‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 393 sur 509 · Bl., I · texte numérisé non relu

Bl., I

7. Id., IV, 323. Il faut prendre la Nature pour guide, tel est le refrain à la fois épi-

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On le voit, le sentiment de la pudeur avait singulièrement évolué en s'élargissant, par suite en s'affaiblissant, de Dante à l'Arétin, de Pétrarque à Ronsard. Le paganisme avait tout envahi au xv"" siècle en Italie, au wi" siècle en France, non seulement les arts plastiques, non seulement la langue et la littérature, mais encore Tesprit et les mœurs. En tout l'homme avait repris contact soit avec la raison, soit avec la nature ; et entre autres énergies, celles du corps avaient jailli avec l'impétuosité des choses trop longtemps contenues. Ce retour à la vie intégrale et naturelle, cette émancipation de l'individu tout entier, tenu en tutelle pendant des siècles, est à nos yeux le caractère principal et essentiel de la Renaissance. Il ne faut donc pas s'étonner que l'amour chanté par Ronsard diffère profondément de l'amour chanté par Pétrarque. Si de temps à autre il paraît pur, au sens chrétien du mot, ce n'est que par un besoin d'imitation. A chaque instant cette chasteté accidentelle et factice se trouve démentie par l'âpre passion du langage ou les audaces d'une ardeur non dissimulée. Les arguments, le geste impatient dont Ronsard a souligné quelques-unes de ses plus pressantes sollicitations, — imaginaires ou réelles, — peuvent nous sembler indécents et même cyniques ; mais il serait puéril, inopportun et injuste de s'en effaroucher. Ronsard n'est ni moral ni immoral; il est amoral, comme la Nature.

K qui et à quoi le doit-il ? On a répondu : à l'ardent et voluptueux Arioste. « Il est tel sonnet d'Arioste, dit ,1. Vianey, que presque tous les poètes de la Pléiade ont voulu refaire. Il est tel de ses vers qui a été l'origine de toute une pièce. A eux seuls les portraits d'Alcine et d'Olympic, généralement combinés ensemble, ont produit toute une moisson de poèmes : sonnets, épîtres, chansons ; on ne peut s'imaginer le nombre de copies que Ronsard et ses amis en ont tiré, ni celui des polissonneries que leur ont suggérées les sous-entendus indécents qu'ils y admiraient. Chez Arioste ils ne goûtèrent rien plus, en effet, que la

curien el antiecclésiastique de Ronsard. Il le dit également quand il a passé l'âge

d'aimer il, 364; cf. II, 378).

A plusieurs reprises Ronsard a regretté l'état de nature et souhaité d y revenir, non

seulement quand il développe le lieu commun de l'âge d'or, mais quand par ex. il

adjure V^illegagnon de ne point aller troubler les sauvages de l'Amérique du Sud sous

prétexte de les civiliser, tirade qu'il termine par ces vers : Vivez, heureuse gent, sans peine et sans souci Vivez joyeusement : je voudrois vivre ainsi ! (VI, 167-68. i

Il est alors toutvoismde J. -Jacques Rousseau.

DE RONSARD POÈTE LYRiQi'E (Ode légère) S35

volupté de ses peintures ; c'est lui qui les encouragea à chanter hardiment l'amour sensuel ; c'est sous son influence principalement que leur pétrarquisme s'éloigna si fort de Pétrarque » '. — Ces dernières lignes paraîtront certainement exagérées et exclusives, du moins en ce qui concerne Ronsard, après l'étude que nous avons faite de son lyrisme erotique. Ronsard est incontestablement le débiteur de l'Arioste ; mais il l'est aussi bien pour une chanson toute pétrarquesque, comme Las je n'eusse jamais pensé , et pour des sonnets non moins subtils et précieux, que pour tel sonnet, telle élégie où Cassandre est déshabillée. Je pense, en outre, que, s'il ne ressemble pas à Pétrarque, c'est plus encore par suite d'autres influences, et que telle ode, comme Je veits Muses aus beaiis yeus, où Cassandre est également mise à nu, ne doit à l'Arioste aucun de ses vers voluptueux. Je pense enfin que certains détails, certains accents, ne sont dus par Ronsard qu'à Ronsard en personne.

M. Vianey a lui-même atténué son opinion dès 1901 dans les lignes suivantes, où il s'agit encore des pétrarquisles français (les platoniciens Scève et Tyard mis à part) : « Ce fut l'Arioste qui les invita à chanter hardiment l'amour toi qu'ils In comprenaient, c'est-à-dire l'amour des sens. Ce fut lui qui demeura à cet égard leur principal maître. Car, s'ils ne tardèrent pas à trourer en dehors de lui des encouragements et des exemples, il est facile pourtant de constater que, même là où ils ont imité d'autres poètes voluptueux comme Jean Second, ils ont songé au peintre d'Olympie, et que là oii ils n'ont imité personne, c'est lui qui leur a pour ainsi dire donné le ton. Et il est permis de regretter qu'ils aient si bien attrapé le ton et si souvent répété la chanson. Mais il est juste de remarquer que leur poésie amoureuse a du moins, grâce à l'Arioste, une sincérité et un intérêt qui manquent à celle des pétrarquistes italiens de la même époque 2. »

Malgré ces réserves, et bien que, dans des études postérieures, il ait signalé l'influence de quelques autres poètes italiens sensuels ^, M. Vianey me semble avoir fait à l'Arioste une trop belle part dans l'impulsion et la direction données à notre poésie erotique renaissante. En ce qui concerne Ronsard, si ses vers d'amour ont cet air de sincérité, cette senteur de renouveau, cette gaillardise dans les idées, les images et les mots, c'est plus encore grâce aux poètes de l'antiquité grécolatine, étudiés directement, à ceux de V Anthologie grecque, à Horace, quilui apprit de bonne heure à être, comme son dieu Faune, Nympha-

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