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3. Catulle, V et X.\,\II. — Marulle, Epigr., lib. 1, Ad iVeaeram : Salue, nequitiae meae (v. ci-après, p, 537 . — Second, Bas. VIII fv. ci-dessus, p 524 .
DE KO.NSAKD poÈTLC LYRIQUE {Ode légfre)
d'une épigramme de Marulle 1. — La troisième partie, oii l'amant, se sentant défaillir de bonheur dans un baiser « plus long que ceux des pigeoQS mignars », entrevoit déjà les rives où Catulle et Tibulle
Vont encore maintenant De leurs bouchettes blémies Rebaisotlans leurs amies,
est une heureuse invention, qui combine avec des détails nouveaux quelques éléments empruntés au Baiser^iUl et kV Elégie Y de Second et au Tombeau de Marulle par Pontano -. Et rien n'est plus vivant ni plus personnel que cette série d'apostrophes, de rappels, de recommandations, d'exclamations : « Avance mes quartiers, belle... Demeure ; oii fuil-tu maistresse ?... Revien, revien, mignonnelte... Où fuis-tu, mon angelelte ?. . Là, revien, mon sucre doux... Donne m'en bec contre bec... Ha là ! ma douce guerrière... » L'ode de 1554, .1 sa maistresse :
Quand au temple nous serons Agenouillés, nous ferons...
est plus originale encore. Qu'elle ait été écrite pour Cassandre ou non, peu importe 3. En tout cas, elle développe les trois derniers vers de la fameuse ode .4 Cassandre, publiée l'année précédente : « Mignonne, allon voir... B Mais cette fois plus de comparaison, plus de symbole, plus de sous-entendu ; une invitation claire à des actes précis, de la franchise
1. Bien ne montre mieux l'origin-Tlité de Ronsard et sa retenue relative que la comparaison du Baiser XIV et de la chnuson Petite nymplie folaslre. Il a laissé de côté tout le début : Quid profers mihi ilameum labelliun f Non te, non volo basiare, dura... et les trois derniers vers qui contiennent un refrain-cadre avec antithèse. — Du milieu il n'a pris que 1 idée contenue dans le mot tabescam, remplaçant 1 obscénité cntullienne : It, nervo rigens toties supino, | Pertundam tunicas meas tuasque, \ Et, desiderio furens animi \ Tabescam, miser, aestuante vena, — par ces deux gracieuses comparaisons empruntées au chaste Marulle Epiyr., II, Ad Seaerani : Ignitos qiioties... Cf. ci-après, p rti'l) : (■ Ma cruelle qui tousjours ] Trouves quelque mignardise, I Qui d'une douce i'eintise | Peu à peu mes forces fond, 1 Comme on voit dessus un mont | S'escouler la neige blanche, | Ou, comme la rose franche j Perd le vermeil de son teint, I Des rais du soleil atteint. » — Honsard réserva d'ailleurs l'obscénité que Second avait empruntée à Catulle. On la retrouve à la fin de la o folastrie » En cependant que la jeunesse...
2 Second : Jam Styx ante oculos et régna carentia sole \ Luridaque annosi cymba Cbarontis erat [las. Xlll)... Labris pallenlihus oscula quaeres Eleg.,l, 5.41 et 80 . Pontano: Hinctibi se ad cantum adjungil l'omtosa Corinna, \ Cantat et ad calamosDelia culta luos... riimu/i, lib. 1, .Marulli poetae . Honsard a d'ailleurs imité celte pièce de Pontano dans son exquise Epitaphe de Marulle (1554 , en la combinant avec quelques souvenirs d'Horace Carni., II, 13, vers 30) et d Ovide {Amor , III, 9, fin .
3. L'unique noie du pseudo-Muret : « Cette chanson n'appartient en rien à Cassandre » est postérieure de plus de trente ans à la publication de la pièce en question, qui est restée parmi les Odes jusqu en 1584.
dans les termes, du réalisme dans la pensée et dans l'expression. — D'abord trois strophes qui sont entièrement de Ronsard, et qui montrent ce qu'il y avait de superficiel et de mondain dans sa pratique de la religion : Il y a temps pour tout, dit-il ; à Téglise soyons « dévots », mais « au lit » soyons « lascifs » (la symétrie poursuivie dans tous les termes de l'antithèse est très remarquable) :
Pourquoi donque, quand je veus
Ou mordre tes beaus chevcus
Ou baiser ta bouche aimée.
Ou tastonner ton beau sein,
Contrefais-tu la nonnain
Dedans un cloître enfermée ? ,
Puis trois strophes, inspirées par deux passages d'une élégie de J. Second, qui lui-même s'était inspiré de i'Aiithologie grecque :
Pour qui gardes tu tes yeus Apres ton dernier trespas
Et ton sein delicieus. Gresle, tu n'auras là bas
Ta joue et ta bouche belle ? Qu une bouchette blémie :
En veus tu baiser Platon Et quand mort je te verroi,
Là bas, après que Caron Aus ombres je n'avou'roi
T'aura mise en sa nacelle ? Que jadis tu fus m'amie.
Ton test n'aura plus de peau, Et ton visage si beau N'aura venes ni artères, Tu n'auras plus que les dens Telles qu'on les voit dedans Les testes des ciraeteres ' .
1. Anthol., Epigr. érot. n" 85 Asclépiadeh n Tu gardes ta virginité :et à quoi bon ? Car ce n'est pas quand tu seras chez Pluton que lu trouveras un amant, jeune Bile. C'est chez les vivants qu'on jouit des douceurs de Cypris. Aux bords de l'Achéron, ma belle, nous ne serons plus que des os et de la cendre. » — J. Second, Eîeg.y I, 5, vers 69 et suivants :
Liiniina cui seroas aurum jaciilantia purum *'
Cm' tereles digitos, arlificenique pedem ? Fascia lacteolis cui statdistenta papillis ?
Cui risus '.' et cui wollia verba paras ? Cujus dispositus nutritur criais inusum ?
Oscula felicis cujus erunt domini '^ Ilicet ingralo seruaueris omnia nautae,
Lethaeam ueteri qui rate verrit aquam.
Hujus ab antplexu uenies ad basia Dï'ïi's,
Maxinia tergeminae cura tituorque deae.
Ibid., vers 39 et suivants (imités de l'AnthoL, Epigr. érot. n" 273, Agalhias) : Tempus erit, cariosa specu cum lumina condes,
Caiius et in gelido uertice crinis ent. Tune frustra labris pallentibus oscuta quaeres, Atque aliquem obtusis figere luminibus.
DE RO.NSARD POÈTE LYRIOL'E [Ode légère] o29
Si l'on compare ces vers aux distiques latins dont ils sont l'écho, on voit quelles heureuses libertés Ronsard a prises avec son modèle : 1° interversion de l'ordre et soudure des deux passages ; 2° interprétation particulière du quatrain ; changeant de place, il change de sens ; 3° raccourcissement du dizain, dont les cinq hexamètres et les cinq pentamètres sont resserrés en une strophe de six heptasyliabes ; 4° développement du quatrain en douze vers, sans délayage ; 5° juxtaposition de deux tableaux représentant la hideur de la morte, ombre grêle aux Enfers, squelette décharné dans le cercueil : âme et corps, mystère et réalité, (rest le souvenir de l'Anthologie qui semble être intervenu ', mais nous ne pouvons nous défendre, nous, de pensera certaines ballades macabres de Villon -. Et cependant c'est bien du Ronsard, car il ne s'agit guère ici que de cette bouche maintenant si vermeille, si douce à baiser, et de ce qu'elle sera dans l'au-delà, un rien innommable, dont ne parlent ni Asclépiade, ni Agathias, ni Second, pas même Villon. — Enfin deux strophes de conclusion, qui sont bien personnelles, résultant de réminiscences diverses parfaitement assimilées :
Donque tandis que tu vis -' .\h, je meurs, ah baise moi,
Change, Maistresse, d'avis \\\, Maistresse, approche toi :
Et ne m espargne ta bouche ; Tu fuis comme un fan qui tremble :
Incontinent tu mourras, Au moins souffre que ma main
Lors tu te repentiras S'esbate un peu dans ton sein.
De m'avoir esté farouche. Ou plus bas, si bon te semble.
La première condense en un fort petit espace non seulement huit vers de la fin de la susdite élégie 3, mais encore les vers 23 à 2G :
1. Nous le croyons d'autant plus volontiers que Ronsard, en faisant passer celte pièce du vol. des Odes dans celui des Amours en 1584, l'a placée immédiatement après le sonnet de 1569 : Douce beauté meurtrière de ma vie, dont les tercets viennent, d'après une note du pseudo-Murct, a d'une èpigramme grecque », qui ne peut être que celle d Asclépiade ci-dessus transcrite.
2. Cf. Regrets de la belle heaulmiere ; ballade A s'amye; huitains 149.151 du Grand Testament ; ballade des Pendus éd. Jannet, pp 41, 58, 89, 102).
3 Eleg., I 5. vers 83 et suiv. : Quare
Te juuet in nostris positam languere lacertis,
Mejuvet in gremio, uita, cubare tuo Et cum suauiolis animam deponere nostris,
Eque tuis animam sugere suauiolis, Sive meam, lux, siue tuam, sed sit tua malim,
Ipse tuo ut spirem pectore, tuque meo.
Tali vernantem satiemus anwre juuentam,
Alors venit aeterna cincta caput nebula.
On remarquera que Ronsard a réservé pour d'autres pièces par ex. I, 404 les apostrophes amoureuses uita, lux ; il a aussi laissé, pour en tirer parti ailleurs, cette idée que l'âme passe dans le baiser V. ci-après, p. 531'.
PIERRE DE nONS.VRD.
530 SOLRCES ET ORIGINALITÉ
Labra coliwibatim commilte corallina lahris .. ;
elle en contient l'essentiel et, de plus, la menace du repentir tardif qui vient d'une autre élégie'. La dernière est plus pressante : c'est la prière d'un mourant... Les pièces précédentes contenaient un mouvement semblable et une semblable frayeur de la belle qui fuit ; mais nous n'avions pas encore vu le poète aggraver ses instances en croyant les atténuer... Nous pensons que le troisième vers est un souvenir de l'ode d'Horace Vilas hinnuleo me similis, déjà paraphrasée dans une ode de 1550 A Cassnndre: « Tu me fuis d'une course vite » ; mais que la responsabilité de ceux qui suivent remonte àPontano:
Contingat iiii'co peclore posse frui :
0, miln si liccal parles traclare lulenteis - I
et qu'au demeurant rien n'est plus marotique, ou, d'une façon générale, plus gaulois.
La chanson de 15G3 :
Douce niaistresse, touche Pour apaiser mon mal '.. .
n'est pas moins originale. Celte fois l'aimée, au lieu d'éviter par la fuite le baiser et le regard amoureux qu'on lui demande, reste insensible sur sa couche, les lèvres et les yeux fermés, feignant de dormir. Elle s'amuse à faire languir son amant, qui obtient d'ailleurs la récompense de son attente. La première partie comprend quatre strophes, dont la quatrième rappelle de loin Second et Catulle *; la deuxième a peut-être été suggérée parla rivalité des yeux et de la bouche qui est au fond du Eaiser VU ^, et la troisième par une réminiscence plus ou moins consciente de Marulle ou de Pétrarque •'. La seconde partie est proprement ce qu'on appelait au xvi" siècle une « mignardise d'amour » " : Je me garderais bien de l'éveiller, dit le poète à sa maîtresse, car je suis trop heureux de voir les yeux clos reposer sur mon sein ;
1. EUg., II, 8, vers 71 et suîv. : Sera libi iteniet fastus uindicta sitperbi, | Aetatis tenerae crintiiia jlebis anus... Source primitive : Antbol., Epigr. erotiques, n° 92, et passim.