Epigr , I, Sic me blanda tui, l" 6, v
rien, par une strophe de résumé, qui asa pareille au début de la sienne et lui sert ainsi à la fois de cadre et de refrain ; il semble avoir voulu regagner par là ce qu'il perdait en concision, et nous ne pouvons qu'approuver cette sorte de compensation, dont il doit l'idée à Catulle i ;
Mais voyez, mon cher esmoy
Voyez combieu de merveilles
Vous parfaites dedans moy
Par vos beautez nompareilles.
De telle façon vos y eu s
Votre ris et votre grâce,
Votre front et vos cheveus
Et votre angelique face, Me brûlent depuis le jour
Que j'en eu la connoissance.
Désirant par grande amour
En avoir la jouissance.
Que si ce n'estoient les pleurs
Dont ma vie est arrosée
Long temps a que les chaleurs
D'Amour l'eussent embrasée.
Au contraire vos beaus yeus
Votre ris et votre grâce,
Votre front et vos cheveus
Et votre angelique face.
Me gèlent depuis le jour
Que j en eu la connoissance
Désirant par grande amour
En avoir la jouissance, Que, si ne fut les chaleurs
Dont mon ame est embrasée,
Long temps a que par mes pleurs
En eau se fust épuisée.
Voyez donc, mon cher esmoy.
Voyez combien de merveilles
Vous parfaites dedans moy
Par vos beautez nompareilles -.
Marulle avait harmonieusement fondu dans la pièce suivante des réminiscences de Y Anthologie grecque, de Catulle et de Pétrarque ^ :
1 Cf. Catulle, XVI, XXXVl, LVII.
2. Bi., I, 180. Note de Bellcau : ■• C^elte chanson est prise entièrement de MaruUe, mais si naïvement rendue en nostre ladgue, qu'on douteroit lequel des deux en a esté l'inventeur. "
3. Pour l'idée des âmes échangées danb le baiser, v. ci-dessus, p. 531. — Pour le ijaiser pr'is de force et le refrain-cadre, Catulle, XCiX. — Pour l'éniigratiou du cœur, Pétrarque, passim.
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode légère) f)45
« Uuand je te pris un tendre baiser malgré Loi, chaste iNéère, imprudemment je laissai mon âme sur tes lèvres. Je fus sans àme quelque temps; et, comme elle ne revenait pas d'elle-même, et que le moindre retard pouvait m'être fatal, j'envoyai mon cœur chercher mon âme. Mais mon cœur, pris lui aussi par tes yeux caressants, jamais depuis ne m'est revenu. Si donc dans ce baiser, chaste Néère, je n'avais puisé en retour une flamme qui entretient la vie dans mon corps sans âme, ton malheureux amant, crois-moi, eûtvu pour la dernière fois la lumière, ce jour que je le pris un tendre baiser '. » Ronsard ne pouvait guère supprimer que le vocatif ca^ta A'eaera de cette bluetle où rien n'est de trop. 11 ne pouvait rien changer non plus à l'ordre des détails. Mais il en ajouta quelques-uns, qui ne sont point à dédaigner, tant et si bien que sa traduction double la longueur du texte latin, les cinq distiques élégiaques se transformant en cinq quatrains :
Hier au soir que je pris maugré toy Un dous baiser, assis de sur ta couche. Sans y penser je laissai dans ta bouche Mon ame, las 1 quL s'enfuit de moj'.
Me voyant prest sur l'heure de mourir, Et que mon ame, amusée à te suivre.
Ne revenoit mon corps faire revivre, Je t'envoyai mon cœur pour la quérir.
Mais mon cœur pris de ton œil blandissant Ayma trop mieus estre chés toi, ma dame. Que retourner : et non plus qu'à mon ame Ne luy chaloit de mon corps périssant.
Et si je n'eusse en te baisant ravy Du feu d'amour quelque chaleur ardente, Qui depuis seule (en lieu de l'ame absente Et de mon coeur) de vie m'a servy.
Voulant hier mon torment apaiser.
Par qui sans ame et sans cœur je demeure. Je fusse mort entre tes bras, à l'heure Que maugré toy je te pris un baiser.
Ronsard doit encore aux fJ'piynunmes de Marulle une dizaine d'autres chansons, en totalité ou en partie. Tantôt il s'adresse à l'Amour, comme dans les chansons Si le ciel est Ion pays, et Amour dy moy de yrace^ dont la première n'est qu'une paraphrase, sans plus -, et la