iJasm.XVI : Latonae niueo sidère bîandior
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Od'' léijrre) 497
que les principales sources de ces pièces ', une élude détaillée de leur texte ne modifierait pas sensiblement nos conclusions.
iNotre poète, on ne peut le nier, a mérité dans une certaine mesure le nom de Pétrarque français que tous les contemporains lui décernaient, — et l'étude de ses sonnets le montrerait mieux encore que celle de ses odes et de ses chansons. C'est de Pétrarque et de ses plus illustres disciples qu'il lient une bonne partie de la psychologie de l'amour qui remplit son œuvre. A eux il doit encore le côté galant et chevaleresque de ses déclarations, les traces de platonisme et de christianisme qu'on peut relever dans ses Amours. Il leur doit enfin — et c'est un des points faibles de sa poésie erotique — de l'affectation, de la contorsion dans la pensée et l'expression, et tout l'arsenal de lalittérature précieuse, dont Malherbe, et surtout Molière et Boileau feront si bon marché. Ronsard lui-même, il est vrai, aperçut et condamna, ainsi que ses amis, les excès du pétrarquisme ; mais, comme on l'a très justement dit, il lui est toujours resté de son commerce assidu avec le chantre de Laure en même temps qu' « une certaine nuance de délicatesse un certain degré d'atTéterie -. »
D'autre pari, en pétrarquisant, Ronsard s'est rapproché de la tradition nationale, d'où il s'était éloigné en pindarisant ; et cela s'explique par ce fait que Pétrarque s'était inspiré des troubadours aquitains et provençaux, lesquels ont maints traits de ressemblance avec nos trouvères (soit que les unset lesautres aient puisé à des sourcescommunes, soit que ceux-ci aient imité ceux-là). 11 a retrouvé et repris chez lui la plupart des thèmes lyriques des chansonniers « courtois » delà première Renaissance, et jusqu'à leurs procédés de développement. Il est même plus voisin d'eux que de lui, lorsque, apostrophant sa chanson dans un envoi, il la charge d'un message amoureux, en termes moins réservés que ceux de Pétrarque, ou lorsqu'il mélange à ses emprunts du Con;o)i((?)T des souvenirs du Roman de la Rose et des Citants de mai.
D'ailleurs, je suis bien plus frappé des différences que des ressemblances qui existent entre le vrai, l'unique Pétrarque, et le Pétrarque français. Les seuls exemples que nous avons cités suffiraient à prouver que l'originalité de Ronsard est sauve si on le compare à son modèle florentin : il a procédé avec lui, comme avec ses autres modèles, par additions, suppressions et « contaminations», qui donnent à ses vers — à quelques exceptions près — une allure et une physionomie particu-