Ibid
374 SOLRCES ET ORIGINALITÉ
Trompou le soin et la misère, Ennemis de nostre plaisir...
J ay raclé de ma fantaisie Le monde au visage éhonté.
Pour vaquer à la Poésie Quand j'en auray la volonté...
A toutes les fois que l'envie Te prendra de boire, reboy :
Boy souvent, aussi bien la vie N'est pas plus longue que le doj...
... Il n'3' a part qui ne chancelle Quand les hommes deviennent vieux.
Puis la mort vient, la vieille escarce: Alors un chacun se repent Que mieux il n'a joué sa farce :
Mais bon temps à Dieu t'y command' '.
Il y a des jours de réjouissance exceptionnelle, qui empruntent à certaines circonstances particulièreiiieiit heureuses leur caractère d'exubérance, et dont lagailé, faite d'une émotion quasi solennelle, va jusqu'à l'enthousiasme. Chez Horace et chez Ronsard, ce n'est pas seulement le retour de la belle saison, ou tout autre anniversaire, qui provoque celte joie et les invite à prollterde leur bon temps -. C'est aussi le retour de la paix, c'est le retour d'un ami, que les exigences delà guerre ou de la politique avaientéloigné.w Maintenant il fautboire, avait dit Horace à ses amis après la victoire d'Actium ; maintenant il faut frapper la terre d'un pied libre ; maintenant le moment est venu d'honorer les dieux par des festins saliens. Auparavant il eût été impie de tirer le Cécube des celliers de nos pères, alors qu'une reine méditait la ruine insensée du Gapitole et la tin de notre empire '^... » Ronsard commence par le même mouvement joyeux l'ode qu'il adresse .4 Maclou de la Haie après le traité d'Ardres :
Il est maintenant tens de boire, Et d'un dous vin oblivieus ' Faire assoupir en la mémoire
1. Bi., II, 349-50. Le dernier vers signifie : Que Bon -Temps le recommande à Dieu, iulercède pour toi auprès de lui, au moment où la mort viendra. — Bon-Temps était un personnage traditionnel cité souvent dans les Farces tt les Soties ; il dêsigaail le temps uù l'on vivait heureux ; il était le mari de la Mère folle ; les vignerons de Bourgogne l'avaient pris pour le symbole de la joie,
2. V. par ex. Hor., odes à Sextius. Solvitur acris ; à Mécène, Martiis caelebs ; à \'irgile, Ja;/t Veriscomites. — Bons., odes Du jour natal de Cassandre ; de iAuant venue du printemps ; et surtout la chanson Quand ce beau printemps je voy.