L LES POESIES LYRIQUES HE PIERRE DE RONSARD
Qui le }>reniier en France a ramené l'usage De sçavoir chatouiller les oreilles des rois Par un luth marié aux douceurs de la vois Qui au ciel égalait sa divine harmonie ' ;
en rapprochant sa propre manière de celle des Marotiques jusqu'à opérer entre elles une souveraine fusion à laquelle il doit le meilleur de son œuvre ; en supprimant enfin radicalement dès la seconde édition (1533) Tinjuste préface de ses Odes et certaines pages du même recueil, trop pleines de mépris pour la « monstrueuse ignorance » des aïeux 2.
Nous pensons donc que si l'on veut atteindre sur ce point la vérité historique, il suffît de s'en tenir à l'opinion de Des Autels, dont l'esprit conciliant, le jugement sur, l'intelligence pondérée ont été loués d'ailleurs par M. Chamard sans restriction 3. Au lieu de déclarer que son œuvre lyrique n'avait rien de commun avec celle de ses prédécesseurs framais, au lieu de prétendre couper le pont entre eux et lui, Ronsard eût beaucoup mieux fait de reconnaître tout de suite que la voie de l'ode avait été frayée par eux. Il eût raisonnablement ajouté qu'en suivant la même voie il se flattait de les avoir dépassés, par tel et tel moyen, et espérait avoir acclimaté le mot et la chose par ce recueil en quatre livres, uniquement composé d'odes, dont une quinzaine à la façon de Pindare, ce qui ne s'était pas encore vu en France. Il pouvait dire : « D'autres avant moi ont parcouru les flancs de la montagne, mais je me glorifie d'avoir atteint des sommets qu'ils n'avaient fait qu'entrevoir d'assez loin *. Je ne suis pas le premier à cultiver le genre de l'ode ; mais je crois avoir mérité d'être appelé le prince A% l'ode. Les plus grands artistes ne sont pas ceux qui innovent, mais ceux qui, reprenant l'œuvre de leurs prédécesseurs, la polissent, l'enrichissent, l'améliorent sensiblement. Ce n'est pas un avantage
1, 377 (1560 ; vil, 39 et 44 (1560; ; III, 353 1565 ; II, 154 (1584'. Du Bellay, lui aussi, eut une très grande estime pour le talent de Des Aulels et la lui exprima dès 1553. Cf. H. Chamard, ihése fr., p. 283.
1. Bocage royal, éd. Bl., III, 355 Ces vers ont été écrits vers 1561. Cf I ode A M. de Sainl-Galais, qui est de déc. 1552, et le début de V Hymne des Astres, qui parut en 1555.
2. Par exemple l'ode Grossi-loi, ma Muse française. L'ode analogue, Puissai-Je entonner un vers, disparut dès la 3 édition (1555;.
3 Thèse française, p. 151. — Des Autels a écrit de lui-même avec une légitime fierté : « Je suis ainsi par la nature incliné et dez mon enfance appris, que, plus soigneusement et de meilleur cceur que par les bois et lailliz le limier ne poursuit la venaison, par toutes diffwultez je pourchasse la vérité : mettant peine de choisir les bonnes et vrajes raisons entre les trompeuses sophisteries qui n'ont que le faulx semblant; cl quand une fois je l'ay trouvée, je l'ayme, je l'honore, je la sers, je l'adore, je la garde, je la deftens, et ne l'abandonne jamais. » Haranrjue au peuple français contre la rebelliun, f" 4 r».)