‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 367 sur 509 · Bl., Il, 427. - Hor., Carm., I · texte numérisé non relu

Bl., Il, 427. - Hor., Carm., I

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Odg lé(jè-re) oll

ni l'ode A une chambrière, où Ronsard s'autorise, pour « si bassement aimer », de l'exemple des iiéros homériques et des dieux de l'Olympe ; oii, après avoir spirituellement paraphrasé l'ode d'Horace l\e sit ancillae..., il développe, avec des réminiscences de VAnllwlogie grecque, d'Ovide ou du Roman de la Rose, celle idée, fréquente dans ses œuvres, qu'il vaut mieux aimer une femme de basse condition qu'une dame de haulrang, et conclut avec Marot :

Jamais on n'a que tristesses A servir ces grands déesses :

Qui veut avoir ses esbas 11 faut aimer en lieu bas ' ;

ni enfin cet Hymne à la Nuit, où Ronsard, paraphrasant du premier au dernier vers VBymnus in Noclem du voluptueux napolitain Pontano, demande à la déesse « ministre des amours » de « mettre fin à sa peine » par une série de jouissances qui ne sont pas précisément platoniques :

Nuit, des amours ministre, et sergente fidèle Des arrests de Venus, et des saintes loix d'elle.

Qui seerette accompagnes L'impatient ami de l'heure accoustumée, 0 l'aimée des Dieux, mais plus encore aimée Des estoilles compagnes.

Mets, si te plaist, Déesse, une fin à ma peine. Et dente sous mes bras celle qui m'est tant pleine

De menasses cruelles, Afin que de ses yeux (yeux qui captif me tiennent) Les trop ardens flambeaux plus brûler ne me viennent

Le fond de mes mouelles -.

Non ; Ronsard a beau dire à Cassandre qu'il ne veut pas la souiller d'un amour deshonnéte, qu'il ne veut lui offrir que « son chaste cœur », qu'il n'aime en elle que son esprit, sa « douce et grave faconde ^ », — n'empêche que sa main lascive

1. Bl., Il, 166. — Hor., Carm.. II, 4 ; cf. Sat. I, 2 : Parabilem amo Venerem facilemque. — Anlhol , Epigr. erotiques, n» 18 (de Rufinj : o Bien mieux que les grandes dames nous recherchons les suivantes, nous qui ne trouvons pas de charme aui splendides intrigues... » ; n" lOU (Anonyme): « Si quelqu un me blâme d errer à l'avenlure

esclavede l'amour — Ovide, Amor., II, 8, vers 14 ; Métani., II, vers 846 et suiv. —

Roman de la Rose : Ouques Amor et Seigneurie | Ne s'enlrefirent compaignie | Ne ne demorerent ensemble (éd. Fr. Michel, lome I, p. 280>. — Marot, Elégie 17 léd. Jannet, II. p. 40). — Cf. dans Ronsard, tome I, p. 402 ; IV, pp 264, 282, 318. etc.

2. Id., V, 268. Cf. Pontano. Amor., 11, f" 8 v" de l'éd aldine de 1518 : Navagero, Lusus, n" 22, \ox boiia ... \'oir ci-après, Appetidice, pièce justice. IV.

i.ld., I, 28-29, 59 ; II, 427.

312 SOLKCES ET OKIGINALITÉ

^De l'amour chaste outrepasse les lois,

qu'il « adure en penser » les parties les plus secrètes de son corps, et que sa passion n'aura pas « d'allégeance » avant qu'elle se soit livrée entièrement à lui *. Ce qu'il attend d'elle, ce qu'il demande ensuite à Marie et a ses autres « dames » jusqu'à Hélène inclusivement, ce ne sont pas seulement des privautés dangereuses et affolantes- ; c'est l'ultime faveur, c'est « le point que l'honneur leur défend », l'honneur, dont il a fait si bon marché après tous les poètes français de la lignée de Jean de Meung, parce que c'est un obstacle aux « lois vénérables de la nature » '^.

Voilà ce qu'il entend par la « merci » des femmes qu'il chante, ce qu'il appelle « aborder au havre de leur grâce »*, ce qui « le feroit dieu devenir » ^ ; voilà le « paradis » qu'il souhaite et le sens tout profane qu'il a donné plus d'une fois à ce mot, sacré pour Pétrarque "J. « Ma guerison d'autre part ne dépend », dit-il à Marie du Pin, reprenant pour son compte cette autre chanson de Cl. Marol :

Secourez-moy, Madame, par amours, Ou autrement la mort me vient quérir :

Las ! voz baisers ne me sçaiveut guérir,

Mais vont croissant 1 ardent feu qui me presse :

Jouyssance est ma médecine expresse '.

Avant de poursuivre, jetons un nouveau regard en arrière. Nous

1. Bl., I,()8, 71,389, 391. Cf. p. 74, Stances, que uous éludions au chap. suivant.

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