Edition Jannet, 111, p
3. Bl.. i, 95. SouNCuir de la « carolle » qui est dansée au verger d'Amour dans les premières pages du Homan de la Rose. L'expression des « cinq points en amours >• me semble remonter au troubadour Guiraut de Calaason et à son commentateur le troubadour Guiraut Riquier cf. Ka5-nouard, op. cit., III. 392 : k En son palaitz lai on s'en vai jazer | A cinc portais... -i ; Dicz. op. cit. .pp. 391-92 ; Anglade, Guiraut Riquier^ tbèse l'r. de 1905, p. 255j. Depuis lors le nombre cinq a été traditionnel (v. Guill de Lorris, J. Lemaire, Cl. Marot. — W . encoreMuret. Epigr, ad Paulam « ... Dulci Veneris de nectare, Paula, | Aut nulla, aut quinta da mihi parte frai » ; Maclou de la Haj'e, Œuvres poêt., ff. 27 à 30 : Les cinq blasons des cinq Contenteniens en Amour .
4 Ed. Jannel, II, 186.
5. Bl., II. 409. Cf. I, 376, apostrophe à la (v chambretle heureuse ». où il a enfin '< jeté l'ancre au sein du port ». — Arioste, Rime, capitolo VI : O più che l giorno..., qui est une contamination d'une élégie d'Ovide et dune de Properce les tercets en question ont été cités parJ. \'ianey dans le Bulletin ital. d oct. 1901, p. 299; ; J. Second, Eleg., II, 8, Ad Lectulum, les 18 premiers vers. Peut-être Ronsard a-t-il encore imité un capitolo d'Olimpo de Sassoferato, intitulé Al letto stando con Madonna (signalé pai Vianey, id., juillet 1904, p. 223)
sans ménagements préparatoires, avec une gaillardise toute gauloise et quelque peu brutale, surtout la fin, qui ne ressemble en rien à celle de l'idylle grecque *. Il est encore telles /'o/as/nes où Ronsard raconte ses exploits charnels, ou ceux des autres, avec un réalisme de pensée et une crudité de langage qui égalent peut-être tout ce que les poètes libertins de la France avaient écrit de plus audacieux sur ce thème '-.
Cependant, si l'on met à part les Folastries, qui sont franchement et délibérément licencieuses, Ronsard a été visiblement gêné dans l'expression du fait lui-même, et cela se comprend. Dans l'ode A son Lict, il prie ses lecteurs d'« imaginer s'amie et lui » d'après un tableau représentant l'union de Mars et de Vénus. Dans la même pièce (texte de 1555 et 60) et dans l'Amourette, il a recours à la vague périphrase «faire je ne scay quoy», « ce doux je ne scay quoy », qui traduit le Carum nescio quid lubet jocari de Catulle ■'. Il a certainement moins osé dans ce genre de peinture que ses modèles latins et néolatins *.
Il n'a pas ressenti le même embarras, n'étant pas obligé à la même réserve, quand il a chanté l'avant-dernier « point », le baiser. Pourtant ce « point » achemine vile au dernier ;
Car qui au baisicr peut attaindrc A poine puet à tant remaindie ; Et sachiez bien cui 1 en octroie Le baisier, qu'il a de la proie Le miex et le plus avenani.
Si a erres du rémanent.
Ainsi parle joliment G. de Lorris, interprétant im passage d'Ovide ^. Souvent même le baiser coïncide avec le reste ; il en est l'accompagnement instinctif. Mais Ronsard pouvant le décrire à part, comme un
1. Bl., I, 218. Aux réminiscences de Théocrile Ronsard me semble avoir mêlé quelques traits qui viennent d'Ovide, Ars aniat., 1. 6t>5-76, et de Pontano, Amor.^ II, Frigore inuitattir ad l'oluptatem, début et iin.
2. Folastries de 1553 ; l'ne jeune pucelette ; En cependant que la Jeunesse ; Jaquet aynie autant sa Robine, véritables débauches de mardi gras.
3. Ad passèrent Lesbiae. — Outre les deux passages de Rons. que j'allègue, v. II, 468.
4. Outre Ovide [Amores eiArs anjat,)^ v. dans les Syluae de Second V Epithalamium ; dans les Ilendecasyll de Pontano la pièce Ad Alfonsum ducem Calabriae et dans ses Antores la pièce De quercu diis sacra. Il suffira de rapprocher le passage de celle-ci où le Satyre fait violence à la nymphe endormie et le passage correspondant du Houx, pourvoir que Ronsard est relativement décent. II le paraîtrait plus encore, sans doute, si l'on comparait ses poésies erotiques aux Slranibotti lascivi d'Olimpo et aux Sonetti lassuriosi de lArélin.
5. Roman de la Rose, vers 4013-18. — Ov., Ars amal., I, 069-71. — Marot fait dire de même à son amie : « Ce seul baiser, qui deux bouches eiubasme [ Les arres sont du bien tant espéré i) éd. Jannet, II, 159j.
DE RONSARP POÈTE LYRIQUE [Ode Ir'ji're) 317
simple gage d'amour, plein de promesses, il y est revenu, il y a insisté, il s'y est plu visiblement. Et qu'on ne prenne pas ceci pour un reproche ; nous lui reprocherions plutôt de ne pas s'y être tenu et de s'être aventuré au delà, de temps à autre. Il pensait avec raison que, des deux gestes décisifs de l'amour, le plus élégant, le plus poétique, le plus digne de l'ode légère, c'est, comme dit l'austère Boileau luimême,
...un baiser cueilli sur les lèvres d'Iris,
Qui mollement résiste, et, par un dou.x caprice.
Quelquefois le refuse afin qu'on le ravisse.
Ronsard pensait encore que ce geste pouvait être esquissé avec les manèges de la coquetterie qui parfois l'accompagnent, et même avec les raffinements qu'il comporte, sans effaroucher la pudeur naturelle de ses lecteurs. Il est vrai que les Français du xvi^ siècle avaient certainement en pareille matière le goût moins difficile que nous, le sens moral moins scrupuleux '. Mais nous n'avons pas le droit de séparer Ronsard du milieu où il fut appelé à vivre ; et en dehors de cette considération d'équité historique, nous pensons avec Sainte-Beuve « que la pruderie est une chose funeste en littérature, et que, jusqu'à l'obscénité exclusivement, l'art consacre et purifie tout ce qu'il touche » -. Or le baiser amoureu.t, tout lascif qu'il soit, n'est pas en lui-même un acte obscène, et Ronsard aurait pu dire des vers qu'il lui a consacrés, et plus justement encore, ce queJ. Second disait des siens aux mères prudes et aux chastes filles de son temps:
Nulla hic carmina nientulata canto '.
Enfin les poètes néo-latins avaient fait de ces descriptions un véritable genre lyrique. Une demi-douzaine d'épigrammes erotiques de l'Anthologie grecque *, quatre ou cinq pièces célèbres de Catulle, un passage de Tibulle, deux ou trois d'Ovide ^, avaient servi de point de départ et de recommandation à nombre de compositions, la plupart en hendécasyllabes, du pseudo-Gallus '^, de Pontano '', de
1. Sur la décence et le sentiment de la pudeur au xvi» s., cf. Taine, Voy aux Pyrénées, p. 201 203, et Décrue de Stoulz. la Cour de Fr. et la Société au XVI' s., ch. vi
2. Tableau de la poésie au XV!*^ s., préf. de la première édition.
3. Basia. XII. Second exagère quand il ajoute ; ... nulla | Quae non discipulos ad integellos | Hirsutus légat in schola magisler. \^oir notamment la fin même du Baiser XII, et les vers 6 à 9 du Haiser XIV.