‹ Ronsard, poète lyriqueChapitre 402 sur 509 · Bl., II · texte numérisé non relu

Bl., II

Horace donne-t-il à ses amis des conseils de prudence, veut-il les détourner de la triple cause de nos peines, delà femme, de la gloire, de l'argent trop ardemment aimés, et les prémunir à la fois contre la bonne et la mauvaise fortune, veut-il s'exciter lui-même au repos, après un travail acharné, il en revient toujours là. L'un de ses arguments favoris est un court tableau de la nature printanière ou estivale, qu'il associe aux distractions innocentes de l'humanité. Ne contribue-t-clle pas pour une large part à égayer notre existence par les sensations agréables qu'elle procure à tout l'être, en particulier au corps ? Le repos dans une retraite où l'on goûte l'ombre et le frais, le verre en main etles (leurs sur la tête, voilà un plaisir éminemment épicurien. Tu mourras, dit-il à Dellius dans l'ode yEquam mémento ; passe donc ta vie gaiement, et, mollement couché sur une pelouse écartée, savoure à longs traits ton plus vieux Falerne. « En ce coin où le pin élevé et le pâle peuplier se plaisent à confondre leurs rameaux et leurs ombrages hospitaliers, oii une onde fugitive lutte en murmurant contre les obstacles de son lit sinueux, qu'on apporte les vins, les parfums et les roses, fleurs charmantes qui durent si peu ; hâte-toi, tandis que le permettent ta fortune, ton âge et les noirs fuseaux des trois Sœurs. » — Bannis, dit-il à Quinctius dans l'ode Quid hellicosus, bannis les inquiétudes de la guerre ou de la politique. Notre vie demande si peu ! Déjà la jeunesse s'enfuit avec la grâce ; déjà les amours folâtres font place à la vieillesse. La fleur ne conserve pas toujours sa fraîcheur printanière. « Pourquoi, couchés négligemment sous un haut platane ou à l'ombre de ce pin, la tête parfumée de roses et brillante de nard assyrien, ne buvons-nous pas tandis qu'il nous est loisible ? Bacchus dissipe les soucis rongeurs. Qui des esclaves va le premier rafraîchir ces coupes d'ardent Falerne au cours du ruisseau ? Qui va chercher au fond de sa retraite la courtisane Lydé? Allons, dis-lui qu'elle accoure avec sa lyre d'ivoire, les cheveux noués sans art à la façon lacédémonienne. »

Ronsard a refait dix fois ce développement, avec plus ou moins de succès, mais toujours avec un accent personnel qui ne peut nous tromper sur ses goûts intimes. Tôt ou tard tu mourras, dit-il dans une ode de sa vingtième année .1 un sien ami fasché de suivre la Court :

Donques un jour ne laisse Voler sans ton plaisir.

L'importune vieillesse Court tost pour nous saisir...

Pour tuer le souci Qui rongeoit ton courage Asséons nous ici Sous ce mignard ombrage.

DE RONSARD POÈTE LYRIOl'E (Ode lérjèrf) o7l

Voy pies de ce rivage Quatre nymphes qui viennent A qui tant bien aviennent Leurs corsets simplement, Et leurs cheveus qui tiennent A un nœud seulement.

Hc, quel pasteur sera-ce Qui au prochain ruisseau Ira rincer ma tasse Quatre ou cinq fois en l'eau ?

D'autant ce vin nouveau Efface les ennuis Et fait dormir les nuis :

Autrement la mémoire De mes maux je ne puis Estranglcr qu'après boire '.

A trente ans Ronsard écrit l'ode A Conjdon : « J'ay l'esprit tout ennuyé... », qui procède de la même inspiration horatienne. Il est vrai qu'à ce moment-là il connaît et imite VAnacréon de H. Estienne. Mais c'est le souvenir de l'ode à Dellius qui le poursuit et qu'il combine avec d'autres réminiscences d'Horace. Si l'ensemble, surtout le début, rappelle de loin l'ode Tî jjl: toj; vojjloj^ oiôiixsis -, si les derniers vers paraphrasent la fin de l'ode Oj .xoi [jtiXst rôyao ^. on chercherait vainement dans ces vers grecs certaines expressions de la mort imminente, et le site pittoresque, le cadre n-aturel où le poète se repose, se restaure et boit frais. On les trouve au contraire dans Horace *. Ce sont d'ailleurs les détails personnels qui dominent : l'étude des Pbpnomènex

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