Carm., IV. VI, Un ; II, 7, fin ; I, 2^. début
2. BI , H, 4J9-G0. Pour le vers antépénulliènie la vraie leçon est bien secoure, vieil intiuilir pour secouer (d'où le participe fréquent serons
3. Carm., 1, 36. vers lia 16 ; II, 7, vers 17 et suiv ; III, 14, vers 13 et suiv. i.ld., II, 11, vers 18 et suivants.
DE RONSAKH PuÉTK LYRioiic (Ode légère) 577
modernes ; remplacez la Ijre d'ivoire par un luth, et la coiffure de Lacédémone parcelle de Florence ou de Venise; mettez au creuset, condensez le tout, et vous aurez l'ode Du retour de Maclou de la Haie, où la fusion et la transposition des réminiscences est encore une fois si remarquable qu'on dirait ces deux strophes sorties entièrement de l'imagination et du cœur de Ronsard :
Fai refreschir le vin, de sorte Qu'il passe en froideur un glaçon.
Page, et que Marguerite aporte Son Luc pour dire une chanson :
Nous ballerons tous trois au son :
Et dis à Jane qu'elle vienne ', Les cheveus tors à la façon D'une follatre Italienne.
Ne sens-tu que le jour se passe ?
Et tu ne te vas point hastant !
Qu'on verse du vin en ma tasse :
A qui le boirai-je d'autant ?
Pour ce jourdui je suis contant Qu'un autre plus fol ne se treuve Revoiant mon Maclou, que tant J'ai connu seur ami d'épreuve '-.
Ronsard a bien vu que le principal charme des odelettes d'Horace rappelées tout â 1 heure résulte du mouvement, de l'entrain, produits par les ordres, les interrogations, les exclamations d'un sage épicurien qui connaît le prix du temps ; il les a conservés dans sa brève adaptation. Même verve entraînante, et par les mêmes moyens, dans une ode où il fête encore le retour d'un ami, mais d'un ami purement intellectuel, qui revenait de loin, qui ressuscitait après des siècles (du moins il le croyait), du « gentil » Anacréon, père des poètes érotico-bachiques ;
Nous ne tenons en nostre main Et, pendant que nous desirons
Le futur, ni le lendemain : La faveur des Rois, nous mourons
La vie n'a point d'asseurance. Au milieu de nostre espérance.
1. Ce texte est celui de 1555. On lisait en 1530 : « Et di à Cassandre quel'vienne. » Pai-l'tieureuse variante de 1555, non seulement un hiatus et une élision disparaissaient, mais encore l'honnête Cassandre n'était plus assimilée à la buveuse éhontée Damalis. à la chanteuse Xéère, à la courtisane Lydé du poète latin. On lit en 1584 aux vers 3 et 6 : >■ Fay venir Janne, qu'elle apporte... Et dy à Barbe qu'elle vienne... «
2. A partir de 1578 il n est plus question de Maclou de la Haye dans cette odelette ; le litre est supprimé et on lit cette deuxième strophe uniquement cpicurieune et bachique : >■ Ne vois tu que le jour se passe '.' | Je ne vy point au lendemain : | Page, reverse dans ma tasse, | Que ce grand verre soit tout plain. | .Maudit soit qui lauguiteii vain : | Ces vieux Médecins je n appreuve : | Mon cerveau u'est jamais bien sain, | Si beaucoup de vin ne l'abreuve.
PIEKHE DE KONS-VaU. 37
378 SOURCES ET ORIGINALITK
L'homme, après son dernier trespas, Fai moi venir d'Aurat ici,
Plus ne boit ne mange là-bas, Paschal, et mon Rangeas aussi.
Et sa grange, qu'il a laissée Charbonnier, et toute la troupe :
Pleine de blé devant sa fin. Depuis le soir jusqu'au matin
Et sa cave pleine de vin Je veus leur donner un festin
Ne lui viennent plus en pensée. Et cent fois leur pendre la coupe
Eh, quel gain apporte l'esmoi ? Verse donc, et reverse encor
Va, Corydon, appreste moi Dedans cette grand'coupe d'or.
Un lit de roses épanchées : Je vais boire à Henri Estienne,
Il me plait pour me defacher Qui des enfers nous a rendu
A la renverse me coucher Du vieil Anacreon perdu
Entre les pots et les jonchées. La douce lyre Teîenne '.
Les deux premières strophes, dont la mélancolie résignée fait ressortir la vivacité des strophes suivantes, sont une imitation originale du Carpe dievi et des vers bien connus de l'ode à Sextius : Vitae sumrna brcvis spem nos velat \ Inchoavc lunijam... Nec régna vini sortiere laiis-. Les autres rappellent de près ou de loin les invitations à boire que nous avons extraites d'Horace ; on y retrouve les Sparge rosas, Jnsanire juvat, 1 pelé unguentum puer, Quis eliciel Lyden, Dic agematuret, Dic et properet Neaerae, Levia Massico ciboria expie ^. Mais, outre que ces thèmes sont fondus insensiblement et revêtus d'une forme nouvelle, au lieu de courtisanes élégantes et harmonieuses, au lieu de Damalis la buveuse, de Neaera la chanteuse, de Lydé la joueuse de lyre, ce sont les membres de la Brigade, c'est Dorât le maître vénéré, ce sont les condisciples et les frères en Apollon que notre poète convie, avec quelle joie sincère ! au festin anacréontique.
Le raisonnement que Ronsard tient à ses amis pour les exhortera se donner du bon temps : Nous mourrons bientôt, peut-être demain ; hàtons-nous donc et jouissons de la vie pendant que nous le pouvons, — il le tient également à ses maîtresses. Mais ce raisonnement prend alors un caractère très particulier, la femme étant elle-même l'une des
1. C'est le texte primitif (1554,, sauf quelques modifications oithogr. Les vers 2 et 3 de la quatrième strophe sont ainsi transformés en 1560 " Grevin. Belleau, Hiiyt aussi I Et toute la Musine troupe » ; en 15G7. Grevin est remplacé par Grujet ; à partir de 1578 le vers 2 est sinipleinent : « Fais y venir Jodelle aussi. » — Au dernier vers de cette même strophe, on lit pendre dans toutes les éditions du xvi'^ et du xvn*^ (sauf celle de Rouen 1557, qui donne tendre).
2. Carm , 1, 4. vers 22 et suiv. — Cf. l'ode à Torquatiis, IV, 7, vers 17 et suiv.
3. Voyez encore pour la quatrième str. l'ode à Mécène, 111, 8, vers 13 et suiv.
DE RONSARD HÛÈTE LYRIyLE (Ode li'gère) 579
sources, l'un des instruments de la joyeuse vie. Avec elles le Carpe diem devientle Carpe, (lorem ;avec elles il n'est plus question de boire ni de fesliner ; il s'agit de tout autre chose, dont elles sont seules dispensatrices et qu'elles refusent souvent pour de multiples raisons. Et puis ce plaisir qui vient d'elles est beaucoup plus fugitif que les autres : il dure ce que durent chez les deux sexes la vigueur et la fraîcheur physiques, nouveau motif pour qu'il soit désiré plus vivement et accordé plus vite. A elles Ronsard ne dit plus seulement : Nous mourrons bientôt, — mais : « Nous vieillirons bientôt, nous vieillissons tous les jours ; hàtons-nous donc de goûter les plaisirs de l'amour, pendant que nous sommes jeunes, vous et moi ; le jour est proche où il ne sera plus temps, où vous ne pourrez plus aimer ni être aimée ; alors il ne vous restera que l'inutile regret d'un refus dédaigneux. » Ce n'est plus seulement comme tout à l'heure un simple conseil de philosophe épicurien, un avertissement relativement désintéressé et un moyen de consoler autrui. C'est le rappel de la déchéance rapide des charmes extérieurs, auxquels le beau sexe tient le plus ; c'est l'évocaiion troublante de l'outrage irréparable des années, parfois même d'un avenir désolé, fait d'abandon et d'oubli ; bref, une série d'arguments at/ fcminam, s'ajoutant à ceux que Ronsard a tirés, nous l'avons vu, du spectacle de la Nature animale et végétale, dont nous devons suivre en amour l'exemple et la loi.
Mais ici Horace ne suffit plus à rendre compte de l'inspiration de Ronsard. Aux réminiscences horatiennes vinrent se joindre en grand nombre, dès les premières années, celles des élégiaques alexandrins, latins, néo-latins et italiens. Et cela se comprend, Horace ayant traité ce thème avec beaucoup moins d'abondance que Tibulle, Properce, Ovide, MaruUe, J. Second, et s'étant arrêté plus volontiers aux chansons à boire. Nous avons étudié ci-dessus à propos des « baisers » quelques-unes des odelettes qui dérivent de ces sources-là. Nous n'en retiendrons ici que la moralité. Elle est exprimée déjà très nettement à la fin d'une ode de 1550 A Cassandre : « Nimphe aus beaus yeus... »
Incontinent nous mourrons, et Mercure Nous con voira sous la vallée obscure... Donc cependant que l'âge nous convie De nous esl)atre, esgayon nostre vie.
Ne vois-tu le temps qui s'enfuit.
Et la vieillesse qui nous suit ?
C'est exactement ainsi qu'Horace parlait à Sextius, à Thaliarque, à Dellius, à Quinclius, à Posthumus, à Mécène, à Torqualus, les invitant à boire et, d'une façon générale, à se divertir ; et, si nous ne pos-
380 SOVRCES ET ORIGINALITÉ
sédions ni le titre ni les trois premières strophesde cette odelette, nous pourrions croire que Ronsard y conviait de même l'un de ses amis à quelque partie de campagne reposante, ou à quelque réjouissance gastronomique. Mais Properce avait tenu ce langage à Cynthie au beau milieu d'une nuit d'amour, J. Second à Julie, puis à iNéère ; Honsard les suivit quand il sollicita les baisers de Cassandre. N'était-ce pas toujours une invitation à boire sans tarder une coupe enivrante, à prendre une bonne place au banquet de la vie ? Nous savons quel gourmet fut Ronsard en ces manières de festin.
Si l'invitation au plaisir est restée sans efl'el, et que le poète éconduit revienne à la charge, alors l'argument se corse et le ton change : exemple, l'ode de looU A Janne impiloialile, où pour la première fois Ronsard comparait les beautés éphémères de la femme aux charmes éphémères de la rose, et présentait cette idée que le temps est le grand I vengeur des amants dédaignés '. Horace sert encore de modèle, mais il est aisément dépassé, comme on peut le voir en confrontant le texte latin et la paraphrase française (je cite la rédaction de 1360) :
Ad Lii/uruiiini
O cruJelis adhuc, et Veneris wuneribus O grand beauté, raais trop outiecuidée
[potens, Des presens de \'enus,
Insperata tiiae quant veniet pluma sui}erbiae, Quand lu voirras ta face estre ridée Et, quae nanc humeris inuolilant, deciderint Kt tes flocons chenus,
jconme, Contre le temps et contre to}' rebelle Kunc et qui co/or est puniceae ftore prior Diras en te tançant :
[rosne <' Que ne pensois-je alors que j'estois belle Mulatas Liyuriluim in faciem uerteril his- Ce que je vais pensant .'
[pidam. Ou bien pourquoi à mon désir pareille Dices : « lieu ' quoties te in specnlo videris Ne suis-je maintenanl ?
[atteruntj La beauté semble à la i-ose vermeille (Jaae mens est hodie, car eadeni non puero Qui meurt inconlinent. ■■ —
\t'uit ? \'oilà les vers tragiques et la plainte Vel car his animis incolunies mm redeunt Qu'au ciel tu envoyras,
[yenae ? » Incontinent que ta face dépainte Par le temps tu voirras.
Tu sçais combien ardemment je t'adore.
Indocile à pitié, Et tu me fuis, et tu ne veux encore Te joindre à ta moitié...
Est-il besoin de faire sentir la difîërence ? Elle n'est pas seulement dans le rythme, dans l'addition d'un quatrain de résumé, dans le déplacement de la comparaison de la rose, bien mieux mi.se en lumière,
1. On trouve, il est vrai, la première ébauche de ce fameux thème lyrique dans l'ode du premier Bocage (15501, Puisque la mort. Mais Ronsard, développant à un ami, d'après Horace, le lieu commun de la mort inéluctable, s'était contenté d y comparer la jeunesse en général à o la rose du printemps, | A qui la naissance est ravie | Et la grâce tout en un temps », sans faire la moindre allusion à la beauté féminine eu particulier, ni aux rides vengeresses.
PK HONSARM PORTK LYIUOI'E (Odo Irr/i^rr) ."SI
dans l'adjonction d'ua nouveau développement, dont nous avons cité les premiers vers. Elle est surtout dans ce fait que Ronsard s'adresse, non pas à un mignon imberbe, mais à une femme, dont les rides et les cheveux blancs remplacent avantageusement la barbe rude et la calvitie de l'éphèbe latin devenu vieux. Voltaire dans son épîlre à Horace « n'a pas osé lui parler de son Ligurinus ». Nous garderons la même réserve. Nous dirons seulement que, si l'imitation de l'ode à Ligurinus n'était pas ici flagrante, nous eussions préféré rappeler la complainte chantée par Horace devant la porte de Lycé, une mal-mariée qu'il essayait vainement de fléchir : « Abandonne cette fierté que Vénus désavoue... Epargne-moi, beauté plus dure que le chêne » ', ou bien l'odelette où il prie Vénus de toucher de son fouet divin l'altière Chloé - ; nous eussions préféré pour point de départ ces mots de Daphnis à la jeune fille de Théocrite : « Ne sois pas si fière, bientôt ta beauté passera comme un songe », ou cette épigramme de Callimaque : «... Quoi ! pas le moindre sentiment de pitié... .Mi I cruelle, bientôt les cheveux blancs te rappelleront toutes ces rigueurs et me vengeront », reprise et développée par Uufln, par Agathias, par tant d'autres poètes de VAnlhologie grecque ^.
On connaît l'adieu à Cynthie qui termine le troisième livre de Properce : « Que l'âge appesantisse sur ta tête des années que tu voudras cacher, et qu'il trace d'affreux sillons sur ton visage ! Qu'alors tu brilles d'arracher jusqu'à la racine tes cheveux blancs, devant un miroir qui te reprochera tes rides ; sois repoussée ; connais à ton tour les orgueilleux dédains, et subis dans une vieillesse chagrine le traitement que tu m'as fait subir... » C'est une violente imprécation d'amant passionné qui finit par ha'ir l'objet de sa passion. On en trouve l'écho prolongé dans une élégie de .1. Second relative à cette .Julie qui le délaissa pour un indigne mari : « lin jour viendra, mais trop tard, où tu seras punie de ton lier dédain; tu pleureras l'erreur de ton jeune âge ; quand fuseras vieille, quand fa tète, ma foute belle, sera sillonnée de larges rides, qu'une pâleur livide altérera les traits vieillis, et que, filant d'un pouce tremblant la laine de ta quenouille, tu tourneras le lourd fuseau. Vénus regardera en riant tes larmes séniles, et
1. Carm.. III, 10. C'est une variété de cliaiison que les Grecs appelaient TTxpazXat'J- T'.O'jpov, c'est-à-dire lamentation devant une porte fermée. Il y en a plusieurs exemples dans 1.4 nl/io/. gr., chez les élégiaques latins et néo-latins (v. par e.\. Pontano, Amor.. I. Carmen nocturnum ad fores piiellae ; Qiieritur anie limen puellae'. Ronsard a imité celle d'Horace dans le milieu de l'ode A Cupidon pour punir Janne cruelle (BI. II, 220 .
2. Ibid.,26. Ronsard s'en est souvenu à la fin de l'ode A Janne impitoiablc.
3. IdylleXXVU — Anthol. gr.. Epigr. erotiques, n<" 23, 92, 273, etc. — Avant Ronsard, Cl. Marot avait indiqué très discrètement ce thème dans le cinquain O cruaulté
l'Amour léger applaudira, secouant son carquois ; tous les jeunes gens et moi, nous jouirons de ta disgrâce. 0, comme je souhaite que ce jour luise avant ma mort* !... » Or, on trouve l'écho de cet écho dans mainte pièce de Ronsard, depuis l'ode de sa vingt-cinquième année A Jannp impitoiable, iusqu'au sonnet de sa cinquantième, Quand vous serez bien vieille. Et ceci soit dit sans intention de blâme ; carie cri de colère de Properce, répercuté par Second, s'est heureusement atténué chez Ronsard, jusqu'à se réduire à un bon conseil, à une réflexion attristée, qui n'est pas moins artistique, l'est peut-être davantage, en tout cas a sa beauté propre, immortelle. Ronsard était trop galant pour avoir de ces accents sauvages, pourtant humains ; il n'aimait pas assez passionnément pour haïr les jeunes filles ou jeunes femmes inaccessibles ou infidèles : il se contenta donc de les avertir que le déclin est imminent ou que la mort est proche, et dans cet avertissement, qui recèle à peine une menace, il mit encore une prière, parfois une caresse -. Ce ton adouci, suggestif et persuasif comme celui qu'on prend avec un ami, n'est pas le moindre charme de la fameuse odelette .4 Cassandre, Mignonne^ allon l'oi»-.. ., qu'on ne se lassera pas d'admirer.
Mignonne, allon voir -si la rose Qui ce matin avoit déclose Sa robe de pourpre, au Soleil, A point perdu celte vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vostrc pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place Las, las, ses beautés laissé cheoir !
O vraiment marâtre Nature, Puis qu'une telle Heur ne dure Que du matin justjues au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne.
Tandis que vostre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté.
Cueillez, cueillez vostre jeunesse ; Comme à cette fleur la vieillesse Fera ternir vostre beauté.
logée en grand beauté <éd. -Jannet. II, 189) ; on le trouve encore dans les poésies de G. Colin Bûcher éd. Denais p. 100). — tienibo avait de son côté paraphrasé l'ode d'Horace à Ligurinus. dans le sonnet O superbu e i-ritdete Mais il en a laissé la comparaison de la rose, et je ne crois pas que Ronsard lui doive rien pour son ode A Janne impitoiahle. bien que les lîinie fussent un de ses livres de chevet.
1. Eleg., 11.8, in fine ; cf. I, 5. passage cité plus haut p. 528) où Second a 1res habilement mélangé à ses réminiscences de Properce celles d'Ovide et de \ Anihot. gr.
2. 11 ne s'est guère départi de celle attitude que dans le début un peu vif du sonnet de 1555 Vous ne le voulez pas ; encore la fin est-elle résignée et relativement calme.
DE RONSARD POÈTE LYRIQUE (Ode l.égrre) S83
Pour apprécier cette odelette à sa juste valeur, il est nécessaire de rappeler qu'elle revêt d'une forme nouvelle un lieu commun aussi vieux que la poésie lyrique elle-même, et ce serait trop peu de citer seulement, comme l'a fait Richelet dans son commentaire, trois vers de Némésien et un distique du néo-latin Angeriano '. Sans remonter jusqu'au fragment célèbre où Mimnerme gémit sur la brièveté de la jeunesse en général, ni même au passage de Théocrite où un « homme très amoureux », sollicitant un « éphèbe farouche », compare la beauté de l'enfance à la rose, à la violette et aux lis si vite fanés -, relisons quelqufiS-UDS des nombreux poètes qui ont appliqué ce thème' à la jeunesse et à la beauté de la femme, nous bornant à ceux que Ronsard avait certainement lus avant le printemps de 1533, date où parut sa pièce.
TibuUe à Délie : « D'ici là, tandis que le destin le permet, que l'amour nous unisse ; bientôt viendra la mort, la tête couverte d'un sombre voile ; bientôt nous surprendra làge de l'impuissance; l'amour et les paroles caressantes ne siéront plus à nos têtes blanchies. C'est maintenant qu'il faut servir la folâtre Vénus. » Le même à Pholoé : « Hélas ! il est trop tard pour rappeler l'amour et la jeunesse quand la blanche vieillesse a flétri une tête âgée. Alors on veut se faire belle... Pour toi, tandis que ton printemps est dans sa fleur, jouis-en, car il fuit à pas précipités^. » Properce à Cynthie ; « Tandis que lesdestins le permettent, rassasions nos yeux d'amour ; une nuit éternelle approche, un jour sans lendemain... 0, n'abandonne pas la jouissance de la vie, pendant que tu peux la goûter ; si tu me donnes tous les baisers, ce sera encore peu ; semblables aux pétales qui tombent des guirlandes fanées et surnagent çà et là dans nos coupes, peut-être verrons-nous, amants si présomptueux aujourd'hui, notre carrière se fermer demain *. » Ovide aux jeunes domaines : « Songez dès maintenant à la vieillesse qui va venir, et vous ne perdrez pas un instant. Tandis que vous le pouvez, et que vous en êtes encore à votre printemps, arausez-vous : les années s'écoulent comme l'eau ; le flot qui fuit ne remontera pas vers sa source, l'heure qui fuit ne peut revenir. Profitez du bel âge, il s'envole si vite ! Chaque jour est moins beau que le précédent. Là où se dessè-
1. Némésien, égl. IV (attribuée depuis à Calpurnius, égl. XI\ vers 21 et suiv. Pour Angeriano, v. ci-après, p 587, n 4. Ce ne sont pas d'ailleurs les vraies sources.
2. Idylle XXIII. Pour le fragment de Mimnerme, cf A. Croiset. Litt. gr., II. p. 116.
3. Livre I, élégie 1, vers 69 et suiv ; élégie S, vers 41 et suiv. — Cf. I. 4, vers 27 et suiv , qui contiennent celte apostrophe aux dieux, prototj'pe de l'apostrophe d'Ausone et de Ronsard à la Nature : Crudeles Diiti ' serpens nouus exiiil annos | Forniae non ullani fata dedcre moram (Ronsard les a repris textuellement à la fin du sonnet Celle de qui l'Amour'.
4. Livre II. élégie 15, vers 23-24 et fin. — Cf. liv IV, élég. 5, vers 57-60, fin du discours de la " lena » Acanlhis à Cynthie. .i .
chent des broussailles, j'ai vu un champ de violettes ; ce buisson épineux me donna jadis une suave couronne. Un temps viendra où toi, qui repousses aujourd'hui ton amant, fu grelotteras la nuit sur ta couche solilaire de vieille ; alors les rivaux dans leur querelle nocturne ne briseront plus ta porte, et le matin tu ne trouveras plus ton seuil jonché de roses. Combien vite, hélas ! le corps se couvre de rides, et disparaissent les couleurs qui brillaient sur le visage ! Combien vile ces cheveux blancs, qui, dis-tu, datent de ton enfance, te couvriront toute la tête!... Cueillez donc une fleur, qui, si vous ne la cueillez, se flétrira et tombera d'elle-même '. »
Mais voici du nouveau, \usone nous transporte dans un jardin, au milieu de rosiers, couverts de la rosée matinale et colorés des mêmes teintes que l'Aurore; en quelques instants nous assistons avec lui à l'éclosion des boutons, à leur développement, à leur épanouissement, à leur décadence et à leur chute : spectacle attristant, dont il se plaint à la Nature. Sa conclusion est la même que celle d'Ovide, mais le vieux lieu commun se trouve du coup singiilièrementrajeuni : «... Le moment était venu où les germes naissants de ces fleurs allaient s'ouvrir dans le même temps. L'une verdoie, couverte encore d'un étroit chapeau de feuilles ; l'autre se nuance déjà d'un mince filet de pourpre. Celle-ci commence à laisser voir la cime effilée de son cône, dégageant la pointe de sa tête pourprée ; celle-là déployait les voiles amassés sur son front, désireuse de montrer un à un ses pétales : sans retard, elle découvre la beauté de sa riante corolle et livre au jour le pollen compact et doré qu'elle renferme. Mais une autre, qui venait de briller de tous les feux de sa chevelure, pâlit abandonnée de ses feuilles qui tombent, ,1e m'étonnais des rapides ravages du temps dans sa fuile, de voir ces roses en même temps éclore et vieillir. Voici encore que la chevelure pourpre de la fleur radieuse se détache pendant que je parle, et la terre brille jonchée de sa rouge dépouille. Toutes ces formes, toutes ces naissances, toutes ces transformations variées, un seul jour les produit, un seul jour les enlève. Nous nous plaignons, Nature, que la beauté des fleurs soit fugitive : tu étales a nos yeux des richesses que tu ravis aussitôt. L'espace d'un jour, voilà ce que vivent les roses : la puberté
1. Ars amat , 111, vers 59-80. Cf. dans le livre II, les vers 113-118, où sont opposés les dons périssables du corps à ceui de Tespril que le jeune homme doit cultiver — Cf. Amor., lib. 1, élég. 8, vers 49 et suiv., paroles delà « lena » Dipsas à Corinne. Je renvoie aux conseils cyniques de Dipsas et d'.Acanthis, parce que ces deux proxénètes sont les originaux de la Vieille du Roman de la Rose, et que, si étonnant que cela soit, rien ne ressemble plus à l'odelette de Ronsard que ces quatre vers d'.^canthis : Daw uernat san/jiii'.s, dum rugis integer annas, \ l'tere, ne guideras lihei ah ore dies- j Vidi ego odorali vicliira rosaria PaeUi ] Sub matutino coetajacere .Vofo.
DE RONSARD POETE LYRIOI E (Ode Iprjrrr) 58o
pour elles touche à la vieillesse et à la mort. Celle que l'astre du malin a vue naître, le soir à son retour il la voit flétrie... Jeune fille, cueille les roses pendant que leur fleur est fraîche et que fraîche est ta jeunesse, et souviens-toi que tes années passeront de même ^. »
Nous pourrions nous arrêter là dans nos citations, car il est certain que l'odelette Mignottne, allon voir a été inspirée surtout par les Roses d'Ausone : l'apostrophe à la Nature, qui est commune aux deux pièces, suffirait à le prouver - Mais il nous semble que dans la composition de cette odelette sont entrés d'autres éléments qui viennent soit de l'Anthologie grecque, soit des poètes de la Renaissance italienne et néo-latine. Âuxépigrammesérotiques d'Asclépiade, d'Agathias, de Rufin et d'autres poètes de ï Anthologie que nous avons eu déjà l'occasion de signaler, il convient d'ajouter ici celle que Sainte-Beuve a rapprochée d'un sonnet de Ronsard : « Je t'envoie, Rhodoclée, cette couronne qu'avec de belles fleurs j'ai tressée de mes propres mains : il y a un lis, un bouton de rose une anémone humide, un tiède narcisse, et la violette à l'éclat sombre. Ainsi couronnée, cesse d'être trop fière : tu fleuris et tu finis, toi et la couronne ^. »
On a récemment montré l'importance que ce thème épicuréo-païen, et profondément humain, de la nécessité de jouir sans retard de l'éphémère beauté, avait prise à la fin du xv' siècle, dans les poésies italiennes de Laurent de Médicis et de Politien. On a cité et traduit la fin d'une églogue de Laurent, où le berger Corinto raconte à Galatée qu'il a vu dans son jardin des roses se faner dans l'espace d'un jour, et l'exhorte à cueillir, quand il en est temps encore, les roses de la jeunesse. On a cité et traduit des extraits de rispetti et de hallale où Politien répète à satiété aux jeunes Florentines : « Tu es belle comme la rose, mais la rose se fane vite, tu te faneras comme elle, et tu te repentiras d'avoir laissé passer irrévocablement le temps de l'amour; cueille donc la fleur* ». Je n'y reviens pas, d'autant plus que, à mon avis du moins, le premier na
1. Idylle XI\' ; j'ai laissé de côté les onze premiers distiques et ravant-dertiier. A noter ces deux vers qu'on retrouve dans la première sir de Ronsard : Mucronem ahsolvens purpiirei capitis, \ Vertice colUctos illa exsiniiabat ainictus.
2. A dire vrai, Ronsard a pu retenir cette apostrophe ; » O vraiment marâtre Nature... » du sonnet de Pétrarque l'mi vivea : «. .. O Nature, pieuse et cruelle mère, d'où le vient un tel pouvoir et les volontés si contraires que lu fasses et défasses des choses si charmantes ? » Mais il ne s agit là que des yeux de Laure qui sont malades. — Ronsard a repris le mouvement d Ausone dans VEpilaphe d'Anne L'Esrat ; d'autre part Baif a traduit d'un bout à lautre les Hoses d'Ausone au livre I\' des Poëmes 'éd M.-L., II, 195).
3. Epigr. érol , n" 74, de Rufin. Cf S.-Beuve, C. L.. XII, p. 75 il s'agit du sonnet de 1556, Je vous envoie. .)
i. Ph. Monnier. Quattrocento. II, 309 à 311, 33ô ; Parlurier. Rev de la lienaiss de janv. 1905, pp. 1 à 21.
58fi
SOI RCES ET ORiniNAI.ITÉ
guère fait que paraphraser les tioses d'Ausone danslafin deson églogue, comme il a paraphrasé le Cyclope de Théocrite dans les deux premiers tiers, et que le second s'inspire directement de VArt d'aimer d'Ovide et en même temps de V Anthologie de Planude, qu'il a d'ailleurs traduite. 11 est possible que Ronsard ait été amené, en les lisant, « à voir le parti qu'il pouvait tirer » de ce lieu commun ; mais c'est tout ce qu'on peut dire, et encore n'est-ce pas bien sûr, car plusieurs autres pourraient tout aussi bien qu'eux prétendre à cet honneur '.
Marulle, contemporain et rival de Politien, n'avait-il pas de son cAté écrit ces jolis vers, d'après l'Anthologie grecque et Ovide : « Voici des violettes, voici de blancs lis que je t'envoie. J'ai cueilli aujourd'hui les violettes, les blancs lis hier. Les lis, pour te rappeler, jeune fille, la vieillesse menaçante, car leurs pétales se fanent et tombent si vite I Les violettes, pour que leur printemps t'invite à cueillir le printemps de la vie, car la Parque envieuse le leur a donné si court, les pauvrettes I Si donc tu tardes à venir, plus de printemps court, plus de violettes, mais [6 honte !) ce sont des épines et des ronces que vieille tu cueilleras^ » ? Et Ronsard, à qui Marulle était familier dès l'hiver de 1532-53, peut-être avant, ne les a-t-il pas imités plusieurs fois ^ ? — Pontano, le maître napolitain de Marulle, n'avait-il pas, lui aussi, développé le Carpe florem. sous cette autre forme, également chère à Ronsard, et reproduite dès 1552 par son ami Baïf :« Jeune fille, plus mignonne que la rose délicate, éclose au souffle printanier et arrosée de gouttelettes par l'Aurore dans un joli jardinet,[écoute].Le matin, la rose orne les brancheltes brillantes, ceintes de feuilles humides ; mais quand Phébus, monté sur son char étincelant, parcourt l'air enllammé, alors la fleur languissante
1. M. Parturier dit lui-rnèinc que « les rapprochements possibles entre les poésies de Laurent et celles de Ronsard sont peu nombreux », qu'aucun indice ne permet pour les passages analogues <- de conclure de l'analogie à une imitation ''. qu'il n'a trouvé chez Ronsard « qu'un seul passage où il ait imité Laurent ». .J'ajoute que le Cyclope, où se trouve ce passage, n'a été composé et publié qu en 1559-60. six ans après I odelette qui nous occupe, et que nous n'avons trouvé de notre côté aucune trace d'imitation de Laurent avant cette date. — Pour ce qui est de Politien, les analogies entre lui et Ronsard peuvent s'expliquer par la communauté des modèles gréco-latins, sauf pour les Stances d'Euryiuedon qui contiennent des paraphrases certaines des Stanze pcr la 'jiostra. Mais ces stances ne furent pas composées avant 157U au plus tôt.
2. Epigr., lib. l. Ad Xeaeram : Uas violas. . Marulle avait d'autre part mis dans la bouche de l'Amour ces vers que Ronsard a certainement notés : Sed haec cadtici cuncta flos aeuihreL'is. \ .Equaqiic rosetis geniiiieis I Qitae. mane ri/iis Sileri aprici noua, \ Surgente marcent oespere id.. lib. IV. Ad laniint Medicen, vers 43-46'.
3 R Relleau a signalé la pièce de Marulle en note du sonnet de 1555 Je vous envoie iRl., 1. 397). Ronsard l'a développée dans l'élégie de 1567 J'ay ce matin \id., IV, 284) et retournée dans le sonnet à Hélène Comme une belle fleur :id., I, 305|. Mais Marulle était un des modèles favoris de la Brigade dès 1552, témoin les imitations que Baïf en a faites dans sa Meliite, Ronsard dans la chanson Petite nymphe folastre et dans les Dithyrambes.
DE RONSARn POÈTE LYHIOVF, (Odr Ipcjère) n87
en peu de temps replie ses pétales et se meurt; bientôt sa tête s'incline, se dévêt et tombe, sa gloire si brève est morte. Ainsi la beauté fleurit dans les premières années; mais dès que vient la vieillesse disgracieuse, hélas ! les brillantes couleurs s'en vont de la face resplendissante, que sillonnent d'afTreuses rides (suivent 12 vers inspirés d'Ovide et de VAnthol. gr. sur les disgrâces de la vieillesse féminine). Que ne cueillons-nous pas ce printemps frais et parfumé de la jeunesse et sa fleur éphémère ? Après cinq lustres, déjà la vieillesse paraît et subrepticement s'avance. Donc, ô « doux éventoir de ma flamme », passons les jours en joie et consacrons les nuits entières à la déesse qui brille le matin et le soir ^ »
Dans le demi-siècle qui sépare Politien, Marulle et Pontano des Odes de Ronsard -, le vieux thème est ressassé par tous les poètes. 11 est dans l'air ; l'air en est saturé. C'est Serafîno qui répète à toutes les belles des cours italiennes: « Regardez, Madame, comme le tempsvole et toute chose court à sa fin. A bref délai se ternit toute violette, tombent les roses et ne restent que des épines. Ainsi de votre beauté qui est unique au monde. Ne croyez pas que comme l'or elle s'afTine au feu. Donc connaissez votre heureux âge. N'espérez pas renaître comme le phénix^. » C'est Angeriano, c'est S. Macrin, J. Second, Bembo, Muret, qui le redisent à leurs maîtresses *. C'est Bernardo Tasso qui de l'Académie de Platon passe aux jardins d'Epicure, d'où il enseigne aux jeunes filles à profiter de leur beauté : « Tandis qu'une chevelure d'or vous ondoie autour du front avec un léger flottement; tandis que de vermeille et belle couleur le printemps vous orne le visage ; tandis que le ciel vous ouvre le jour plus clair, cueillez, ô jeunes filles, la jolie fleur de vos plus douces années... Viendra ensuite l'hiver, qui de blanche neige a coutume de vêtir les collines, de couvrir la rose, et de rendre les coteaux arides et tristes. Cueillez, ah ! folles, la fleur ; ah 1 soyez
\. Amor., \îh. I, Ad Fanninm : Puella molli delicalior rosa.. 3'ai emprunté la trod. guillemetée du vers Qiiare, ineorum o aura siiavis igninm à Ant. de Baïf. qui a publié uae paraphrase de cette pièce dans sa Meline (déc. 1552) ; c'est l'ode qui commence par Melinelle, plus douillette (éd. M L., I. 791.
2. Politien est mort en 1494, Marulle en 1500, Pontano en 1503.
3 Cf. Vianey, Bull. ital. d'avril 1903, p 97 et Pétr. en Fr au XVI' s., p. 31.
4. Angeriano, poète napolitain, qui a chanté une Caelia dans un recueil intitulé 'Ep<o-:o-ar(-nov I Florence, 1512 ; Naples. 1520 ; Venise, 15351, d'où Richelet. en note de l'ode Mignonne allon voir, a extrait ce distique : Fulchra breui duras rosa lempore, forma brevique \ Tempore. sic formae par rosa tempus hahes — Salmon Macrin, Carmina fl530>, lib. III. Ad Gelonidem : Vivanuis niea, sicque amemus. uxor. — Jean Second. Elegiae, lib I, 5, vers 45 et suiv. Quin potius. dum fata sinunt... ; Basia, XVI, fin. — Bembo. Carmina (1548-52;, fin de l'élégie lolas ad Faunum — Muret, Juvenilia (déc. 1552), fin de l'élégie Prima meae quisquis, et de l'épigramme Ludamus. mea Mar ■ gari.
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promptes, car fuyantes sont les heures, et le temps léger, et rapide vers sa fin court toute chose '. »
Chez les poètes français, même chanson, soit qu'ils se souviennent encore du Roman de la /?o^e et par lui remontent à Ovide 2, comme l'avait fait avant eux Villon dans les Reçjrets de la belle heaulmieve ou la Ballade à s'amye^ ; soit qu'ils connaissent déjà Pontano, Politien, Marulle ou Serafino, et par eux recueillent les eaux de la grande source antique ; soit enfin qu'ils imitent directement les élégiaques latins et ['Anthologie g^rec^j'Ki?. Tous s'essayent, d'ailleurs avec beaucoup moins de succès que les poètes italiens et les néo-latins, à interpréter sous une forme artistique cette idée universelle et populaire, faite à la fois de mélancolie et de sensualité. C'est Jean Lemaire, qui fait développer par le prêtre de Nature, Genius, dans un sermon, où souffle d'un bout à l'autre l'esprit de la Renaissance, cet hémistiche d'Ovide, texte sacré pour les humanistes : .-Etatis brève ver *. C'est Cl. Marot, qui résume, après son père ^, une partie de ce sermon dans le rondeau A la jeune dame mélancolique et solitaire, et, traduisant Erasme, un autre vigoureux ouvrier de la Renaissance française, cherche à détourner une jeune fille du couvent et lui conseille de suivre la loi de Nature dans le mariage^. C'est Saint-Gelais, qui paraphrase en un douzain, de style méritoire bien que rocailleux, l'épigramme de Marulle à Néère, ou celle de Rufin à Rhodoclée ''. C'est Despériers, qui délaye l'idylle d'Ausone en y
1 ^îent^e cbe l'aureo crin v ondegqia intorno. Sonnet cité par Fern. de Herrera, le poète érudit de Séville. dans son commentaire du sonnet XXIII de Garcilasso delà ^'ega Ànotaciones a las obras de Garcilasso, 1580). Les trois premiers livres des Amori de B. Tasso ont paru de 1531 à 1537. Garcilasso est mort en 1536 ; son sonnet, En tanto (lue de rosa..., développe le Carpe florem de la même façon que celui de B. Tasso.
2. V. l'éd. Fr. Michel, tome II, p. 91, vers 14416 et suiv . passage où la Vieille conseille à la femme de - cueillir le fruit d'amor en la flor de son aage ". d'après Ov., Ars amat., III. 59 et suiv.