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Trionfo d'Amore. cap. i, vers

2. V. ci-dessus ce que nous avons dit de l'ode La lune est coutumiere, et les deux dernières chansons citées.

3. Marulle a certainement fait partie, avant de s'établir à Florence, de VAcadeniia Pontaniana de Naples (Giannone, Stor. di Xapol., liv. XXVlll, ch. m . C est là qu'il connut entre autres l^oulano et Sannazar (.4ccius Syncerus). Cf. Epigram., I, Ad sodales.

DE RONSARD POÈTE LYRIQI'E (Ode léqh'e) 533

remarquables quand on lit ses poésies erotiques après celles de Ponlano et de Second : résultat heureux ou bon côté de la préciosité, qui n'est pas seulement une recherche de l'expression aristocratique, mais une recherche de la distinction dans la manière de se conduire et de se produire ; et c'est par là que se manifeste encore chez Marulle l'influence de Pétrarque i.

Cependant, tout en conservant une part des sentiments chevaleresques et du langage raffiné de Pétrarque, Marulle a plus encore imité Catulle. Il ne lui a pas seulement pris les accents plaintifs d'un amant sensuel et impatient qui n'est pas aimé par sa Néère comme il voudrait l'être, passionnément, exclusivement. lUui a pris en outre ses procédés alexandrins de composition et d'élocution, je veux dire ses développements symétriques, balancements dans les phrases et oppositions dans les mots, qui font valoir les facettes et les nuances contrariées de la pensée ou du sentiment, ou l'antithèse de deux sentiments ; les refrains, qui reproduisent soit à l'intérieur, soit à la fin de la pièce, pour le mieux enfoncer dans les esprits, un groupe de mots, ou un hémistiche, ou un vers initial ; les répétitions immédiates de mots qui accusent les idées et donnent au style, au moins en apparence, du mouvement et de l'énergie ; les diminutifs enfin, qui servent à rendre la tendresse, ou la grâce, ou la pitié, mais dont l'abus communique au style quelque chose d'enfantin, d'elTéminé et d'affecté tout à la fois. On peut donc dire que Marulle a mélangé, dans des proportions inégales d'ailleurs, l'alexandrinisme élégiaque de Catulle et la préciosité mélancolique de Pétrarque, — sans parler des éléments encore alexandrins, et de plus byzantins, que ce Grec, chassé de Constantinople par l'invasion turque -, n'a pas manqué de puiser dans VAnlhol.ogie de Planude, éditée précisément à Florence par son ami Jean Lascaris^.

1. On connaît le fameux distique de Catulle : « Le poète, prêtre des Muses, doit être chaste dans sa vie ; il n'est pas nécessaire que ses petits vers le soient. " iXVI.' Marulle écrit au contraire: "... Mais, dis-moi. pourquoi les vers chastes te déplaisentils tant ? Les vers chastes plaisent à Phébus, la troupe des Muses est très chaste, les vers chastes conviennent aux pieux poètes, fils des .Muses. Moi aussi, malgré la distance qui me sépare de ces poètes, j'aime les vers chastes, une pudeur naturelle me défend les mots déshonnèles. ... Loin de moi la licence obscène d'un écrit ; les vers où se joue ma Muse sont l'œuvre d'un cœur pur,... Il me répugne de raconter des choses que je ne fais pas... Qu'il me suffise de louer les cheveux dorés de Néère, de me plaindre d'une rigoureuse maîtresse et. dans mon dépit, d'adresser des reproches au cruel Amour. Tout le reste est réprouvé r>ar le chœur des Muses. \'oilà mon goût. Phébus l'approuve et m'arrose la bouche de ses eaux sacrées. •> {Epigr.. \, Ad Quinlilianum. éd. parisienne de A. Wechel, 1561, f' 16 v».)

2. Un passage de sa longue élégie à Néère, Haec mandata tibi millo... nous apprend que sa mère était enceinte delui lors de la prise de Constantinople {Epigr., II, f" 25, v'').

3. En 1494. Pour l'intimité de Marulle avec Lascaris, cf. son ode : Jane, uatis amor tui{ld., IV, f" 45, r**). L'Anthologie grecque de Planude est la seule que le xvi^ siècle ait connue ; celle de Constantin Céphalas ne fut découverte qu au xvii*.

536 SOUKCES ET ORIGINALITÉ

Tel est le modèle, fort aimable du reste, malgré sa mièvrerie, que Ronsard adopta dans les chansons pour Marie du Pin, lui empruntant parfois une strophe, plus souvent une pièce entière, allant jusqu'à le traduire, avec ou sans changement de rythme, tantôt le développant, tantôt rivalisant avec lui de brièveté concise, sans pouvoir toutefois le vaincre en raccourcis.

Comme la Néère de Marulle, Marie avait tout juste quinze ans quand elle énamoura Ilonsard '. De cet âge elle avait la même fraîcheur, la même coquetterie plus ou moins consciente, la même légèreté naïve mêlée d'instinctive prudence, le même défaut de sentimentalité, la même aptitude à promettre et à décevoir, à faire espérer et souffrir. Et la « pucelle Angevine », comme la « pucelle de Toscane», finit par préférer au poète sincèrement épris un amoureux plus riche ou plus séduisant 2. Mais, tandis que Marie n'était qu'une fille d'auberge, une paysanne sans culture, relativement accessible, que Ronsard ne pouvait et n'aurait point voulu épouser, et qu'il poursuivait uniquement pour le plaisir, Néère était une patricienne de Florence, que Marulle courtisa plusieurs années pour le bon motif, en tout honneur, et dont il prisait non seulement la beauté rare et la fortune, mais plus encore l'élégance, mais l'esprit, mais les qualités morales, mais les talents artistiques ■'. La différence était profonde. Mais qu'importait à Ronsard ? Ce qui lui importait, c'était de rendre en français l'art de Marulle, de faire passer en sa langue maternelle tant de jolies choses fines, tant de nuances d'émotion, eu partie vécues par lui, qui risquaient de rester à jamais ensevelies dans leur enveloppe latine comme dans un linceul.

î. Epigr., II, f" 27, r" :... niessis in hcrba esl ; el f» 30, r" : ... m lenera virgine digna viro. — Ronsnrd. I. 169

2. Id., IV, f" 52 r" : Ad piiellam Elhruscam — Ronsard. I, 149 On comprend que ceUe ressemblance entre les deux jeunes filles ait autorise Ronsard à suivre Marulle dans l'expression de sa passion. Mais pourquoi plaça l-il au début de son roman les reproches et la malédiction que Marulle avait gardés pour la fin du sien ? Autant cette chanson parait à sa place dans le recueil latin, autant elle surprend aux premières pages des Amours de Mûrie, et cela dès l'édition princeps de la Noiiv Conlin. des .-Imoiirs.

3. \' surtout l'clégie, déjà citée, Haec mandata libi ntilto, et l'élégie plus courte Qtiod leuis ima pedum (f» 30, r"). — D'après Vittorio Rossi (éditions italiennes de l'ouvrage de Gaspary, Die [talienische Literalur der Renaissancezeit, chap. sur Politien et Laurent de Médicis, 1890 et 1900), et d après ceux qui s'en sont inspirés, Jeanroj' {Grande Ency' clop), Ph. Monnier {op cit., II, 55!. Néère serait la même personne que la poétesse épousée par Marulle. Alessandra Scala, tille du chancelier de Florence Bartol Scala ; il l'aurait appelée Neaera durant le temps qu'il lui faisait la cour. Mais d'après Ginguené {Hist. Lin. d'Italie, 2' éd., 111, 471) Neaera et Alessandra Scala sont deux personnes distinctes. Il suffit de lire les pièces que Marulle a écrites à ou sur Néère, et celles qu'il a adressées à Alessandra et à son père, pour se convaincre que l'opinion de Ginguené est la bonne.

DE RONSARD POÈTE LTRiniE (Ode Irgère) o37

Marulle avait ainsi salué Néère après une assez longue absence, peutêtre au retour d'une expédition militaire, car il était soldat autant que poète : « Bonjour, ma passion, Néère, — mon petit moineau, ma blanche tourterelle, — mon miel, ma douceur, mon cœur, — mon baiser, mes charmes. — Pourrais-je vivre loin de toi ? — Sans toi voudrais-je des royaumes? sans toi de l'or? — sans toi les moissons opulentes de l'Arabie? — 0 plutôt périssent ton amant, les royaumes et l'or. » Ronsard, revenant à Bourgueil après un séjour à Paris et à la Cour, développa et adapta ainsi à sa situation ces huit hendécasyllabes :

Bon jour mon cueur, bon jour ma douice vie, Bon jour mon œil, bon jour ma chère amie,

Hé bon jour ma toute belle,

Ma mignardise bon jour.

Mes délices, mon amour, Mon dous printemps, ma douice fleur nouvelle Mon dous plaisir, ma douice columbelle.

Mon passereau, ma gente tourterelle.

Bon jour ma douice rebelle.

Hé fauldrat-il que quelcun nie reproche

Que j'ay vers toy le cueur plus dur que roche

De t'avoir laissé, maitresse,

Pour aller suivre le Roy,

Mandiant je ne scay quoy Que le vulgaire appelle une largesse !

Plustot périsse honneur, court et richesse Que pour les biens jamais je te relaisse

Ma douice et belle déesse '.

Marulle avait fait tout à la fois ce vif reproche et cette déclaration galante : « Ainsi, Néère, tu détournes de moi tes yeux, — quand tu veux que je meure, — comme si tu ne pouvais pas me tuer en me regardant. — Tu crains sans doute que je ne meure heureux. — Ne crains rien ; hélas, je mourrai malheureux, oui, malheureux. — Mais cette mort qui te paraît si cruelle — est plutôt douce à ton service. » Ronsard développa comme il suit ces sept hendécasyllabes, en supprimant le cinquième, qui est obscur et qui rompt la suite des idées :

Pourquoy tournez vous vos yeus

Gracicus De moy quand voulez m'occire ?

Comme si n'aviez pouvoir

Par me voir D'un seul regard me destruire ?

1. Bl., I, 169 fje cite, pour celte pièce et les suivantes, le texte primitif;. Marulle, Epigr., I, Salue, neqaitiae meae, f^ 4, V.

338 SOLIRCES ET ORIGINALITÉ

Las ! vous le faites afin

Que ma fin Ne me semblast bien licureuse, Si j'allois en périssant

Jouissant De vostie œillade amoureuse.

Mais quny ? Vous abusez fort ;

Geste mort Qui vous semble tant cruelle, Me semble un gain de bonheur

Pour 1 honneur De vous qui estes si belle '.

Marulle avait écrit cette minuscule élégie en deux parties très symétriques : « Tu demandes quelle est ma vie, Néère? — Elle est, tu le sais bien, ce que lu la fais à ton amant : — inféconde, misérable, pleine d'inquiétude, d'ennui, — ou quelque chose de plus triste s'il est possible. — Telle est la vie que tu me fais, Néère. — Quels sont ses compagnons? Douleur, plaintes, — soupirs, larmes sans fin, — langueur, angoisse, amertume, — ou des maux plus tristes s'il est possible. — Tels sont les compagnons que tu donnes à ma vie, Néère. » Ronsard développa ainsi ces dix hendécasyllabes, y ajoutant un hémistiche initial et un distique final qui se correspondent, sans toutefois réussir à conserver la parfaite symétrie du modèle :

Demandes tu, douce ennemie, Quelle est pour loy ma pauvre vie ?

Helas certainement elle est Telle qu'ordonner te la plaist :

Pauvre, chetive, langoureuse, Dolente, triste, malheureuse.

Et si Amour a quelque esmoy Plus fascheus, il loge chez moy.

Apres demandes tu, m'amie.

Quelle compagnie a ma vie ?

Certes accompagnée elle est De telz compagnons qu'il te plaist :

Ennui, travail, peine et tristesse, Larmes, souspirs, sanglots, détresse.

Et s'Amour a quelque souci Plus facheus. il est mien aussi.

Voilà comment pour toi, m'amie, Je Iraine ma chetive vie, Heureus du mal que je reçoi

1. Bl., I, 429. Marulle, Epigr., I, Sic istos oculos, f» 7, r°.

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE (Ode légère) 539

Pour t'aimcr cent fois plus que moi '.

Marulle avait rendu ainsi, d'après Ovide et Pétrarque^, l'infini de ses chagrins d'amour : « L'Altique n'a pas tant de rayons de miel, le rivage d'algues, — les montagnes de chênes, le printemps de couleurs ; — le triste hiver ne se hérisse pas de tant de frimas ; — l'automne ne se gonfle pas de tant de lourdes grappes ; — tant de flèches ne remplissent pas les carquois Médiques ; — tant d'astres ne brillent pas dans la nuit silencieuse ; — tant de poissons ne traversent pas les mers, — tant d'oiseaux l'air pur ; — l'Océan ne s'ondule pas de tant de flots, — la Libye de tant de sables, — que pour toi, Néère, je pousse de soupirs — et je souffre de folles douleurs en un jour. » Ronsard paraphrasa librement ces douze hendécasyllabes, avec la prétention d'être aussi bref que son modèle et plus logique. 11 supprima donc deux comparaisons sur douze, en remplaça quatre par des équivalents, les présenta dans un ordre diflerent, sacrifia le détail final « en un jour », modifications excellentes ; en revanche il substitua le verbe banal avoir à tous les verbes pittoresques et se passa de vraies strophes bien apparentes. A ce prix il put écrire les douze vers que voici :

Le printemps n'a point tant de fleurs,

L'automne tant de raisins meurs,

L'esté tant de chaleurs hâlées,

L'hyver n'a point tant de gelées.

Ni la mer n'a tant de poissons,

Ni la Secile de moissons.

Ni l'Afrique n'a tant d'arènes,

Ni le mont d'Ide de fonteines \

Ni la nuict tant de clairs flambeaus

Ni les forestz tant de rameaus.

Que je porte au cœur, ma maîtresse,

Pour vous de peine et de tristesse '.

Marulle avait fait ce serment : « J'ai juré de l'appartenir à jamais, — par moi, par cette tète, par ces yeux, — qui se sont perdus à te regarder, — par ce cœur qui a soufTert mille maux. » — « Tout cela est à moi», me dis-tu. « Soit, cela est à toi. — Mais du moins elles sont bien à moi, ces larmes, Néère, — par lesquelles je jure de l'appartenir à

1. BI., I, 172. Marulle. Epigr-, I, Rogas quae niea, f" 9, r".

2. Arsamat , II, vers 519 et suiv ; Canzoniere, sextine 7, st. 1 Cf Mellin de St-Gelais (éd. Bl., I, 288-89\ sonnet imité du sonnet attribué à Burchiello : yion son lunti 6atbion \ Vianey, Bulletin italien^ avril 1903 .

3. On lit en 1584 : | Ny la Beauce tant de moissons, | Ny la Bretaigne tant d arènes, I Ny l'Auvergne tant de fonteines...

4. Bl., I, 172. Marulle, Epigr., I, \on tôt Attica, f» 14, r°.

540 SOl'RCES ET ORIGIN'ALITÉ

jamais '. » Ronsard reprit ce serment et ce dialogue, mais il n'en conserva ni la s.ymétrie ni la sécheresse, et il eut raison. En les développant, en les faisant suivre d'un baiser, puis d'un signe d'assentiment, il leur communiqua je ne sais quelle tendre placidité, qui rappelle, de loin d'ailleurs, ce chef-d'œuvre d'émotion intime où Catulle a réuni le serment, le dialogue, le baiser de Septimius et d'Acmé - :

Il rn'advint hier de jurer

Qu'on voirroit mon amour durer

Apres la mort, ma chère amye.

Et afin de t'asseurer mieus

Je feis le serment par mes yeus

Et par mon cueur et par ma vie. —

Quoy ? dis tu, cela est à moy. — Bien, je le veus, qu'il soit à toy, Mais las ! ma langueur misérable Et mes pleurs sont miens pour le moins, Qui te serviront de tesmoings Que ma parole est véritable.

Alors, belle, tu me baisas.

Et doucement desattisas Le feu de ma gentille rage :

Puis tu feis signe de ton œil Que tu recevois bien mon dueil Et ma langueur pour tesmoignage ■".

Marulle avait adressé à Néère cette requête, qui contraste singulièrement avec le serment de tout à l'heure : « Jeune fille, plus douce qu'une martre de Seythie, ou que les fils soyeux de l'arbre des Sères ^, ou que la rose cultivée à Paestum, ou que le duvet léger de l'oie ; et en même temps plus dure que les durs rochers battus par la mer hivernale quand l'Africus aux sombres ailes souffle violemment dans le golfe Ligurien ; rends-moi mon cœur, si tu as quelque pudeur, puisque tu l'as pris par mille ruses, tantôt souriant doucement de ton joli œil noir, tantôt me laissant espérer d'un air résolu, et que tu le tiens dans les fers comme un esclave Syrien ou Sarmate ^. Oui vraiment,

\. Epigr.t 1, Ad Seaeram. Juravi fore, ï° 15. v".

2. Catulle XLV. Cf. Lafaje, Catulle et xes modèles, pp. 129-130.

3. Texle primitif (155f)i. Dès la seconde édition (1557), le début fut ainsi modifié : « Tu me fis jurer l'autre jour I Que la mort ne perdra l'amour | Qu'au cœur je te porte, m'amie ». — Dans les éditions suivarites le texte fut encore modifié, et très heureusement, surtout celui de la seconde strophe, qui s'éloigna très sensiblement du leste de Marulle, et accentua l'impression que nous avons dégagée {cf Bl.. I, 2t)7l.

4. Foliiue sericiconiis {m. à m. que les cheveux de la feuille des Sères!. La soie des cocons sauvages fait comme une chevelure aux feuilles des arbres.

5 Le mouvement et même certaines expressions de cette période viennent direclemenl de la pièce XXV de Catulle, Ad Thalliim, dont le sujet est pourtant très différent.

UE RONSARD POÈTE LYRIOIE [Ode légère) 341

rends-le-moi, cruelle, il n'esl plus à toi : une meilleure que toi le demande, qui m'aime plus que ses yeux et ne me reproche ni ceci ni cela. Pensais-tu donc qu'il te resterait fidèle après lui avoir causé tant de chagrins, barbare ? Et cependant! cent fois heureux ceux qu'un lien solide a joints à peine adultes et qui sont encore l'un à l'autre dans leur pieuse vieillesse ^. » Ronsard écrivit sur le même thème vingt-quatre vers, ni plus ni moins que son modèle ; mais il substitua aux comparaisons du début, qui lui semblèrent forcées ou trop recherchées, une strophe beaucoup plus simple, a la restriction et au rêve de la fin une véritable rétractation et une nouvelle preuve d'amour ; seule la requête proprement dite fut conservée pour form.erles deux strophes centrales, et encore avec de notables modifications :

Belle et jeune fleur de quinze ans

Qui sens encore ton enfance.

Mais bien qui celés au dedans

Un cueur remply de decevance,

Cachant soubz ombre d'amitié

Une jeunette mauvaistié,

Ren moy (si tu as quelque honte

Mon cueur, que tu mas emmené,

Dont tu ne fais non plus de oonle

Que d'un prisonnier enchainé,

Ou d'un valet ou d'un forcere

Qui est esclave d'un corsere.

Une autre moins belle que toy,

Mais d'une nature plus bonne.

Le veut par force avoir de moy -,

Me priant que je le lui donne :

Elle l'aura, puisqu'autrement

Il n'a de toy bon traitement- Mais non : j'aime trop mieux qu'il meure

Que de l'oster hors de tes mains •■,

J'aime trop mieux qu'il y demeure

Souffrant mille maus inhumains,

Qu'en te changeant jouir de celle

Qui doucement à soy l'appelle *.

Marulle avait décrit ainsi, d'après Ovide et Pétrarque, l'état phy-

1 Epigr., I, Ad Xeaeram, Puella mure delicatior Scylha, (" 16, r".

2- Var. post. : « Mais plus que toy pourtoise et bonne | Le veut de grâce avoir de moy,

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