‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 363 sur 509 · Bl , I, 77, son. Hausse ton uo · texte numérisé non relu

Bl , I, 77, son. Hausse ton uo

4. Ihid., 132; .4nacr , "Ay-- W!?^^'^"''-- «t rp2(f£ [lOt Bà9uAA0V (n°> 28 et 29). — Le passage sur " la lèvre bessonne | Qui d'elle mesme en s'eslevant semonne | D'esire baisée .., me semble venir du grec /sTXo; rpoXïXo J(i£vov <f(),r,|ia. Mais il se peut que R. se soit rappelé ce trait de la Vénus de ,1. Lemaire : «... la bouche riant avec l'elevation de ses lèvres corallines et si bien joinlisses que d'elles mesmes sembloienl remoudre un baiser ». .le le crois d'autant plus volontiers que le « fosselu menton ». qui suit dans Lemaire, suit également dans Ronsard. Cf. Cl Marot iJannet, 111, 43;.

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en droite ligne des héroïnes de l'Arioste déjà nommées '. Il y a entre la peinture de Laure et celle de Cassandre la différence qui sépare les anges ou les vierges presque immatérielles de Giotto et les nymphes charnues du Corrège ; il y a tout l'intervalle du Quatlrocento et, de plus, un demi-siècle de littérature ultra-voluptueuse 2.

Ronsard est même allé très loin, plus loin que Pontanoet l'Arioste dans la description du nu, A la suite des nombreux auteurs de blasnns ilaliens et français qui, de Io20 à 1530, avaient découvert sans vergogne toutes les parties, même les plus intimes, du corps féminin 3.

A ces peintures voluptueuses correspond naturellement chez Ronsard une expression de désirs charnels qu'on chercherait vainement dans Pétrarque. Celui-ci, il est vrai, attend, espère de sa dame une récompense de ses hommages constants, une preuve de compassion, et, comme il disait, à la suite des troubadours, une « mercè ». Son Canzomere est plein de passages comme ceux-ci: « Qu'il vous plaise désormais d'avoir merci de mon cœur. — Je suis déjà enroué à vous clamermerci. — Que mort ou merci mette fin à ma douleur. — Je devrais pourtant trouver merci à la source de la pitié *. » Mais pour lui cette « merci » aurait pu se réduire à une tendresse de cœur vertueuse,'^ très conciliable avec la chasteté, qui se fût traduite par des « dolcezze oneste». Un simple accueil joyeux de Laure le transportail, le ravissait. Il se fût contenté de faveurs intellectuelles, de paroles aimables, de regards, de sourires compatissants, faute de pouvoir contempler sans cesse et sans « battement des paupières » les yeux splendides qui l'avaienténamouré ^. Il avoue, c'est encore vrai, avoir souhaité ardemment la possession de Laure. Il envie le sort de Pygmalion, ou celui d'Endymion ; il voudrait enfin, nous l'avons vu, être seul à seule avec

1. Observé très justement par J. Vianey iBuUetin italien, oct. 1901, pp. 298 99 1. Ajoutons qu'Ovide avait déjà dit : Invida veslis eras, quae tam hona crura tegebas... Suspicor ex iatis et cetera passe placere | Qiiae bene sub tenui eondita veste latent (A nior, III, 2), et que l'épisode d'Alcine et de Roger vient encore d'Ovide ([d. I, 15).

2. \^oir Ph. Monnier, le Quattrocento^ surtout tome I, pp. 70-74 et 315.

3. Olimpo de Sassoferrato, Gloria d' A more et Pegasea (1524). — Ilecatomphile, anthologie fr. de 1534-37 (vers la fini. — Blasons anatomiqnes du corps féminin Paris, Ch. r.\ngelier, 1550). — Voir E. Picot, Ca/afoj. Rothschild, I, pp. 542 et 5.52, et la réimpression des B/asons publiée par Méon en 1807 (Paris, Guillemot). — Cf. J. Vianey, Rev. dHist. litt. d'avril 1904, p. 336 ; Bulletin italien de juillet 1904, p. 243 ; Pétrarquisme en Fr. au x\\^ s., p 42.

4 Son. 53, lo non fu ; 89, Amor m'a posta ; 102. Ite caldi soapiri : 151, Lasso, ch'i' ardo ; canz. 1, Nel dolce tempo (st. 4). 5. Son. 195, 0 dolci sguardi ; 200, Vive fouille ; canz. 8, Foi che per (st. 5).

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sa dame, et pour toujours, sans éprouver la déception d'\pollon poursuivant Daphné '. Son Canzoniere n'est donc pas exempt de sensualité, , il s'en faut. Mais cette sensualité s'exprime toujours décemment, avec une I pudeur chrétienne, même sous le voile transparent des légendes du paganisme, d'ailleurs exceptionnelles chez lui. D'une complexion très amoureuse, il aurait pu aller beaucoup plus loin dans l'expression de sa passion. Il ne l'a pas voulu. Il a préféré insister sur la vertu sublime de cette passion et sur l'influence hautement morale qu'il en ressentit '-. Ronsard a fait tout le contraire, lia singulièrement insisté sur la vieille chanson française : Allégez moi. Madame, rajeunie par Cl. Marot, en comprenant comme lui par ces mots toutes les satisfactions de l'instinct sexuel. C'est jour et nuit, lit-on dans un de ses premiers sonnets, qu'il chante à sa maîtresse :

Allège moi, douce plaisant' brunette ;

et, ce disant, il reprend le texte de Marot tel quel, à part le tutoiement 3. Ailleurs, il adresse ces vers à l'un des oiseaux confidents de son amour :

Mais, rossignol, que ne vient elle

Maintenant sur l'herbe nouvelle

Avecques moy clans ce buisson ?

Au bruit de ta douce chanson.

Je luy ferois sous la coudrette

Sa couleur blanche vermeilictte '.

Et là encore il s'est souvenu de Marot, qui avait terminé ainsi l'une de ses chansons, précisément celle où il a pris le vers cité plus haut :

Mais quand à mon gré vous aurois

En ma chambre seulette.

Pour me venger, je vous ferois La couleur vermeillette.

Il ne faudrait pas s'arrêter à quelques accents d'amour platonicien disséminés dans les Amours de loo2. Si Ronsard s'élève parfois « jusqu'au giron des plus belles Idées » ; s'il se « ressouvient » d'avoir jadis laissé Cassandre « en paradis » ; s'il veut bondir au ciel pour y « adorer

1. Son. 50, Quando giunse, fin ; sextine?, \onà tanti (st. 6) ; 1, A qualunqne (st. 6)

2. Il répèle à s.ntiété que Laure lui a enlevé toute pensée vile, tout désir grossier. Voir par ex. les sonnets 56, /o amai sempre, et 103, Le ttelle.

3 Bl , I 9 j ai cité le texte primitif) et 15. — Marot, éd. Jannet, II, 185, chanson D'un nouveau dard..., et III, 83, épigr. ccviii. 4. Id., II, 421.

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l'autre bpaiifé dont la sienne est venue » ; si, même après la mort, il veut u aimer l'idée de ces yeux brnns qu'il a firhés an cnenr » ', — ce sont des envolées qui ne durent pas, et vite, abandonnant « ce fol penser », ce va^ue mélange d'idéalisme grec et de chrislianisme, qui lui vient de Pétrarque, il redescend sur terre avec les poètes erotiques latins et leurs imitateurs des xv^ et xvi^ siècles, Pontano, l'Arioste, Jean Second et tutti ijiianti. L'union charnelle ne cesse de hanter son imagination, et, des deux Vénus que distingue Platon dans le Banquet, c'est la Vénus terrestre ou populaire qui l'inspire presque toujours 2. S'il use de métaphores et de périphrases pour exprimer ses désirs, elles sont aussi explicites que celtes des dernières pages du Roman de In Rose : parfois même il emploie sans détours les termes propres, se rappelant les paroles de Dame Raison, pour qui ni les choses naturelles créées par Dieu, ni les mots correspondants créés par les hommes, ne méritent qu'on en rougisse •'.

Ronsard rêve de posséder Cassandre tout entière. Il voudrait bien, nouveau Jupiter, se changer « en pluie d'or » et « goutte à goutte en son giron descendre » ;

Il voudroit bien pour alléger sa peine Estre un Narcisse et elle une fontaine Pour s'y plonger une nuit à séjour.

et que cette nuit fût éternelle *. II voudrait être puce pour « baisotter et mordre ses tetins » et pouvoir «la nuit se rechanger en homme»''. Il voudrait « en ses bras enlassé » « tondre la fleur de son printemps y>^. Il voudrait la « presser nu à nu entre ses bras », lui « tastonner le tetin », et « flanc à flanc son feu desembraser ». Il voudrait « mourir es amoureux combats »,

1 Bl.. I. 44, 92. 96-97. 16 V. encore, p 114: Comme on soutoit...

2. \ . ci-dessus, p. 253 et note. Ronsard dit nussi. d'après une allégorie du Phèdre. que des deuT chevaux qui conduisent sa raison, celui qui l'emporte est le cheval noir, c"est-à dire, comme le rappelle Muret dans son Commentaire, un " appétit sensuel et desordonné, guidant l'ame aux voluplez charnelles « ^Bl., I. 13-14.

3. Edit. Fr. Michel. I. pp. 235 à 237 : II, pp. 337 et suiv. Une restriction doit être présentée ici ; Ronsard n'a point osé — en dehors des Foinstries — nommer les pttdenda feminea. en cela plus décent que les auteurs des blasons de l'école marotique ; il les a seulement laissé entendre, mais de telle façon que personne ne peut s'y tromper (BI., I. 136-37 ; II, 345-461.

4. Bl., I, 13. ï-'idée de ce sonnet et surtout le tercet final sont bien dans Pétrarque (sextines 1 et 7. fin' ; maîs'quelle différence d'expression ! Aube ici et aube là ; mais comme celle de Ronsard se rapproche davantage de la source la plus lointaine des aubes, qui est l'élégie d'Ovide Ad Auroram ^Amor. . I. élégie 13)!

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