INTRODUCTION XLVII
Au surplus, admettons que les chefs de la nouvelie école aient été de bonne foi en proclamant que nul n'avait composé avant eux jii odes badines ni odes sérieuses. C'était une illusion assez naturelle chez des auditeurs enthousiastes de Dorât, et chez des révolutionnaires qui achevaient une évolution préparée de longue main par d'autres et déjà presque arrivée à son terme. Mais l'ayant proclamé à tout venant et avec force tapage, ils ont fini, comme il arrive, par faire partager leur illusion, sinon à leurs contemporains, du moins à la postérité. Ronsard et ses amis ne pouvaient légitimement s'attribuer qu'une gloire, d'ailleurs considérable, celle d'avoir soigné plus que leurs devanciers la façon de l'ode, dont l'étoffe ne manquait pas dans les ateliers poétiques, mais avait été généralement taillée, disposée et garnie avec moins de science, d'industrie et d'abondance que par eux. C'est dans cette mesure, croyons-nous, qu'on peut dire que Ronsard a été un inventeur ^,
Il le reconnut, cela est certain, après le succès, quand la gloire ne lui fut plus contestée, même par ses anciens adversaires. Alors ses admirateurs et amis purent exprimer des sentiments analogues aux nôtres sans avoir à craindre un démenti. Jacques Peletier, vers les premiers mois de 15.od, écrivit dans son /4 ri poétique {doal la plus grande partie exprime 1 opinion de la Pléiade assagie), que Marot avait été «inimitable an certeines félicitez, e singulieremantan la Traduccion des Seaumes », œuvre immortelle « tant pour la matière que pour la forme » (p. 14) ; que Ronsard, d'ailleurs « sublime, e raporteur de la Poésie ancienne » (p. 13), n'avait pas inventé l'Ode ; qu'à vrai dire il avait écrit très jeune des odes horatiennes, mais que ces essais étaient médiocres « e quasi n'i avoèt que le nom invantè. Mes quant à la chose, ajoutait-il, si nous regardons les Seaumes de Clemant Marot, ce sont vrees Odes, sinon qu'il leur defalhoèt le nom, comme aus autres la chose. » (pp. 64-63.) Nous pensons même, avec Marty-Laveaux, que Peletier a voulu donner là une leçon de modestie au chef de la Pléiade, car il « insiste sur l'importance lyrique des Psaumes avec quelque dureté pour Ronsard qui avoit affecté d'en parler assez légèrement et
1. Voir à ce sujet la stroptie i de Iode sur la Victoire de Cerizoles et la fia de l'ode à Dorât : Grossi- toi, ma Muse françoise. Ronsard se dit « plus industrieux et plus laborieux » que Marot, dont il veut ■. parfaire » l'œuvre ; il reproche à ses ■• pères » d avoir été • peu curieux >, ce qui d'ailleurs est très exagéré.