‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 34 sur 509 · XLIV LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD · texte numérisé non relu

XLIV LES POESIES LYRIQUES DE PIERRE DE RONSARD

Mais cela ne veut pas dire qu'il ait importé l'Ode en France ; cela signifie qu'il a guindé le style de l'Ode, et, tout au plus, qu'il a essayé d'acclimater en son pays une variété de l'Ode.

D'autre part, heureusement, les Ronsardiens ont très bien conçu et pratiquél'Ode sans allusions mythiques, sans réminiscences gréco-latines. Four ne parler que de leur chef, un tiers de ses odes et ses odelettes sans exception seraient tout aussi justement dénommées chansons, car elles ne difTôrent des chansons de ses devanciers que par l'élégance et ne se distinguent des siennes ni par le sujet, ni par le ton, ni par le style, entre autres : Ma petite colombelle et Migiionne allon voir si la rose, que Jean Chardavoine inséra très naturellement dans son recueil de Chansons en forme de voix-dc-ville, vers 1375, à côté de la chanson de Saint-Gelais : 0 combien est heureuse, dont il nous a conservé la mélodie '. Par contre, plusieurs chansons de Ronsard auraientpu recevoir le nom d'odes, car non seulement leur matière et leur rythme, comme ceux de toutes ses chansons, répondent exactement à la définition qu'il a donnée de l'Ode, mais elles ne manquent même pas de ces « vestiges de rare et antique érudition » qui lui semblaient, ainsi qu'à Du Bellay, devoir être le privilège de l'Ode; seulement il en a usé là plus modérément et « inconstamment » ; en quoi il a suivi, sans vouloir l'avouer, la poétique de Sibilet, pour qui la Chanson n'était qu'une forme mineure et familière de l'Ode ".

Des Autels écrivait avec raison en 1550: « 11 est vray aussi que l'on peut user de l'ode en divers stile ; cependant que les uns s'arrêtent aux louenges, Pétrarque et ceux qui l'imitent traittent les affections. Les uns suyvent Pindare, les autres Simonides » 3. Peletier répétait en

1 . La voix-de-villc, connue dès les premières années du xvi*^ siècle sous le nom de vaul-de-ville ou vaudeville (qui n'a aucun rapport avec vau-de-Vire), était une ode légère, toujours strophique. Du Bellay (préface des Vers lyriques) et Est, Tabourot {Bigarrures, liv. IV, il. 52 et 54, éd de 1609) l'emploient comme synonyme de chanson ou d'ode légère, se chantant «' d'un même chant par tous les couplets ►►. Jehan Chardavoine, un anthologiste angevin, et d'autres avant lui (par exemple le Lj'onnais Alleman LajoUe, 1561, et Adrien Le Roy 1571) emploient le terme de voix -de- ville exactement dans le même sens que vaudeville et comprennent sous ce nom des chansons et des odes de tionsard (Cf. Tiersot, llist . de la Chanson populaire, pp. 229-30).

2. H. Belleau a écrit cette note bien curieuse sur les chansons de Ronsard ; « Je croj' que nostre poète avoit l'opinion d'esprouver le jugement du lecteur de son livre, quand sous ce litre de Chansons il a compris un bon nombre d'Odes autant niignardes et gentilles que les premières, ausquelles il a fait porter ce nom , — Et pourtant, si quelqu*un se repaissant seulement de ce mot commun de chansons les a leues légèrement, je le prie de les revoir encore une fois, et j'esperc qu'il y prendra plus de contentement qu'il n'avoit fait auparavant, après que je lui aurai remarqué les lieux où l'auteur en a pris le portrait... » iCommentaire de la chanson Petite pucellc angevine, première éd collective de Ronsard, 1560.) Vaine excuse et vaines craintes, qui partaient d'un bon naturel.

3. Réplique aus fur def. de L. MeigrcI . — En 1553 il écrivait, dans la préface de lAmoureux repos, qu'il avait suivi dans ce recueil n ores le style tragique, ores le ce-

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