fcid-,408. Cf. Prop., 11, 22 ti. Ibid
DE RONSARD POÈTK LYRIOl'E [Ode lé/jrrP) 301
autre qu'il n'aime pas moins, et inversement, pour des raisons que Pétrarque n'eût certes pas invoquées'.
Pétrarque a exalté les perfections physiques de Laure presque autant que ses qualités morales. Mais il s'en est tenu aux charmes visibles, aux grâces de son attitude et de sa démarche. Il ne dépeint jamais ses épaules ni sa poitrine, soit que le costume du temps lui en ait caché la vue, soit plutôt qu'il ait voulu éviter les peintures d'où peuvent naître les pensées coupables. S'il en parle deux ou trois fois, son expression est spiritualisée. La « belle et jeune poitrine » de sa dame est le « siège d'une haute intelligence » - ; ou bien c'est merveille de la voir s'asseoir « parmi l'herbe comme une fleur » et « presser sur son sein candide un vert bouquet » 3. Un jour d'été il aperçut Laure « nue dans une source » et « s'arrêta à la regarder ». Mais il se garde bien d'en dire davantage, si ce n'est que la baigneuse, rouge de honte comme Diane surprise, lui jeta de l'eau à la figure pour se venger ou se cacher, et qu'il s'enfuit avec le sentiment de son animalité méprisable et méprisée *.
Ronsard au contraire n'oublie jamais les détails de la poitrine nue. C'est un ornement indispensable de ses descriptions de la beauté féminine. Il vivait à une époque où la robe très décolletée était tout à fait de mise et souvent de rigueur. Depuis plus de cent ans en France, les scrupules du Moyen Âge à cet égard avaient peu à peu disparu des milieux aristocratiques, même honnêtes. L'exemple était venu surtout d'Agnès Sorel, et l'autre dame de beauté qui régnait à la cour de Henri II était loin de songer à réagir là contre s. En 1349, Ronsard vante « les yeux pudiques des femmes » qui sont la gloire de la France,
Ores montrant leurs espaules d'ivoire,
1. Bl., VI, 353. Des raisons qu'il invoque je ne puis citer que celle-ci : «Aussi n'est-il bon tousjours | De gouster une viande : | Car, tant soil-elle friande, | Sans quelque fois l'eschanger | On se fasche d'en manger. »