Faguel, Seizième siècle, p
lières. Mais il y a plus. lisent vécu à des époques et dans des milieux très différents ; la vie et les livres les ont influencés très différemment. Ronsard a pu profiter de modèles qui furent inconnus de Pétrarque, modèles anciens, italiens, néo-latins et français. Ronsard enfin était d'une nature à concevoir, à pratiquer et à chanter l'amour tout autrement que Pétrarque.
Ilf
Ronsard n'a pas, comme Pétrarque, idéalisél'amour, ou plutôt il s'est fait de la femme et de l'amour un idéal antipéirarquesque. Pétrarque est un homme du Moyen Age ; il en est un des représentants très supérieurs, sans doute, mais enfin il lui appartient par maintes attaches, dont il n"a pas voulu et n'aurait pas pu se dégager ; c'est un humaniste passionné qui a vigoureusement réagi contre la scolastique, mais un chrétien profondément convaincu ; c'est un éminent artiste, très touché des beautés de la forme antique, mais qui juge encore les auteurs anciens d'après leur degré de spiritualisme et relativement à la doctrine du Christ : Platon, Cicéron, Virgile, sont ses auteurs favoris parce que dans le monde païen ils se sont le plus rapprochés de la vérité morale et religieuse ; saint Augustin les dépasse dans son admiration parce que, analyste profond et pénétrant écrivain, il eut le bonheur de connaître et d'interpréter parfaitement le christianisme ; quant aux poètes erotiques latins, s'il les goûta, ce fut surtout dans sa jeunesse ; il ne s'est pas complu à les citer ni même à les imiter, et l'on dirait qu'ils lui ont inspiré quelque répugnance, bien qu'il les nomme avec honneur dans son Tr ion fodAmore ^ ; en tout cas il est certain qu il faisait une différence profonde entre son Canzoniere et l'œuvre toute voluptueuse des poètes païens'-. 11 a divinisé Laure dans ses vers ; il en a fait un être à part, pur, angélique ; elle est pour lui l'objet d'un véritable culte, car il va jusqu'à écrire : a Renommée, honneur, vertu et grâce, chaste beauté en un maintien céleste sont les racines de la noble plante. Telle je la trouve en ma poitrine, oîi que je sois, heureux fardeau, et avec d'honnêtes prières je ladore et la révère comme une chose sainte 2. » Enfin, il espère bien la retrouver au ciel et jouir en présence de son âme d'un bonheur éternel *.