‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 392 sur 509 · Bl , I, 195. Cf. p 405, sonnet C'est trop aimé · texte numérisé non relu

Bl , I, 195. Cf. p 405, sonnet C'est trop aimé

3. Le sonnet Du mariage saint la loi bien ordonnée, paru en 1571 (Bl., V, 361), est également antimatrimonial et confirme mon dire.

4. .leanroy, Hisl. de la long, et liti. fr., tome I. pp. 352, 362-66. Cf. au même tome, pp. 337-38, la conclusion de M. Clédat sur l'épopée courtoise.

5. G. Paris et Gevaért, Chansons du AT*" siècle ^collection des Anciens Textes français). Il parut che^ Alain Lotrian. à Paris, en 1542 et 43. plusieurs recueils de chansons, tant anciennes que nouvelles, que Honsard a certainement connus ; 1" S'ensug plusieurs belles chansons nouvelles. ■ (B. N. Rés. Y, 6117, C. ; réimprimé par Percheron, Genève, Gay, 1867". 'l' S'ensuyt plusieurs belles chansons nouvelles et fort joyeuses .. \B. N. Rés. Y, 6117, C. (2i ; signalé par G. Paris comme contenant plus de chansons anciennes et populaires que tous les autres chansonniers du %vi' s.). 3" La Fleur de

DE RONSARP POÈTE LYRIQUE [Ode Ifigèrf) o51

Roman de la Rose, tels que la Vieille, préconisant à Bel-Acueil la loi naturelle de l'amour libre et l'opposant à l'instilufion coercitive du mariage', ou bien Genius excommuniant et menaçant de l'enfer les hommes et les femmes qui se dérobent aux obligations de lamour imposées par Nature -. Lui aussi s'est fait, comme Genius, « prestre » et « interprète » de la déesse Nature, depuis son odelette de 1550 A Madeleine ayant mari vieillart, qui nous semble comme un vestige, ou une réduction savante de certaines chansons médiévales (chansons de toile et chansons de la mal mariée) ^ ; depuis les sonnets de 1552, où il se plaint du « pot Vulcain », du « Vulcain ingrat et sans pitié » qui lui a ravi sa Cassandre, et déplore sans détour la loi du mariage qui le prive de sa maîtresse*, jusqu'à cette élégie de 1584, où, renouvelant les imprécations de J. Second contre le mariage de sa Julie, il fait ressortir parmi les avantages de l'âge d'or célébré par les élégiaques latins — et par J. de Meung et Cl. Marot — celui de l'amour en liberté :

Lors Hymen n'estoit Dieu, et encores le doy Ne cognoissoit l'anneau, le Prestre, ny la Loy. Le plaisir estoit libre et l'ardeur nécessaire De Venus la gcrmeuse estoit par toiit vulgaire,

pocsie française.,. (B. N. Rés. Y, 6117, A. C; réimprimé à Bruxelles, chez Mcrtens, en 1864). Ce dernier recueil contenait entre autres des vers de Marot et de St-Gelais.

1. Ed. Fr. Michel. II, pp. 102 et suiv. ; tf Car Nature n'est pas si sote ] Qu'ele féist nestre Marote | Tant solement por Robichon, | Se l'entendement i fichon... | Ainsi nous a fait, biau filz, n'en doutes, | Toutes por tous et tous por toutes... »

2. L'euiretien entre Nature et son chapelain Genius, où la déesse se plaint de l'homme qui, seul de tous les êtres créés, n'observe pas ses lois, dure plus de 3.000 vers (éd. Fr. Michel, II, pp. ltî8-274). Puis le sermon de Genius m eu l'est d'Amours " a 1200 vers {Ibid., pp. 279 à 314). — .Jean Lemaire a également fait prononcer un sermon du même genre à « l'archiprestre Genius >» dans le Temple de Venus, où les fidèles sont invités à se livrer aux impulsions de l'amour, comme les cerfs, les oiseaux et tous autres animaux « ainsi que Dieu et Nature l'ordonne •> (in-f*^ de 1549, p. 385). Ou je me trompe fort, ou Ronsard a vivement goûté et noté dans sa mémoire toutes ces pages de Jean de Meung et de Jean Lemaire.

3. Bl., II, 414. On trouvera des formes populaires de la chanson de la mal mariée dans les C/iansons du XV' siècle, de G. Paris, pp. 5, 109, 117, 118, 122, 131, 136. Cl. Marot avait traité le même sujet sous les formes du rondeau et de l'épigranime (éd. Jannet, II, pp. 131 et 164 ; III, 63). Mais c'est la mal mariée qui parle dans ces pièces d'un style réaliste et prosaïque, tandis que c'est le poète qui s'adresse à la mal mariée dans la pièce de Ronsard, en la comparant à l'Aurore, épouse du vieux Tithon.

4. Bl., I,pp 108 et 111. Note de Muret : «Vulcain, mari de Vénus, était un jaloux». Ainsi le « Vulcain » dans la poésie de la Pléiade est l'équivalent savant du « .Jaloux » du Roman de la Rose cf. le Discours de l'Ami à l'Amant, éd. Fr. Michel, I. pp. 2S0 et suiv.). — Du reste, parmi les conseils cyniques que la Vieille donne à Bel-Acueil, on trouve la fable de Vulcain surprenant sa femme avec Mars, et Vulcain y est présenté comme le type du mari jaloux, et d'une façon générale, du mari ild., II, pp. 100-102'. L' « Argus » de la Pléiade correspond plutôt au ■■ losengier " de la lyrique courtoise du xni*' siècle, dont le rôle était de découvrir les amours piofanes et de les anéantir (cf. sonnets de Ronsard : Si l'on vous dit, et Entre mes braSj ; d'ailleurs on le trouve déjà dans les Elégies de Marot (éd. Jannet, II, 39).

Sous un arbre, en un antre, en un chemin fourché. Et la honte pour lors n'estoit encor péché. Encores s'ignoroit l'amour acquise à force. Dots, anneaux et contracts, la plainte et le divorce, Et le nom de mary, qui semble si cruel. Et pour un petit mot un mal perpétuel ' .

Ronsard est allé plus loin. Il a exprimé l'espoir que Cassandre Salviati, appelée par son mariage à résider dans le Vendômois et pouvant par conséquent voir de plus près son chagrin d'amour, changerait de sentiment en sa faveur, et, par pitié, sacrifierait le devoir conjugal à ses ardentes sollicitations "-. Quinze ou vingt ans plus tard, il exposait sans la moindre vergogne à une femme mariée les bonnes raisons qu'elle avait d'entrer avec lui en conversation criminelle. Il n'y a point de crime, pour deux êtres que l'amour attire l'un vers l'autre, à « remettre en unies outils de Nature », lui disait-il en lui rappelant d'une façon très peu platonique le mythe de l'Androgyne. Le véritable crime, c'est de

Trahir Nature et raespriser les Cieu.\ Et résister à leur loy vénérable.

Votre honneur ? Vaine excuse, convention, préjugé social, duperie, Honneur icy et vice en autre part !

La loi de notre religion, de notre pays ?

.Severe loy, qui les cœurs emprisonne ! Avez-vous pas la nature assez bonne, Assez de cœur et assez de moyen.

Assez d'esprit pour rompre ce lien ' ?

Et il continuait sur ce ton-là.

Et ce ton-là est celui qu'il a pris avec toutes les femmes qu'il a désirées, mariées ou non : Il faut obéir à Nature comme les passereaux, les colombeaux, les ramiers et les tourterelles :

Voyez deçà delà d'une frétillante aile Volleter par les bois les amoureux oiseaus,

1. BI.. IV, 340 41. Cf. pp 2fi4-fi5 — Properce, III. 13, .33 : His htm Uandiliis furtiva per antra puellae | Oscula sihicolis empta dedere viris... S'ec fiierat nudas poena videre Deas. — J. Second, Eleçj. 1, 7. — Roman de la Rose [éd. Fr. Michel), vers 9180 et suiv. — Marot, rondeau De Vamour du siècle antique 'éd. Jannel. IL p. 162).

3.1d., IV, 321 fEIégie parue en 1569). De la même année date le sonnet Si Von vous dit qu'Argus est une fable (I, 73), où R. me semble bien donner le nom d'Argus au mari dont il vent suborner la femme.

DE RONSARD POÈTE LYRIQUE {Ode légère) 583

Voyez la jeune vigne embrasser les ormeaus Et toute chose rire en la saison nouvelle '.

Ne laissons pas échapper» le bonheur», sous prétexte de vertu ; « ne perdons pas notre plaisir par crainte des lois rigoureuses de l'honneur » ; suivons l'exemple des autres êtres de la création, bien « plus heureux » que l'espèce humaine, car « ils font l'amour sans contrainte » '2. Ne sommes-nous pas comme euv des êtres d'instinct ?

Cest honneur, reste loj' sont noms pleins d'imposture Que vous alléguez tant..., par lesquelz vous ostez Et forcez les présents les meilleurs de Nature, Vous trompez votre sexe et lui faites injure ■'...

Voilà ce qu'il disait à Marie ^, et ce qu'il répéta à Isabeau de Limeuil, à Hélène de Surgères. C'est un des refrains de ses poésies erotiques.

Et cela n'est point du tout dans Marulle, qui écrivait au contraire très sincèrement à sa Néère : « Je ne viens pas souiller ton lit virginal ; ce qui me plaît en toi, c'est moins ta beauté que ta vertu... Malgré tous tes charmes physiques, il en est de plus grands qui te rendent chère à mes yeux... Heureuse celle qui a les dons de l'âme ; ce sont les vrais biens et ce sont les tiens ; tous les autres dons sont de courte durée ^ ». Cela n'est point, à plus forte raison, dans Pétrarque, car cela n'est nullement chrétien. C'est du pur paganisme. C'est l'Eglise quia inventé la théorie de l'amour-péché ; ce sont les moralistes chrétiens qui ont condamné l'amour physique avant le mariage, et même dans le mariage. Ce sont « nos pères rêveurs », dit Ronsard lui-même, qui ont « sottement inventé, faussement imaginé ce frein » pour « dompter les désirs et les plaisirs dont Nature s'esgaye ^ ». Les Grecs pensaient au contraire que les impulsions de « Venus la germeuse », et les actes naturels qui en résultent, non seulement ne sont pas répréhensibles, mais méritent qu'on les vénère, comme toute manifestation de la divinité. Pour les Grecs, l'obéissance aux lois de la Nature, loin d'être une honte, étaitune vertu ; sacrifier à Vénus, c'était faire acte de piété ; d'où le culte, admiré par Ronsard, du « vieil Priape antique, grand Dieu de la génération » ''.

1. Bl., I, 171 : Hé, que voalez-vous dire ? (sonnet de 15561. Var. initiale de 1578 : Vous mesprisez Nature. Cf. pp. 211-12. — Voyez encore l'élégie de 1578 : Voicy le temps, début 'IV, 272).

2. Id., I. 222-24 (chanson parue en 1563). Cf. pp. 273 et 301.

3. Id., I, 384 fsonnet paru en 1578 au deuiième livre des Sonnets pour Hélène).

4. II dit encore qu'elle <■ se peint un honneur dedans son esprit sot » (I, 400). 5 Epigr., II, f» 24, v*, et f" 30, r».

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