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CHAPITRE II

l'ode erotique. — RONSARD ET LE PÉTRARQUISMU.

I. — Ronsard a parcouru dans son œuvre toute la gamme de l'amour. Son tempérament amoureu.x. Son expérience de l'amour- Fiction et réalité à propos de Cassandre. Sincérité de Ronsard daus l'imitation.

II. — Ronsard et Pétrarque. L art de pétrarquiser. — Le pétrarquisme dans les œuvres Ij'riques : la chanson Las, je n'eusse jamais pensé ; Iode Des yeux et du camr ; la chanson Qui veut sçavoir Amour. L'imitation des Italiens et la tradition française. — Les émotions de 1 amour. Sources diverses. La chanson de l'obsession : Je veux clianter en ees vers ma tristesse. Lue « reverdie )) savante ; Quand ce beau printemj)s~je voy-

III. — Dilïéreuees entre Ronsard et Pétrarque. L'inspiiation chrétienne et l'inspiration païenne. — Leur constance en amour. — Leur plastique de la femme- Nouvelle conception de la beauté. Influence des derniers écrivains italiens, néo-latins et français sur Ronsard. Le portrait de Cassandre : Arioste et Anacréon. — La « inercé » de Pétrarque et la " merci » de Ronsard. Les deux Vénus. Sensualité de Ronsard. Ses prières à Vénus, à Cupidon, à la Nuit, à ses maîtresses. Influence d'Horace, des élégiaques latins et néo-latins, de Cl. Marot. Encore la tradition médiévale.

On peut dire, sans crainte d'exagérer, que Ronsard a parcouru dans son œuvre toute la gamme de l'amour. Des sentiments variés et opposés qui émeuvent l'homme épris d'une femme, ou simplement l'homme à la pensée de la femme, il n'en est pas un dont l'expression ne se trouve dans les sonnets, les chansons, les odes, les églogues, les élégies et les gaietés de Ronsard : amour platonique, amouresthétique, amour-goùt, amour romanesque, amour tendre, amour sensuel, amour-passion, amour précieux, amour gaulois, amour contrarié, amour satisfait, ils y sont tous. Les femmes qui l'ont inspiré sont de toute condition, de tout caractère, de tout tempérament : paysannes, chambrières, bourgeoises, nobles, princesses ; jeunes filles, grisettes, veuves, femmes mariées ; brunes, blondes, ingénues et perverses, fières et faciles, accessibles à des degrés divers. Les pièces où il a chanté la femme et l'amour

datent de son déclin aussi bien que de sa jeunesse et de sa maturité : du jour où il écrivit l'ode Z^ei èeau/e: f/u'i7 voudroit en s'Aviie jusqu'à celui où il composa sa Délivrance d'amour, et même au delà, il lut le poète «erotique» par excellence, dans l'acception la plus large du mol 1. Ces jolis vers qu'il adressait A sa Guiten-e avant 1550 étaient encore vrais et d'actualité en 1575 :

Ma Guiterre, je te chante Par qui seule je deçoy, Je deçoy, je romps, j'enchante Les amours que je reçoy ..

Au son tic ton harmonie Je refreschy ma chaleur Ardaute en flamme infinie Naissant d'infini malheur...

Tu es des dames pensives L'instrument approprié Et des jeunesses lascives Pour les amours dédié.

Les amours, c'est ton office Non pas les assaus cruels, Mais le joyeux exercice De souspirs continuels...

Mieu.x vaut donc de ma maistresse Chanter les beautez, afin Qu'à la douleur qui me presse Daigne mettre heureuse fin,

Ces yeux autour desquels semble Qu'amour vole, ou que dedans Il se cache, ou qu'il assemble Cent traits pour les regardans.

Chanton donc sa chevelure De laquelle Amour vainqueur Noua mille rets à l'heure Qu'il m'encordela le cœur,

Et son sein, rose naïve, Qui va et vient tout ainsi Que font deux Ilots à leur rive Poussez d'un vent adouci -.

La peinture de la beauté féminine, la description des phénomènes physiques et psychiques qu'elle détermine en nous, de l'admiration et des désirs qu'elle fait naître, des jouissances qu'elle procure à l'àme et

1. Dans toute noire étude nous avons donné à ce mot le sens étymologique, sans le restreindre, comme on le fait aujoin-d'hui, aux excès maladifs de ramour.

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