‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 346 sur 509 · Cf. Bl · texte numérisé non relu

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DE RONSARD POÈTE LYRIQUE (Ode légère) 469

au corps, surtout des souffrances qui ont pour causes les divers obstacles opposes à la satisfaction de l'amour, telle fut la vraie vocation de Ronsard, tel fut l'appel secret et irrésistible de sa nature.

Si l'on devait accepter à la lettre ce que le poète affirme de son tempérament, jamais homme nel'aurait eu plus ardent que lui. D'aprèscent passages de ses œuvres, il prenait feu à la moindre étincelle, il était un brasier sans cesse rallumé, il était le feu même. « Tu ne me laisses ni liberté ni trêve malgré mes trente ans sonnés et mes douze années de service », dit-il à l'Amour en l."'>36,

Mais comme un fier tyran inexorable et rude, Tu ne m'ostes du col le joug de servitude Foulant du pied ma teste, et brûlant sans repos Dun feu continuel mes veines et mes os.

Non pas qu'il s'en plaigne, non pas qu'il soit las d'aimer. Plutôt la mort que la vie sans l'amour. Il le servira donc toujours avec le même entrain, « soit en barbe meslée,

Ou soit que tout son chef blanchisse de gelée » '.

En 1363, il se compare encore, comme il le faisait en 1332 et en 1334, à la salamandre et à la pyralide, qui d'après la légende naissent et vivent dans le feu :

Je leur ressemble, helas ! car vivre je ne puis

Si dans le feu d'amour consumé je ne suis.

Sa braise est mon plaisir, telle est ma destinée...

Je suis la Salemandre, et ne suis à mon aise,

Si mon cœur n'est toujours au milieu d'une braise :

Le feu de vos beaux yeux tant seulement me plaist

Et mon cœur en bruslant se nourrit et se paist -•

La même année il décrit à l'une de ses maîtresses, à Genèvre, une maîtresse authentique, l'amour morbide dont il souffre en son absence,

1. BI., VIII, 140 : élégie-prologue de la Nouv. Contin. des Amours.

2. /d , IV, 269 et 275 : élégies J'auoy tousjours et Bien que l'obéissance. Cf. les sonnets L'astre ascendant et J'ay pour maistrcsse I, 79 et 175;. On sait que François I" portait dans ses armes une salamandre au milieu du feu. avec cette devise ; A'ufri'sco et exstinguo. La comparaison de la salamandre, emblème de l'ardeur amoureuse, se retrouve chez Serafîno et ses imitateurs Saiut-Gelais et M. Scève. Elle remonte à Pétrarque ; « Je me repais de ma naort et je vis dans les flammes ; étrange nourriture et étonnante salamandre ! » (canzone Ben mi credea, vers 40:, et jusqu'aux troubadours : « Car le feu qui me consume, dit l'un d'eux, est d'une telle nature que plus il me brûle et plus je l'aime, tout ainsi que la salamandre se baigne avec délices dans le feu et la flamme, et s'en nourrit. » 'Pierre de Cols, cité par Haynouard dans son Choi.v des poés. des troubadours, V, 310.)

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et l'on croirait, h lire celte épître, entendre la Phèdre de Racine ouïe jeune malade de Chénier :

Helas, je ne vy pas, ou je vy tout ainsi Que vit dedans son lit un malade transi, Qui deçà qui delà se tourne et se remue, Ayant dedans le sang la fièvre continue '.

En lo69 il tient à son ami Du Gast le même langage qu'en 1554 à son ami Brinon : Tout mon corps est la proie de l'Amour, d'un « amour oiseau» qui a fixé son nid dans mon cœur; là sont nés de lui mille petits amours dévorants, afToiants, qui de jour et de nuit

Demandent la bêchée et mènent un grand bruit.

Mais cette fois il ne peut retenir un cri d'admiration : malgré ses quarante-cinq ans il ressent encore toutes les ardeurs de la jeunesse :

Les hommes ne sçauroient tromper leur destinée !

Hé, n est-ce pas grand cas qu'en moins d'une journée

Cet Amour par les j-eux a gaigné ma raison

Et folastre s'est fait maistre de ma maison.

Et sans avoir esgard aux neiges de ma teste

(Comme si ma défaite estolt despouille preste)

Nourrit mon creur en braise et en feu qui me perd,

Qui brusle d'autant mieux que le bois n'est plus verd ' ?

Enfin elle date de sa cinquantième année, au moins, cette élégie voluptueuse où il rappelle à son ami Candé que tout dans la nature printanière convie l'homme aux ébats de l'amour, et qu'il faut, en dépit de la mort prochaine, « empoigner le plaisir

Pendant ce mois de May, où l'âge et le loisir Reveillent nostre sang qui jeuneraent bouillonne Et aux plaisirs mignards tous nos sens aiguillonne.

C'est là que notre poète a tracé de lui-même un portrait moral, dont la forme relativement simple et modeste ofTre les meilleures garanties d'authenticité : Je te ressemble, dit-il à Candé ; tu es un homme « gaillard et prompt à fesmouvoir.

1. B!.. IV, 250 : élégie Ce me sera plaisir. Cf. deux autres élégies à Genèvre : Uantre jour que j'estoti et Le temps se passe 'ibid , ^22 et 307).

2, Ibid , 302 ; élégie Du Gast, je sitis hraslé. Cf. le sonnet de 1552 Ces liens d*or, et l'ode de 1554 .Si tosi que tu sens I, 5 ; 11, 358;. — Le dernier vers de notre citation vient de Pétrarque : « .le serais pris et brûlé d'autant plus facilement que je suis en bois moins verd » (sonnet L'ardente nodo].

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Quand tu as près de toy quelque gentille dame Dont la jeune beauté te fait resjouir l'ame.

Tu tournes en outre aisément les vers et ne dédaignes pas le bon vin ;

Je courtize Bacchus, Erycine, Apollon :

Les trois piquent mon cœur d'un poignant aiguillon : Je les prens sobrement : si je faux d'aventure, La faute n'est pas mienne, elle vient de nature ' . »

Il semble bien que cette déclaration, exempte de toute emphase, remette les choses au point, et que, après avoir fait dans les citations précédentes la part de la mode, de l'exagération littéraire et de la vanité, nous puissions conclure sans hésiter que Ronsard fut en son automne comme en son printemps « de nature amoureux ° ». Nous n'avons pas le droit de douter de sa parole quand il répète si souvent, avec une telle force : C'est là ma destinée ; voilà mon naturel ^, — et qu'il avoue sans détour à ses ennemis même, alors que son intérêt lui commandait le silence :

J'ayme à faire l'amour, j'ayme à parler aux femmes, A mettre par escrit mes amoureuses flammes *.

Son expérience personnelle n'est pas moins certaine : page, célibataire, gentilhomme campagnard, poète de cour, et de la cour des derniers Valois, il fut à même de devenir aussi expert que possible en matière d'amour profane. La liste serait longue des aventures galantes, des bonnes et des mauvaises fortunes dont il nous a fait la confidence. Sans doute il se vante quand il écrit en 1354 que leur nombre, tant à Paris qu'en Touraine, au Maine, à Angers, à Amboise, à 'Vendôme et

1. Elégie Voicy le temps, Candé..., parue enl578(Bl., IV, 272). HurauU, à qui elle s'adresse en 1584, est le même personnage que Candé.

2. Sonnet paru en 1578 : Adieu belle Cassandre (Bl., I, 323).

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