Bl.. Il
2. Voici la trad. de celte ode anacréontique ; « Pourquoi m'enseigner les lois et les principes de la Rhétorique * Que me font tous ces discours inutiles * Enseigne-moi plutôt à boire la douce liqueur de Bacchus. Enseigne moi plutôt à fol.itrer avec Aphrodite la dorée. Des cheveux blancs couronnent ma tète ; donne de l'eau, verse du vin, enfant, et assoupis mon àme Tu m'enseveliras d'ici peu; un mort ne désire plus rien. »
3. Voici la fin de celte ode anacréontique : " ,Ie ne me soucie que du .jour présent ; qui peut connaître le lendemain ' Donc, pendant qu'il est lenips encore, bois et joue aux dés, et fais des libations à Bacchus, de peur que la maladie survenant ne te dise ; Il ne faut plus boire. »
4. Les vers 12 à 16 viennent sûrement des vers 21 à 24 de l'ode ,-Eqttam mémento. L'idée de faire apporter à boire dans un lieu frais et riant vient également de là Le mouvement du milieu, l'apostrophe à Corydon viennent de deux ou trois vers d autres odes : /, pete unguentum, puer, etcoronas | El cadum Marsi memorem daelli (lll, 14i ; Persicos odi.puer. apparalus 1 1. 38 . Entin l'énuméralion des mets que H. préfère à la viande rappelle de loin ce passage d'une autre ode : Me pascunt olivae I Me cichorea, levesque malvae 'ï, 3V , qu'il a directement transposée ailleurs Bl., Il, 235 . Peut-être aussi s'est-il inspiré d'une énumération plus détaillée et succulente qu'il avait lue dans les Carmina de Flaminio : Hir fontem prope uilreiim sub timbra.. . (éd de 1552, p. 208i.
Ronsard semble avoir eu un goût très vif pour les repas sur l'herbe. Cf. les sonnets Le sang fut bien maudit et Je aeuT me souuenant (Bl., I, 45 et 159), l'ode Nous ne tenons en nostre main (IL 352\
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d'Arâtùs sur lesquels Ronsard a pâli, le besoin qu'il ressent d'aller s'ébattre dans la campagne voisine de Paris, l'énumération des mets simples et rafraîchissants qu'il préfère en été, les préparatifs, dont il charge Corydon, d'un bon repas près de la fontaine d'Arcueil :
Cor3'don, marche devant, Sache où le hon vin se vend, Fais après à ma bouteille Des fueilles de quelque treille Un tapon pour la boucher :
Ne m'achette point de chair, Car, tant soit elle friande, L'Esté je bai la viande.
Achette des abricos, Des pompons, des artichos, Des fraises et de la crème ; C'est en Esté ce que j'aime Quand sus le bord d'un ruisseau Je les mange au bruit de l'eau, Estendu sur le rivage Ou dans un antre sauvage.
Va-t'en à Hercueil après :
Mets la table la plus près Que pourras de la fonteine :
Mets y la bouteille pleine Pour refraichir dans le fond :
Apres, ourdis pour mon frond (sic) Une couronne aussi belle Qu'à Bacus, fils de Semelle, Quand il dance : après, sans fin Verse en mon verre du vin Pour estrangler la mémoire De mes soucis après boire.
Ores que je suis dispos Je veus boire sans repos, De peur que la maladie Un de ces jours ne me die.
Me hapant à l'impourveu :
Meurs gallant, c'est assés beu '.
A la même époque, Ronsard complétait sa pensée dans l'ode A Chr. de Choiseuf, où il décrit le vrai bonheur d'après les odes à Dellius et à Quinctius, mais aussi tel qu'il le réalisait alors personnellement. Que la mort serait cruelle, dit-il, de venir me prendre au moment où je jouis
1. Cf. BI., II, 163. Je cite le texte du Bocage de 15Ô4 Ronsard a supprimé dès 1560 les douze vers qui commencent à ; " Va-t'en à Hercueil », parce qu'ils faisaient double emploi avec d'autres passages de ses Odes.
DE KûNSAKD POÈTE LYRIQUE {Ode légère) 573
pleinement de lajeunesse et de la santé ! Heureux celui qui vit comme moi, buvant, riant, dansant, écrivant, « nourri de plaisirs, content de son bien, faisant envers Dieu son ofTice et servant son Prince », sans autre préoccupation que de chercher une solitude sereine, de s'endormir « en quelque grotte sauvage, ou le long d'un beau rivage », et de chanter « l'amour de s'amie * ! »
A trente-cinq ans il termine ainsi la 4'' ode .4 Guspar d'Aucer-yne :
Tant seulement je désire Une santé qui n'empire : Je désire un beau séjour.
Une raison saine et bonne, Et une lyre qui sonne Toujours le vin et l'amour '.■
A quarante ans il répète ces vers, en les développant, dans la lin de l'ode A Mons'' de Verdun, dont nous avons déjà cité deux strophes :
Sois gaillard, dispost, et joyeux,
Ny convoiteux, n3- soucieux
Des choses qui nous rongent lame...
Neromps ton tranquille repos...
N'ayes soucy du lendemain ..
Couche toy à l'ombre d'un bois, Ou près d'un rivage, où la vois D'une fontaine jazeresse Tressaulte, et, tandis que tes ans Sont encore et verds et plaisans, Par le jeu trompe la vieillesse.
Car incontinent nous mourons ■'...
Entin, quand la cinquantaine est venue, quand la mort s'est sensiblement rapprochée et que Ronsard a été plusieurs fois déjà comme elfleuré par elle, alors ses exhortationsaux jouissances semi-matérielles, semi-intellectuelles, se reproduisent plus personnelles, plus pressantes, et, s'il se peut, plus précises, toujours mêlées d'ailleurs à des considérations morales sur la nécessité de renoncer à « l'avarice », à « l'ambition » et autres passions déprimantes ; par exemple dans l'ode /l Simon Nicolas, qu'une lièvre violente avait failli enlever, lui aussi :
Nicolas, faison bonne chère Tandis qu'eu avons le loisir :