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b-26 SOURCES ET ORIGINALITÉ
OU plutôt — et je n'étais pas loin de la vérité — à un heureux mélange d'inspiration catuUienne et d'inspiration médiévale. Le commentaire de Richelet ne me donnait que de maigres et fausses indications. J"ai découvert enfin que c'était une imitation libre, mais directe, d'une ode Ad Lydiam, attribuée alors à Cornélius Gallus, et développée par Salmon Macrin en 1529 pour sa fiancée Gelonis ; que les trois premières strophes, la cinquième et la sixième venaient sûrement delà, et que les deux autres (la quatrième et la dernière) s'inspiraient plutôt de Pétrarque. On pourra s'en convaincre par le tableau comparatif placédans l'Appendice de notre étude ^.
Les années suivantes et jusqu'à la fin de sa carrière, Ronsard imite encore Second, mais avec plus d'indépendance et, peut-être, avec une vue plus nette des vrais moyens de succès. Il dramatise le baiser plus qu'il ne le décrit ; il donne une plus grande place aux supplications de l'amant, à la résistance de l'aimée ; il rend la faveur accordée d'autant meilleure qu'elle est plus disputée, et il a cet avantage sur Second que, sans le suivre jusqu'à l'expression réaliste des effets physiologiques du baiser « colombin », il a trouvé des accents à la fois poétiques et bienséants qui suffisent à les faire comprendre.
Voyez par exemple la chanson intitulée /lmoî/re//i? en 1552:
Petite nymphe folastrc, Nymphette que j'idolastre. . . -.
La première partie en est faite de dénominations caressantes et de prières pressantes, qui rappellent à la fois (Catulle, Marulle et Second, surtout Marulle, sans toutefois qu'on puisse y constater d'emprunt direct ^. — La deuxième partie, où l'aimée fuit d'abord, eflfrayée par le nombre des baisers demandés, puis se laisse apprivoiser peu à peu par de nouveaux vocables tendres et revient enfin sur les genoux de son séducteur, à qui elle abandonne sa bouche, — se trouve seulement en germe dans la fin du Baiser XIV de Second : Quo fugis ? Bemane... Les comparaisons de la neige qui fond et delà rose qui se fane viennent
1. V. ci-après, pièce justifie. V. — Sainte-Beuve, dans son éd. des Œuvres choisies de Ronsard, s'était contenté de dire d'après Richelet : ■< Toutes les comparaisons du commencement sont prises de Catulle, de Marulle. des poètes erotiques de l'Antiquité et de la Renaissance ••. Or dans cette pièce rien n'est imité de Catulle ni des autres poètes erotiques de l'Antiquité. Quant à Marulle. dont un ou deux vers de l'épigr. Ad Neaeram Cum ta candida sis magis ligustro... auraient pu suggérer à Ronsard l'idée de la première str. et deux vers de la troisième, — je crois que Ronsard ne l'a imité qu'à partir de 1552.