Anacréon. de H. Estienne, n« 9, 'Epaajiir) rÉXeia
DE HONSARD POÈTE LYHioLK (Ode légère) 603
d'amour » envoyée de Vendômois à Cassandre et causant avec elle. Notre poète l'a embellie de jolis propos amoureux, qui rappellent, aver une couleur latine ou italienne en plus, nos meilleures chansons du xve siècle et du commencement du xvi" ' :
Cassandre : Gentil pigeon, vrayment tu sois
Le bien venu cent mille fois.
Mais di-moi, di-moi.je te prie,
A-t-il point fait nouvelle amie
Depuis qu'il s'en alla d'ici.
Ou s'il m'a toujours en souci ?
CoLOMBELLE : PIus tost les mouts seront vallées.
Les rivières les eaux salées.
Que Ronsard te manque de foi
Pour servir une autre que toi.
Cassandre : Impossible est que je t'en croie.
La colombe de Ronsard semble s'inspirer des vers mêmes qu' « au bec elle apporte » ; elle ne décrit pas seulement son heureux sort en termes excellents ; elle répète les paroles galantes de son maître, une comparaison gracieuse entre lui et l'oiseau, également caressants, également prisonniers, également contents de leur servitude. Vingt-cinq vers sont ajoutés au grec, mais qu'il serait injuste de reprocher à celte colombe un « caquetage » qui est supérieur aux vers conservés du grec, et dont elle s'excuse si gentiment :
Tu m'as rendue plus jazarde Qu'une corneille babillarde.
Trop longuement ici j'attens, Baille moi responce, il est temps - !
— Sur l'Amour : « Un jour, Erôs ne vit pas une abeille qui reposait dans les roses, et il fut blessé. Piqué à un doigt de la main, il poussa des cris aigus. Courant et volant vers la belle Cythéré : « Je suis mort, mère, dit-il, je suis mort, je vais mourir; un petit serpent ailé m'a mordu, celui que les laboureurs nomment une abeille. » — « Si l'aiguillon de l'abeille, dit-elle, te fait souffrir, combien penses-tu que soufTrent,
1. V. par ex. dans les Chansons du XV'siécle, de G. Paris, les n"" XVIII, XL. XLVIII. LXXII, CXXIII ;fin\ CXXXIX(fin , el Fleur dt poes. franr. fl543), chanson :Va, rossignol amoureux messager. Le rossignol, messager d'amour, est un des thèmes favoris de la poésie lyrique du Moyen Age. Cf. le sonnet de Ronsard : 0 ma belle maislresse, paru en 1556 dans la Nouu Contin. des Amours (la colombe grecque envoyée à Cassandre est devenue le rossignol français envoyé à Marie).
2. Bl-, II, 365-67. .1 ai cité le texte de 1560, qui pour ces passages est le même que celui de l'édition princeps (1554).
604 SOURCES ET OHIGINALITE
Erôs, ceux que tu frappes K » El voici ce que sont devenus dans Ronsard les seize vers grecs de VAmnur piqué :
Le petit enfant Amour Cueilloit des fleurs, à l'entour D'une ruche, où les avettes Font leurs petites logettes.
Comme il les alloit cueillant Une avette sommeillant Dans le fond d'une fleurette Lui piqua sa main tendrette.
Si tôt que piqué se vit, « Ah 'je suis perdu » (ce dit), Et s'encourant vers sa mère Lui montra sa plaie amere :
« Ma mère, voyez ma main, »
Ce disoit Amour, tout plein De pleurs, « voyez quelle enflure M'a fait une egratignurc. »
Alors Venus se sourit, Et en le baisant le prit, Puis sa main lui a soufflée Pour guarir sa plaie enflée.
« Qui t'a, di moi, faux garçon, Blessé de telle façon?
Sont-ce mes Grâces riantes De leurs aiguilles poignantes ?» —
'( Nenny, c'est un serpenteau.
Qui vole au printemps nouveau Avecque deux ailerettes Çà et là sus les fleurettes. » —
" Ah '. vrayment je le cognois (Dit Venusy, les villageois De la montagne d'Hymette Le surnomment une avette.
Si donques un animal Si petit fait tant de mal Quand son halesne époinçonne - La main de quelque personne, Combien fais-tu de douleurs.
Au prix de lui. dans les cœurs De ceux contre qui tu jettes Tes homicides sagettes 3? »
1. Anacréon de H. Eslienne, n" 40 : Eoto," tco^' Èv pôootTt...