eau murmurante, avec toi alterne en notes hautes et profondes la compagne qui semble te consoler. A moi, bien que je pleure et gémisse à toute heure, personne ne répond... Mais, si la pitié t'émeut, vole où je le désire et parle en ces termes -... » ?
Ici toutefois une remarque s'impose. Ronsard n'avait pas besoin d'une inspiration italienne pour parler ainsi au rossignol. 11 est fort possible que Bembo et lui se soient rencontrés fortuitement à une source commune. Nous parlions à l'instant de l'iulluence de la poésie provençale. Il est incontestable que Bembo l'a subie plus ou moins directement ; comme l'avaient fait déjà Dante et Pétrarque, il admire et cite volontiers les troubadours ^. Vraisemblablement il a connu aussi l'œuvre des trouvères et les a imités, comme l'avaient fait Boccace, Boiardo et l'Arioste. En tout cas sa canzone du rossignol a des origines languedociennes ou françaises. On sait en effet quel rôle ont joué les « oiselets ». surtout le rossignol et l'alouette, daps la poésie lyrique des xii'^et xiii^ siècles. II est rare que les troubadours et les trouvères ne les mettent pas en scène dans les chants d'avril ou de mai, dans les « reverdies » que leur inspirait la résurrection annuelle de la nature. Le début de leurs chansons d'amour est très souvent une description rapide et banale du printemps, qui peut se résumer ainsi : « La verdure et les Heurs renaissent, le rossignol chante ; je me sens renaître et je veux chanter aussi. » Mais ils ne se contentent pas de se comparer au rossignol, le prince des chanteurs ailés ; ils le font intervenir ainsi que l'alouette, comme consolateur, comme confident et conseiller, enfin et surtout comme messager d'amour. Le rossignol notamment, ditM. Jeanroy, « avait pris une signihcation symbolique et mystique, et était considéré comme le grand prêtre du printemps et de l'amour *. » Raynouard
l.Bl., II, 420. Bocage de 1554.
2. Rime, éd. de \'euise, 154U, f° 18 : 0 Rosstgnuol... Cf. les sonnets Soave augel... J Sulingo augellu (11*. 2 et 15l. — Les Italiens chargent également les tleuves de messages amoureux ; v. par e.\. Pétrarque, sonnet 154 : Hapido fiume..., et J. Cotla, Ad Calorem fluuiuin : Ocelle jluminuni...
Pour les appels ou apostrophes à la nature, voh- encore Sannazar, Arcudia, le chant de Galicio et celui d Ergasto trad. de J. Martin, 1544, l'" 19, r» ; il. 90 et suiv.J ; l'Arioste, liime, capitolo xvn . O lietu piaggia... ; Bembo, liime, capitolo m : fiume, cbe del inio pianto.. . (éd. de N'érone, 1750, p. 211).
3. Voir les Prose Toscane, livre I. Cf. E. Pasquier, Rech. de la Fr., \ II, chap. iv.
4. Hist. de la langue et de la hit. f'r., tome I, p. 364. Cf G. Paris, Origines de la poés.
en a cité des exemples très caractéristiques chez les troubadours *, et Paulin Paris chez les trouvères"-. Les recueils et les ouvrages d'autres romanistes en contiennent de très nombreux spécimens, qui prouvent surabondamment que la chanson de l'oiseau messager d'amour était partout répandue de la Belgique aux Pyrénées et de l'Atlantique aux Alpes durant les xii' et xiii* siècles ^.
Bien mieux, empruntée par les poètes courtois de cette époque au répertoire des chansons populaires, elle survécut à la première Renaissance deslettres sous une forme plus ou moins artistique et se perpétua dans toute la France plus vivaceque jamaisjusqu'à l'époque de Ronsard et au delà*. Les recueils de chansons du xv"" siècle et de la première moitié du xvi' sont remplis de couplets comme ceux-ci :
Roussignolet sauvaige Qui chante de cœur gay.
Va moy faire un messaige, Je t'en prie par ta foy...
Roussignolet qui au bocaige
Chans doucement Va à m'amye faire un messaige En ton doux chant ■'...
Va rossignol, amoureux messager.
Va faire ouyr à ma seule maîtresse Ton cliaut joyculx, pour elle soulager, Meslé d'amour et d'un peu de tristesse'. Rossignolet qui chante au verd buisson, Va à m'amye lui dire une chanson Si très joyeusement Si amoureusement Qu'elle entende raison...
Rossignolet du bois joly Qui chante au bois soubz la ramée.
lyrique en France, p. 13 (extrait du Journal des Savants de nov. 1891 à juillet 1892!.
1. Choix des poés. des Troubadours ; par ex. de Bernard de \'entadour : " Quand vey la laudeta mover... » (t. III, 68j ; de Goucelm Faidit : « Le rossinbolet salvatge | Ai auzit que s'esbaudeya... » lIII, 228 ; de Peire d'Auvergne : « Rossinhol, en son repaire I M'iras ma donna vezer t> iV, 292'.
2. Hist. lin. de la France, tome XXIII, p. 592. de Guillaume le Vinier ; p. 633, de Jacques de Cisoing ; p. 653, de Josceliii de Bruges ; p. 689, de Pierre de Borgne.
3. Voir Diez, Bartsch, P. Xleyer, Diiiaux. Soheler, G. Raynaud, etc. Pour la Bibliogr. de leurs travaux, voir Aubertin, Langue et Littèr. fr. au moyen âge, tome I, deuxième partie, chop. vi et vri ; Jeanroy, Histde la langue et de la litt /r..tome I.6n.
4. Voir J. Tiersot, Hist. de la chanson populaire en France, pp. 88-89. 99. 410-419 ; Bujeaud, Chansons popul. des provinces de l'Ouest, tome I, pp. 172, 191, 231, 238,294.
5. G. Paris, Chansons du A l' siècle, n"* Lxxu et cxxxix ; cf. pp. 21, 65, 76. 104, 107, 116, 121, 122, 124, 125, 135.
G. Fleur de poésie francoyse. recueil d'.^lain Lotrian, 1543 (réimpression de Bruxelles, A. Merlens, 1864, p. 68,.
DE RONSARD POÈTE LïRioi'E {Ode légère) 4o3
Va-t-cn dire à mon bon amy
Que pour luy suis en grand pensée'...
.AJQSi donc, en a'adcg§SMLaa.r.P.s.s.ignpl.el ea le chargeant d'un message d'amour, Ronsard ne faisait que continuer une tradition nationale. Bien qu'il eût rejeté de très haut toute imitation des chansonniers français, il n'en reprenait pas moins avec une certaine complaisance l'un de leurs thèmes favoris. Mais on doit reconnaître que ces thèmes populaires, pauvres d'invention et d'exécution, améliorés déjà quelque peu par les poètes de la génération de Marot, sont tout transformés par Ronsard. lia su les féconder, les varier, les tourner plus élégamment, augmenter leur poésie. II les a élevés, ou plutôt relevés jusqu'au domaine de l'art, d'où ils étaient tombés depuis les trouvères, — et cela en y insérant comme ici une allusion aux fables antiques, en y développant comme ici des germes de pensée et de sentiment à l'aide des poètes gréco-latins, italiens et néo-Ialins-, mais en leur conservant comme ici une couleur bien française 3. Cette remarque, quenousavons eu plusieurs fois déjà l'occasion de faire, et que nous ferons plus souvent encore à propos des odes amoureuses et des odes épicuriennes de Ronsard, peut s'étendre j. sa conception générale de la nature.
LeâliuuljadûJua^LlesJroiivèces,. avaient chanté la nature presque uniquement lorsqu'elle est parée des charmes du renouveau, en la saison « où tout aime et pullule dans le monde » ; et ils avaientfait de cette nature amoureuse un cadre R\citapt à l'amour humain « Le sentiment
1. S'ensayt plusieurs belles chansons nouvelles, recueil dWlain Lotrîan, 1542 réimpression de Genève, J. Gay, 1867, pp. 15-16 . fin de la chanson A qui me dois-Je retirer ; cf. p. 40. fin de la chanson Puisque j'ai perdu mon amy.
Chansons nouvellement composées sur plusieurs chants tant de musique que rustique, recueil de Jehan Bonfons, 1548 (réimpression golh de Paris, Bailleu, 1869, passim).
^'oi^ encore les nombreux recueils de chansons publiés par P. .-Vttaingnanl, à Paris, de 1530 à 1550 environ, entre autres le vingt-deuxième livre, de 1547, f' 3.
2. En dehors de l'invocation du Rossignol que nous avons rapprochée de la canzone de Bembo, le contenu du message vient de Théocrite. Idylle XX\II, et de J Second, £/egiae, 1,5, vers 40 et suiv, qui rappellent Properce dern. élég. du livre III) et Ovide .1rs amat., II, vers 113 et suiv. ; III, vers 59 et suiv.). — Voici le germe dans la chanson populaire : « .\mours s'en vont comme fait la rousée •• {Chansons du XV' s. de G. Paris, n" xxiii , ou bien dans l'œuvre littéraire : « Tu n'as qu'un soir et un matin,
I Comme la fleur de l'aubespin | Qui florisi huy, demain flétrie » (flecuei/ des poésies fr. des XY' et .\'V/« siècles, de Montaiglon, 111,86;. \'oir ci-après le chapitre sur les odes épicuriennes.
3. Si le début rappelle les apostrophes des chansons françaises au Rossignol, la fin rappelle la fin de la chanson de Marot : D'un nouveau dard je suis frappé.
du réveil joyeux de la nature se mêle chez eux fi l'émotion doure dji^n -ânkOjyLLJlâissant ; il. semble que l'allr^ic-^i' intérieure se répande au dehors et cherchera se confondre nvi'i' cpiio fi'tp que le printemps étale ,gux regards '. » Mais, si ce seutimcul revient cliez eux à satiété, il est cependant à peine indiqué, au début de leurs chansons, par quelques traits monotones et comme stéréotypés^. Ils ne l'ont ni développé ni varié, pas même Bernard de Ventadour, pas même Thibaut de Champagne ; et si l'un de leurs plus brillants héritiers du xv" siècle, le prince Charles d'Orléans, a su rajeunir le thème du renouveau dans une langue pure, alerte, fine, métaphorique, ayant sur eux l'avantage de connaître le Canzonifre de Pétrarque aussi bien que le Roman de la Rose, il ne fut au reste ni assez docte ni assez profond pour tirer de la nature extérieure autre chose qu'un petit nombre d'images ensoleillées,. Ç^stllonsard qui devait le premier en France avoir l'honneur de creuser, de ilélailler, de généraliser les impressions superficielles, vagues et restreintes <lcs rhaiisonniers courtoisjdu moyen â^e. Et cela toujours de la même façon, en suivant de très près les traces des poètes du paganisme et de la Renaissance italienne ou néo-latine.
Ronsard a donc, nouveau trouvère, peint la nature extérieure presque exclu.'^ivemf'nt en proie à l'ainoiirct dinsscs rapports avrr l'amour humain. C'est ainsi surto.u.LilJ''' ' ■' ^"'' '' sentiCj soit qu'elle serve simplement de cadrp à no;; passirm^, Miii ([n'ello en devienne la complic e par SCS cliai'iiii'- inv.^li riiu\ t.l par ton r\emplc. « Frappez librement vos bords, » dit-il aux nymphes des eaux,
Afin que la saison verte
Se montre aux amants couverte
D'un tapis marqué de fleurs '.
Ce ne sont pas les cadeaux, dit-il encore, qui ont poussé Robine et Jaquet à s'unir,
Mais les rivages babillars, L'oisiveté des prez mignars.
1. Aubertin. op. cit., 1, 324 Outre les exemples qu'il cite et les références que nous donnions à l'instant pour les « reverdies »>, voir encore le passage du .7e» de la Fetiilléc d'Adan de le Haie, cité dans l'Hist. litt. de la France, tome XX, 640, et le début du Jeu de Robin et de Marion, du même (cf. H. Guy, thèse fr., 1898. passini).
2. Cette observation ne s'applique pas .i certaines œuvres allégoriques et didactiques, du xrii^ siècle, telles que le Bestiaire d'amour fen prose, mais de bonne heure mis en vers) et le Roman de la Rose, où la nature extérieure est plus copieusement décrite et nettement invoquée comme une institutrice d'amour. Mais elle est vraie pour la poésie lyrique Tous les médiévistes sont d'accord pour reconnaître la banalité des descriptions du printemps chez les chansonniers.