Carnnna. II, 19, et
2. Voir notamment l'ode 21 : AoTE fJio'., Soi' ... « Donnez-moi, donnez, femmes, du vin, à boire d'un seul trait...», et l'ode 41 : 'iXapo; ti'!(iJ[1îv... .< Joyeux buvons du vin et chantons Bacctius, l'inventeur de la danse .. " Cf. Anthol. gr.. Epigr, com., passini
3. Le dernier quatrain : a Helas, que c'est un doux tourment I »..., vient directement de la fin de l'ode Quo me Bacche rapis, combinée avec le lene lornientuni de l'ode Ad ampboram.
4. « C'est chez Polilieu. dit M. l'arturier. au mouis autant que chez les poètes d'A lexandrie, que Ronsard a trouvé le modèle de ce cortège de Bacchus qui revient si souvent dans ses vers et ceux de ses amis » ; et il rapproche deux strophes de Ronsard, tirées du Chant de folie, des stances CXI et CXll de la (iioslra iHcu. de la lienaiss..
anv. 1905, p 71. Mais ce cortège se retrouve chez tous les poètes de la Renaissance néo-latine, Pontano, Marulle Salmon Macrin. Flaminio, etc. ; il est également dans Lemaire de Belges lllluslr. de Gaule, 1 ) ; et tous ces écrivains qui étaient familiers à Ronsard s'étaient inspirés, aussi bien que Politien, d'Ovide {Ars amat., I, épisode de Bacchus et d'Ariane), qui est la grande source non seulement de la première Renaissance, celle du xn' et du xni' siècle, mais encore de la seconde Renaissance, celle de 1450 à 1550. Horace et Ovide, telles sont les deux sources communes à Politien et à Ronsard, d'où les analogies entre la pièce italienne et le Chant de folie.
DE KONSARD POÈTE LYBiyuE {Ude Iryève) 6;2I
Repoussez de vous le souci :
Que jamais plus n'en soit mémoire.
Là doncques, faites tous ainsi...
« Il n'y a point à dire, écrit M. Bourciez, — qui le premier a signalé l'allure bourgeoise et rabelaisienne de ces couplets, — malgré le trait final, ceci n'est même plus le Carpamus dulcia d'Horace, l'orgie épicurienne, discrète et parfumée, dans les jardins de Mécène, l'ivresse que procure le Falerne ouïe Massique, bu dans des coupes ciselées. Non, ce « cotignac » est celui d'Orléans, que prenait Gargantua avec Ponocratés pour « parachever » son repas ; ce jambon et ces confitures nous reportent aux franches lippées de la Cave peinte, à Chinon... A côté du Ronsard sérieux et grec, nous avons bien ici, entrevu comme par une courte échappée, un Ronsard gaulois ». Et M. Bourciez ajoute très justement, faisant allusion à certaines parties « précieuses » des œuvres erotiques de Ronsard : « Celui qui s'attable ainsi, les coudes sur la nappe grasse, pour voir à la lueur des torches baller les belles filles, est bien le même qui se promenait tout à l'heure en compagnie de Bel- Accueil dans le vieux verger d'Amour *. »
Oui ; et c'est ce mélange de l'esprit précieux et de l'esprit gaulois, de l'inspiration gréco-latine et de l'inspiration nationale, parfois même régionale et locale, qui constitue l'originalité la plus curieuse de notre poète. Ce n'est pas seulement « par une courte échappée » que nous «entrevoyons » le Ronsard gaulois; nous l'apercevons dans une bonne partie de son œuvre, et notamment dans la plupart de ses odes légères. C'est là qu'il est resté le plus français, comme il est resté le plus luimême.
Les odes bachiques leprouvent surabondamment. En vain dira-t-on que Ronsard a retranché de ses odes le Chant de folie à IJacchvs. Ce fut pour des raisons de métrique et de double emploi. Il l'a refait maintes fois sous des formes diverses jusqu'à la fin de sa carrière. Nous avons vu combien il a écrit d'odes épicuriennes, où il célèbre, pour ainsi dire le verre en main, les plaisirs de la table et de l'amour frivole sous l'influence de son auteur favori Horace. Avant 1554, il avait extrait de lui et des élégiaques latins les trois grands thèmes bachiques traités par les poètes anciens : 1" Buvons, le vin rend éloquent ; ses fumées excitent la verve, échaufTent l'imagination, si l'on ne dépasse pasla mesure :
Fecundi calices quem non fecere disertum- f
1. Thèse fr., p. 227. Voir aussi les liois ou quatre pages précédentes, où M. Bourciez parle de Ronsard poète de la tradition française.