Ibid. : « Dedans la prison de tes mains
4. Ibid. : « Tormenté de maux inhumains. | Qu'en te changeant jouir de celle | Qui m'est plus douce et non si belle. « Cette dernière strophe me semble venir de Pétrarque, sonnet Fera Stella (dernier tercet) : *> Languir par elle vaut mieux qu'être heureux par une autre '. Cf. Bl., L lfi9.
sique où le jetaient les regards brûlants de Néère ^ : « Chaque l'ois que, vaincue, tu lèves vers moi tes yeux de feu, soudain, comme la cire fond sous l'ardeur de la flamme, ou la neige au retour du printemps sous les rayons du soleil, mes membres se dissolvent entièrement ; il n'est pas une parcelle de mon être qui ne soit aussitôt réduite en cendres. Alors, de même que la rose printanière s'afl'aisse en inclinant sa tendre corolle, ou le lis olTert à la jeune fille amoureuse et tenu caché le jour entre ses seins, mes genoux chancellent et je m'affaisse à terre. 11 ne me reste plus ni sentiment ni couleur, et déjà devant mes yeux flottent les ténèbres de la nuit, jusqu'à ce que, à peine ranimé avec de l'eau froide, je revienne, tel le foie qui renaît pour le vautour, me faire consumer parles feux habituels-. » Ronsard, cette fois, conserva toutes les comparaisons, quelque forcées qu'elles fussent, mais en les déplaçant de très sensible façon, en les développant à l'aide de détails pittoresques, en supprimant ou atténuant des termes inexacts ou exagérés [repente, subiiis favillis, lotis ar tubus... ); surloul il remplaça fort à propos l'eau froide qui mettait fin à l'évanouissement de Marulle (ou éteignait son incendie) ^ par un baiser réparateur, miséricordieusement donné. Ainsi les seize hendécasyllables devinrent les sept sizains que voici:
Comme la cire peu à peu
Quand pies du fuùyer on l'approche
Se fond à la chaleur du feu :
Ou comme au faîte d'une roche
La nege, encores non foulée
Au soleil se perd écoulée :
Quand tu tournes tes yeux ardans
Sur moi, d'une œillade subtile,
Je sens tout mon cœur au dedans
Qui se consomme, et se distiie,
Et ma pauvre amen'a partie
Qui ne soit en feu conveitie.
t^omme une Rose qu'un amant
Cache au sein de quelque pucelle.
Qu'elle est tout le jour enfermant
Pi'es de son tetin qui pommelle,
Puis cliet fanie sur la place
Au soir quand elle se délace,
1. Mélani., 111, 487 et suiv.,où Narcisse dépérit consumé d'amoui-. — Can:oniere, passiin, el Trionfu d'Amore, cap. ii eliv (liin : " Je^senlais mon cœur se fondre comme la neige au soleil ».
2. Epigr., 11, Ad Neaerniii lijnilus cjiiotivs .., f» 18, r» Cf. lîl.. 1, 2(14.
3. Je pense qu'il s'agissait plutôt d'un évanouissement, en rapprochant du vers de Marulle ceux-ci de son mailre Ponlano : Deficio, gelidis siiffiindite lempora lyniphis, | U desiderii tenta cupido met I Amores, 1, Ad Fanniam : Caiididior niuea . )
DE RONSARD POÈTE LYRiQiE {Ode légère) 543
Et comme un Lis par trop lavé De quelque pluie printaniere, Penche a bas son chef agravé 1 Dessus la terre nourricière, Sans que jamais il se relevé Tant Ihuraeur pesante le grève :
Ainsi mon chef à mes genous Me tombe, et mes genous à terre :
Sur moi ne bat vene ni pouls, Tant la douleur le cœur me serre :
Je ne puis parler et mon ame Engourdie en mon corps se pâme.
Lors ainsi pâmé je mourrois Si d'un seul baizer de ta bouche Mon ame tu ne secourois Et mon corps froid comme une souche.
Me resouflant en chaque vene La vie par ta douce alêne :
Afin d'estre plus tormenté.
Et que plus souvent je remeure, Comme le cueurde Promethé Qui renait cent fois en une heure.
Pour servir d'apast misérable A son vautour insatiable.
Marulle avait écrit celle chanson d'amour, où la symélrie de deux groupes de six hendécasyllabes à la façon de Calulle *, et l'anlithèse chère à Pétrarque des larmes et des feux - remplacent les savantes combinaisons métriques des odelettes horaliennes : « Oui, tes jolis yeux, charmante Néère, et ton cou blanc, et ton front découvert, et tes joues vermeilles me brûlent tellement, du jour où je l"ai vue et aussitôt désirée, que, si je n'étais arrosé de larmes abondantes, je m'en irais tout entier en cendres légères. — Par contre, je suis arrosé de larmes si abondantes, du jour où je t'ai vue et aussitôt désirée, que si tes jolis yeux, charmante Néère, si ton cou blanc, si ton front découvert, si tes joues vermeilles ne me brûlaient pas, je m'en irais tout entier en ondes limpides. — 0 vie malheureuse et vite passée ^l » Ronsard conserva précieusement l'antithèse et l'ordre où se déroulent les deux parties de cette chanson ; il répéta de la même manière dans la deuxième partie les termes de la première. Mais il allongea du double celte antithèse en la rendant strophique.En revanche, il crut devoir renchérir sur la symétrie de la pièce latine en remplaçant le vers final, qui ne correspond à